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JO 2024 | Vincent Gérard sur la défaite France-Allemagne: "Parfois, je me réveille et je me dis : "c'est pas possible…"
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Publié 13/02/2025 à 18:42 GMT+1
Invité de marque pour Eurosport lors du match de Ligue des champions entre Nantes et Kolstad mercredi soir, Vincent Gérard est revenu sur l’élimination de la France en quart de finale du tournoi olympique face à l'Allemagne (34-35). Un match à la fin cruelle pour les Bleus et un point final pour la carrière professionnelle du gardien, qui a bien du mal à tourner la page.
Gérard : "Des fois, je me réveille et je me dis : "C'est pas possible…"
Video credit: Eurosport
Interview réalisée par Thomas Couppé
Vincent, on vous a quitté à Lille lors des Jeux olympiques de Paris 2024, après une élimination cruelle contre l'Allemagne en quart de finale le 7 août dernier (34-35 après prolongation). C'était votre dernier match en tant que professionnel… Comment ça va ? Est-ce que la cicatrice est refermée ?
V.G. : Non, la cicatrice ne sera jamais refermée et c'est vrai que parfois, je me réveille et je me dis : "C'est pas possible… Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment on a pu…?" Oui c'est compliqué, ça a été compliqué et c'est encore parfois difficile à vivre, de se dire que c'est fini. Alors après, c'est comme ça, il faut aussi l'accepter. Mais sinon, à part ça, je n'ai pas encore rebondi parce que j'ai arrêté le handball, mais j’ai changé un peu de vie, changé de façon de fonctionner… En revoyant les images de cette fin de match, je me dis : "Pourquoi je ne ferme pas les jambes ?!"
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Début idyllique, fin cauchemardesque : comment la France a sombré face à l'Allemagne
Video credit: Eurosport
Juste après cette égalisation à la dernière seconde, vous avez glissé quelques mots à l'oreille de Dika Mem, fautif sur cette action. Qu'est-ce que vous lui dites à ce moment-là ?
V.G. : Je pense que j'essaie de lui dire deux choses : déjà que si on était encore en vie dans ce match-là, c'est grâce à lui, et surtout qu'il faut oublier, qu'il faut repartir sur le deuxième match qui s’amorce… Et d'ailleurs, c'est lui qui prend le premier shoot des prolongations, je crois, parce qu'il n'est pas là pour se cacher. C'est vrai que c'est difficile, mais il n'y a que ceux qui ne font rien, qui n’échouent pas, et Dika Mem qui nous a portés pendant tous les Jeux… Malheureusement, il a raté ça, mais quand on voit ce qui s'est passé, la façon dont les Jeux se sont passés, s'il n'avait pas été là, on ne serait peut-être pas en quart de finale.
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Mem héros malheureux : "J'ai l'impression d'avoir lâché l'équipe"
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Qu'est-ce qu'il vous reste de ces Jeux olympiques à domicile, à la maison ? Qu'est-ce qu'il vous reste comme souvenirs au-delà de la déception et du traumatisme de cette fin de match contre l'Allemagne ?
V.G. : Déjà, il y a eu un engouement populaire incroyable, on a eu l'impression qu'on a mis un peu toutes les divergences sur stop, et puis tout le monde était heureux, et joyeux.
Vous l'avez ressenti aussi, vous en tant que joueur ? Parce que nous, en tant que journaliste sur place, c'est quelque chose également qu'on a ressenti, et ce que vous, malgré la bulle, c'est quelque chose que vous avez réussi à ressentir ?
V.G. : Oui, complètement. Déjà, il y avait un peu les bénévoles dans le village, mais pour tout le monde, clairement, les Jeux ont été très réussis et c'est top. Pour que les Français arrivent à dire que c'était réussi, c'est que c'était vraiment très réussi. Mais je voulais raconter une anecdote : on arrivait pour le premier match contre Danemark, on passe devant la salle Porte de Versailles, des gens voient notre bus et se mettent à taper dessus. On voyait vraiment une énorme ferveur. Franchement, c'est un crève-cœur que de ne pas avoir réussi à aller chercher une médaille, parce qu'en fait, tout a été fait pour que ce soient des souvenirs inoubliables.
Vous avez dit au revoir au handball professionnel il y a quasiment six mois jour pour jour. Aujourd'hui, que devient Vincent Gérard ?
