JEUX PARALYMPIQUES - Née paralysée, abandonnée : le fabuleux destin de Tatyana Mcfadden, prodige des courses en fauteuil

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TOKYO 2021 – Tatyana McFadden espère réaliser l’inédit : s’offrir 7 sacres en athlétisme aux Jeux Paralympiques. L'Américaine vise encore mieux qu'à Rio, d'où elle avait ramené 6 médailles. L’athlète n’a cessé de banaliser l’exceptionnel tout au long de sa vie. De la Russie à Tokyo, la native de Saint-Pétersbourg s’est forgé un fabuleux destin qui n’attend qu’un ultime coup d’éclat paralympique.

Tatyana McFadden posant pour la photo officielle des athlètes américaines pour Tokyo 2020

Crédit: Getty Images

Un incroyable destin ne se joue parfois qu’à un détail. C’est même ce qui le rend extraordinaire. Lorsque Deborah McFadden, alors responsable du ministère de la Santé américain et qui dirige l'International Children's Alliance, une association qui vient en aide aux orphelins, visite un orphelinat de Saint Pétersbourg, elle ne sait pas ce qui l’attend. "Je n'avais aucune intention d'adopter un enfant quand je me suis rendue dans cet orphelinat, expliquait-elle sur le site de la fondation Christopher Reeve. Encore moins une enfant de 6 ans, sans parler d'une handicapée."
Cette petite fille, c’est Tatyana McFadden, alors encore appelée Polevikova. Touchée dès la naissance par la spina bifida, une malformation de colonne la vertébrale et de la moelle épinière, elle est paralysée au niveau des jambes et a été abandonnée par sa mère biologique dans un orphelinat. Sans qu’elle puisse y recevoir les soins qu’elle nécessitait. "Naitre avec un handicap en Russie dans les années 80, c’était un combat, raconte McFadden dans le documentaire de Netflix "Comme des phoenix". Je n’avais pas de fauteuil alors. Je me déplaçais en utilisant mes mains comme des jambes". Déjà, rien ne l’arrêtait mais sa rencontre avec Deborah McFadden va tout changer.
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Tatyana McFadden en compagnie de sa mère adoptive, Deborah McFadden, lors d'une conférence sur la mobilité à Athènes

Crédit: Getty Images

En rentrant à Baltimore, Deborah McFadden ramène Tatyana avec elle.
"Je lui dois la vie, avoue celle qui visera 7 titres à Tokyo. Lorsque je suis arrivée aux Etats-Unis, mes jambes étaient atrophiées derrière le dos et j’ai dû subir 10 opérations pour les allonger. Les médecins ne s’attendaient pas à ce que j’ai une vie. Je ne vivrais pas longtemps, n’aurait pas de métier…". Mais l’Américaine n’est pas du genre à se laisser abattre. Poussée par ses parents adoptifs à un programme parasport local, pour la rendre plus active, elle touche à tout, du hockey au basket en passant par la natation. Mais le déclic se produit lorsqu’elle grimpe pour la première fois dans un fauteuil de course. "Au moment où je me suis retrouvé dessus, j’ai su que c’était fait pour moi, raconte-t-elle. Je n’avais jamais ressenti la liberté ou la vitesse. Je me moquais du reste. Le monde me semblait sans fin".

1ère athlète à gagner les 4 marathons en un an

Véritable prodige des courses en fauteuil, elle commence la compétition à 8 ans et franchit si vite les étapes qu’elle finit aux Jeux Paralympiques d’Athènes en 2004. A 15 ans seulement. "Je me rappelle qu’au début de l’année scolaire, on devait noter nos objectifs et j’avais inscrit : 'J’irais aux Olympiques d’Athènes !', notait-elle avec un sourire dans "Comme des phoenix". Personne ne croyait que j’intégrerais l’équipe, encore moins que je serais médaillée". Mais Tatyana McFadden n’a jamais écouté personne alors elle en est revenue avec une médaille d’argent sur 100m et une de bronze sur 200m. Le début d’une razzia.
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Tatyana McFadden, 2e du kilomètre assis aux Paralympiques de Sotchi en 2014

