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Cadres en retrait, défense, fatigue… Où et comment les Bleus ont perdu cette finale

Cadres en retrait, défense, fatigue… Où et comment les Bleus ont perdu cette finale

Le 22/08/2016 à 00:53Mis à jour Le 22/08/2016 à 12:38

JO RIO 2016 – Après huit finales victorieuses entre 2006 et 2015, l'équipe de France a cédé pour la première fois dans un match avec un titre majeur en jeu, s'inclinant de deux buts contre le Danemark (28-26). Qu'a-t-il manqué aux Experts ? Décryptage.

Ils n'ont pas su mettre les Danois en "situation de crise"

L'équipe de France n'a pas perdu ce match toute seule. Si elle a coincé pour la première fois en finale depuis 23 ans dimanche, c'est d'abord parce qu'elle a trouvé, face à elle, une remarquable équipe danoise. "Ce match a été perdu contre une équipe qui a mieux joué que nous et qui, d'évidence, a mérité sa victoire", a salué Claude Onesta. Contrairement aux précédentes finales contre les Danois, les Bleus n'ont pas réussi à les mettre "en situation de crise", comme le dit le sélectionneur.

"On sait que ces gens-là jouent parfaitement bien au handball, mais on sait aussi qu'ils peuvent être fragiles, poursuit Onesta. Et à chaque fois qu'on a les dominés, c'est parce qu'on avait été capables de les mettre dans le doute. Là, force est de constater qu'on a plus subi que dirigé ce match. Et même en fin de rencontre, quand on aurait pu les pousser à jouer avec la peur, nous n'avons pas su le faire." Résultat, les Danois ont toujours évolué "en pleine confiance", comme le souligne Daniel Narcisse, ajoutant "et quand ils sont comme ça, ils sont dangereux."

Mikkel Hansen face à Luka Karabatic lors de France - Denemark en finale des Jeux Olympiques 2016

Mikkel Hansen face à Luka Karabatic lors de France - Denemark en finale des Jeux Olympiques 2016AFP

Une défense moins performante, des Danois "en feu"

L'alerte avait déjà été donnée contre le Brésil en quarts. Les Bleus avaient concédé 16 buts avant la pause. Rebelote en finale contre le Danemark, un adversaire beaucoup plus dangereux, pas du genre à flancher physiquement dans la seconde moitié du match. A l'exception des toutes dernières minutes, la défense tricolore n'a pas réussi à freiner la furia danoise. "Elle a été moins performante qu'à l'ordinaire, concède Onesta. Elle a autorisé plus de liberté d'action à leurs tireurs qui se sont mis en réussite, et même en chaleur."

Mikkel Hansen en tête, les Danois ont effectivement frustré la défense française en trouvant presque toujours une solution, même quand elle semblait bloquée. "Ils ont énormément de réussite, Mikky (ndlr, Hansen) met deux-trois shoots à dix mètres, mais ça fait partie du jeu", note Nikola Karabatic. "Il y a eu des poteaux rentrants, des lucarnes incroyables, des buts sur un bras levé au dernier moment et à force, ça fragilise la défense, ça use", ajoute Valentin Porte. "Ils étaient un peu bénis des dieux aujourd'hui", sourit Claude Onesta, qui a trop connu l'autre côté du miroir pour ne pas comprendre ce qu'a ressenti l'équipe danoise...

Claude Onesta avec Thierry Omeyer en finale des Jeux Olympiques 2016

Claude Onesta avec Thierry Omeyer en finale des Jeux Olympiques 2016AFP

Le passage fatal à 6 contre 6 avant la pause

C'est le paradoxe de cette finale. Alors que les Français ont parfois souffert durant deux semaines dans les situations de 7 contre 6 jouées par l'adversaire par le biais de la nouvelle règle, ils ont cette fois réussi à la maîtriser. "Je pensais qu'ils allaient l'utiliser tout le match mais on les a obligés à renoncer à cette option, relève encore Claude Onesta. S'ils abandonnent le 7-6, c'est qu'ils ont le sentiment que ça devient trop dangereux pour eux, ils avaient pris 3 buts en contre. On les a ramenés à un jeu plus classique, on avait l'ascendant mais on n'a pas su profiter de ce changement tactique. On a continué à défendre comme si on était en 7-6 et on leur a laissé de l'espace."