V.G. : C'est vrai que c'est compliqué. Déjà, il a fallu digérer cette déception des Jeux olympiques. Et ensuite, on a beau être préparé... cela avait beau être un choix et pas quelque chose que j'ai subi, l'arrêt. Quand on se retrouve le premier lundi matin avec la compagne au boulot, les enfants à l'école et qu'on se retrouve tout seul à la maison, on se dit : "Bon, à quelle heure j'ai entraînement ? Ah bah non, j'ai plus d'entraînement". Et en fait, quand toute notre vie a été guidée avec des horaires depuis la maternelle, comme j’ai coutume de dire, ça fait bizarre de se dire que je peux faire ce que je veux de mes journées. J'ai le droit de faire ce que je veux. Mais je reste dans le canapé parce que ça n'arrivait jamais. On se retrouve face à un immense vide où on se dit qu'il va falloir s'occuper.
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Gille après France-Allemagne : "Ça fait partie de la cruauté de ce sport"
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J'ai continué, donc je suis président du syndicat des joueurs et des joueuses professionnelles de handball. J'essaie de m'investir encore plus parce que les gens qui sont dedans font un travail extraordinaire et bossent énormément. J'essaie de pouvoir participer à des réunions, de pouvoir m'investir encore plus de façon opérationnelle pour pouvoir les décharger et faire en sorte qu'ils puissent s'atteler à d'autres tâches aussi importantes. Je me suis mis au golf aussi parce qu'il faut quand même trouver de quoi passer le temps…
Vous avez pris des conseils auprès de Valentin Porte ?
V.G. : On avait joué ensemble pendant les Jeux. Il est encore nettement meilleur mais j'ai un peu de temps pour m'améliorer et je lui donne rendez-vous cet été et on verra ce qui va se passer.
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Valentin Porte lors de France- Tunisie, le 4 janvier 2024 à Nantes
Crédit: Getty Images
C'était la première fois depuis très longtemps que vous aviez un mois de janvier "off", que vous n'étiez pas avec l'équipe de France. Est-ce que vous avez suivi ce Mondial. Quel est votre sentiment sur ces Bleus qui ont pris la médaille de bronze, la troisième place, après cette défaite en demi-finale contre la Croatie ?
V.G. : Oui bien sûr, j'ai suivi ça. J'ai suivi les collègues attentivement et c'est vrai que j'avais beaucoup moins de stress que d'habitude au mois de janvier. L'an dernier, je n'avais pas fait le mois de janvier non plus mais pour d'autres raisons (il n'avait pas été retenu, ndlr) et c'était plus difficile. L'équipe de France cherchait une belle médaille. Il ne faut pas galvauder cette médaille de bronze. Je crois qu'à part en 2013, l'équipe de France s’est toujours retrouvée en demi-finale du Mondial. C'est vrai que cette défaite contre la Croatie a fait mal. On parle d'une première période ratée dans les grandes largeurs… Mais il ne faut pas réduire la compétition à ça parce que, avant ça, ils se sont sortis des poules d'une très belle manière. Ils ont battu difficilement une équipe d'Egypte mais très performante avec des joueurs qui évoluent dans les meilleurs clubs européens.
Cette médaille de bronze signifie plus que son métal au final ?
V.G. : Aller chercher la médaille de bronze contre le Portugal qui avait l'occasion d'écrire la plus belle page de son histoire "handballistique", il fallait mentalement rebondir, il fallait être très, très fort et c'est ce qu'ils ont su faire. Leur déception devait être à la hauteur des ambitions qu'ils pouvaient avoir après la demi-finale… Pouvoir rebondir et d'aller chercher une médaille, c'est tout sauf anodin et ça montre bien que ce groupe, un peu en renouvellement, sur un nouveau cycle, est sain !
On peut parler de Dika Mem qui était blessé avant la compétition et qui fait une compétition incroyable, de Elohim Prandi qui a été un peu plus en difficulté mais au final est déterminant lors de la victoire de la France contre le Portugal : il fait 15 dernières minutes de très haut niveau avec des tirs, des passes et des défenses très importantes. Donc vraiment pour moi, c'est une médaille de bronze qui est vraiment à prendre au sérieux et cela a été un vrai bonheur de suivre la France sur cette compétition.
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