Crédit: Getty Images

Multipliant les disciplines (elle court tout du 100m au marathon), l’Américaine se crée un palmarès exceptionnel avec 7 titres paralympiques : 400m, 800m et 1500m en 2012 ainsi que 400m, 800m, 1500m et 5000m en 2016. Sans oublier ses nombreuses médailles (10), les 15 titres aux championnats du monde où elle n’a perdu qu’une seule course depuis 2006, le 100m des Mondiaux 2011. Son record du monde du 800m, établi en 2013 en 1’44’’44, lui aurait même offert l’or chez les valides… du côté des messieurs ! Virtuose du sport, elle se permet de se qualifier pour les Paralympiques d’hiver de Sotchi en 2014 après seulement… huit jours d’entrainement en ski de fond. Malgré l’absence de soutien du reste de l’équipe américaine.
"Les entraineurs étaient là à me demander pourquoi même est-ce que j’essayais ? avouait-elle pour la BBC. Ils me disaient de retourner aux sports d’été et de préparer Rio. A un moment, je pensais ne pas réussir à rentrer dans l’équipe". Mais elle y est parvenue. Et comme pour donner une fois de plus tort à ses détracteurs, elle reviendra de Sotchi avec une médaille d’argent mais surtout une rencontre avec sa mère biologique Nina, retrouvée quelques temps auparavant. Juste sensationnel. Et, vu sa razzia à Rio (4 titres, 2 médailles d’argent), c’était une bonne préparation finalement…
Pourtant, ce n’est pas aux Paralympiques – pas encore en tout cas – qu’elle réalise son plus grand exploit sportif mais dans les rues. En 2013, Tatyana McFadden devient la première athlète, valide ou non, à remporter les quatre marathons mondiaux (Boston, Chicago, New York et Londres) en un an. Un exploit invraisemblable qu’elle réalise en signant des temps encore meilleurs que les valides. Comme si cela ne lui suffisait pas, elle réussira encore ce Grand Chelem en 2014. Et en 2015. Et en 2016 aussi.
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L'Américaine Tatyana McFadden passant en tête la ligne d'arrivée du marathon de Boston en fauteuil roulant

Crédit: Eurosport

Une loi d’équité à son nom

La compétition, elle adore et ceux qui se mettent en travers de son chemin le payent souvent aux prix fort. Y compris en dehors des pistes. "En 2005, je voulais rejoindre l’équipe d’athlétisme du lycée mais je n’avais pas le droit de courir à côté des autres car j’étais la seule en fauteuil roulant, raconte-t-elle. Même les coaches me disaient d’aller dans un club avec ceux de mon espèce, que je n’avais pas ma place ici. Je ne comprenais pas cette discrimination. C’était blessant".
Alors Tatyana McFadden a fait ce qu’elle a toujours fait depuis qu’elle est née : se battre contre ce que le monde semblait vouloir pour elle. "Je savais que je voulais mettre fin à cette discrimination", expliqua-t-elle pour befitglitz.com l’an dernier. Aidée par sa mère, elle se lance alors dans une lutte judiciaire contre le système scolaire local.
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La jeune Tatyana McFadden courant contre des athlètes valides au Columbia, MD Atholton High School, après le passage de la "Tatyana's Law", en 2005

Crédit: Getty Images

"Pas pour des dommages et intérêts, rappelle-t-elle dans le documentaire de Netflix. On luttait pour le droit des personnes handicapées à faire du sport au lycée". Et, comme souvent avec Tatyana McFadden, elle a gagné. Au niveau local d’abord puis, comme elle ne s’arrête jamais avant d'avoir atteint son but, elle a poussé le combat sur l’ensemble de l’Etat du Maryland. Avec le même succès. Ainsi nait en 2008 la Sports and Fitness Equity Act, également connu sous le nom de "Tatyana's Law", qui oblige les écoles à offrir aux étudiants handicapés les mêmes possibilités de participer à des programmes d'éducation physique et à des équipes sportives. Mais l’inégalité persistait, entre les Etats cette fois, et l’athlète américaine ne pouvait pas laisser passer cela.

Tokyo pour l’histoire ?

"Lorsqu’elle m’a fait part de sa volonté, je lui ai répondu ‘Tu veux me tuer Tatyana ? C’est énormément de travail’", raconte Deborah à la BBC. Mais les deux femmes ont tout de même poussé le combat au plan national. Et elles ont gagné, évidemment. Dans tous les Etats-Unis s’applique depuis 2013 la "Tatyana's Law". Et, avec elle, c’est tout le handisport qui se voit traiter de meilleure manière, avec une répartition de l’argent plus juste entre les athlètes paralympiques et les athlètes olympiques par exemple, mais aussi une exposition médiatique qui grandit, à l’image de la pub Nike à laquelle a participé Tatyana McFadden.
"Mais nous sommes toujours confrontés à de nombreuses inégalités, regrette-elle dans une interview pour Self. Notamment au niveau des salaires et du traitement des médias. Et je vais me battre pour ça change". Un combat sur le long terme qu’elle mènera dès Tokyo où le sportif reprendra tout de même le dessus quelques jours.
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Tatyana McFadden s'est paré d'or sur le 5000m des Paralympiques de Rio, en 2016

Crédit: Getty Images

Cinq ans après ses 6 médailles à Rio, l’Américaine revient aux Jeux Paralympiques avec l’ambition de glaner sept médailles en sept épreuves, du 100 m au marathon. Et pourquoi pas sept titres en une édition olympique. Ce serait du jamais-vu.
Ce ne serait pas la première fois que la native de Saint-Pétersbourg fait fi des normes et des attentes. D’ailleurs, elle échangerait bien un titre paralympique contre son ambition suprême : "Je veux être un héritage pour tout ce que j’ai fait pour mon sport", expliquait-elle à Self. Qu’elle se rassure, c’est déjà le cas. Et quelque chose nous dit que c’est loin d’être fini.
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