C'est exactement à ce moment-là que la finale a basculé. Les Français comptaient deux buts d'avance mais dans les dernières minutes du premier acte, ils ont concédé un 5-1 qui a permis au Danemark de virer en tête. Ce break, sur ce bouleversement tactique, a fait très mal aux têtes françaises. "Je pense que c'est un vrai moment clé", confirme le technicien toulousain, qui a dès lors senti à la pause que le ver était dans le fruit. "A la mi-temps, avouera-t-il, on sent qu'il y a déjà une part du mal qui est fait..."

Luc Abalo après la finale des Jeux Olympiques 2016

Luc Abalo après la finale des Jeux Olympiques 2016AFP

Des cadres un peu moins performants, des jeunes pas prêts à assumer

Un Thierry Omeyer moins décisif, surtout dans les moments les plus chauds, un Daniel Narcisse moins tranchant, un Niko Karabatic moins dominateur... Si l'équipe de France n'a pas réussi la passe de trois, c'est aussi parce que ses habituels tauliers ont eu du mal à mettre leur empreinte sur cette finale, comme ils savent si bien le faire. "Je m'en veux", dira d'ailleurs Niko Karabatic. "Niko s'en veut peut-être mais comment on peut en vouloir à Niko? Il nous a tellement sorti du caca... Il est humain, il a le droit de faire des erreurs. Tout le monde se sent coupable aujourd'hui", a vite tempéré Valentin Porte.

Derrière, les Bleus n'avaient pas les rotations pour pallier ces déficits-là. Les jeunes ne sont pas encore prêts à assumer le poids d'un tel match. Et c'est normal, estime Claude Onesta : "Une finale comme ça, on sait qu'elle se joue entre hommes forts. Elle appartient aux hommes forts. On ne peut pas demander aux jeunes d'être exceptionnels et de faire ce qui est au-dessus d'eux. Mais ça ne veut pas dire qu'ils ont démérité." Le sélectionneur et Didier Dinart ont pourtant essayé d'insuffler du sang neuf, avec Thimotey N'Guessan ou Vincent Gérard à la place d'Omeyer dans le but, mais ça n'a pas payé. "On a bien vu, ajoute Onesta, que quand on a fait ces changements, ces gens-là se sont retrouvés sous pression."

Nikola Karabatic après la défaite de la France contre le Danemark en finale des JO de Rio

Nikola Karabatic après la défaite de la France contre le Danemark en finale des JO de RioAFP

Le poids de la fatigue

Vendredi, après la demi-finale victorieuse mais éprouvante contre l'Allemagne, on avait vu des Bleus marqués physiquement comme rarement on les avait vus. Certains, même 20 minutes après le match, avaient encore le souffle coupé. Ont-ils manqué de gaz en finale ? "Physiquement, ça a été dur, oui et ça a sans doute joué", estime Michael Guigou. Le "manque de lucidité" évoqué par plusieurs joueurs et ces "petites erreurs" multiples trouvent sans doute leur source dans l'usure des organismes. Pourtant, Claude Onesta en fait un élément "secondaire".

Pour lui, la fatigue est une conséquence du déroulement du match, plus qu'une cause. "On avait assez de carburant pour bien jouer ce match, assure-t-il. La fatigue vous la ressentez d'autant plus que vous êtes en difficulté. Si on avait dominé le match, je suis persuadé qu'on ne se serait pas forcément posé les questions de fatigue. C'est le déroulement de ce match qui a mis en avant notre fatigue". Malgré tout, il a aussi admis qu'il n'avait pas pu faire souffler ses cadres autant qu'il l'aurait souhaité pendant le tournoi. "Le problème, c'est qu'on a eu une poule terrible, qu'on a dû batailler ferme pour gagner nos matches, et on se rend compte que les rotations ont manqué..."

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