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L'oeil de Rio : Del Potro mon amour

L'oeil de Rio : Del Potro mon amour

Le 08/08/2016 à 08:16Mis à jour Le 08/08/2016 à 14:48

JO RIO 2016 - Chaque matin, Laurent Vergne, notre envoyé spécial à Rio, revient sur un fait marquant de la journée écoulée. Ce lundi, retour sur la victoire en tennis de Juan Martin Del Potro face au numéro un mondial, Novak Djokovic. Un des premiers moments forts de cette quinzaine olympique.

A l'heure de chercher de quoi j'allais bien pouvoir vous parler au terme de cette deuxième journée, j'avais évidemment pensé aux divers malheurs qui semblent accabler la délégation française à Rio (vous vous souvenez de la fameuse "dynamique" évoquée dimanche ?). Mais ça va finir par être surfait.

Puis, magie des Jeux, l'évidence s'est imposée d'elle-même, offrant au cœur de la soirée, de la nuit pour vous, d'ores et déjà un des moments les plus intenses, sportivement et émotionnellement, de cette quinzaine carioca. Juan Martin Del Potro vainqueur. Novak Djokovic vaincu. Et les deux en larmes à la sortie du court.

Pour être tout à fait honnête avec vous, je n'ai quasiment rien vu de ce match. Au même moment, je me trouvais à quelques centaines de mètres de là, à l'autre bout du parc olympique, pour vivre la session nocturne de natation à l'Aquatic Centre. Pour un peu, malgré la première médaille française (enfin !) du relais 4x100 nage libre, j'aurais regretté de me trouver là où je me trouvais. C'est dire. Quand les Jeux commencent à carburer, l'absence de don d'ubiquité devient clairement la tare la plus frustrante de l'espèce humaine.

Il m'a suffi du tie-break final, chapardé sur un streaming à moitié moisi (pardon d'avance au CIO), et de quelques points aperçus dans un résumé, pour finir de me convaincre que j'avais raté un truc énorme. Mais peu importe. Le plus important, c'est que Juan Martin Del Potro, lui, l'a vécu. A presque 28 ans, l'Argentin a perdu quatre années de sa carrière, les meilleures, à cause de blessures et notamment de ce foutu poignet gauche. Del Potro, c'est un bras en béton armé et un poignet en cristal. Le premier a été son moteur, le second un terrible frein. Mais quand il le laisse tranquille, comme dimanche soir, quel régal.

Djokovic et Del Potro lors des JO 2016

Djokovic et Del Potro lors des JO 2016AFP

Djoko a plié sous le déluge de pierres

Il y a dans le coup droit de Juan Martin Del Potro quelque chose de la "Mano di piedra", la main de pierre, de Roberto Duran, la légende de la boxe panaméenne. C'est une gifle, un coup de bazooka, capable de saouler de coups même le défenseur le plus exceptionnel vu sur les courts, alias Novak Djokovic, enseveli sous cette pluie de pierres (41 coups gagnants, dont 29 en coup droit). Sans vouloir le moindre mal au numéro un mondial, il est quand même extrêmement difficile de ne pas être heureux pour "Delpo". Son classement actuel, 145e, ne signifie évidemment rien, si ce n'est à le proposer en apéritif ultra-corsé aux ténors dans les premiers tours. Djokovic en témoignera.

C'est donc, image rarissime, dans des larmes communes, même si elles n'avaient pas le même goût, que Del Potro et Djokovic ont achevé ce match. On ne sait d'ailleurs plus trop lesquelles font le plus frissonner. De sa demi-heure dans l'ascenseur au village olympique où il est resté bloqué le matin à cette extraordinaire victoire, l'Argentin aura vraiment vécu une de ces journées qu'on raconte à l'âge des tempes grisonnantes à ses petits-enfants.

Djokovic, venu chercher un des rares titres qui lui manquent, s'en va dès le premier tour. Dans cette défaite, une des "pires de toute ma (sa) carrière", il a été seigneur vis-à-vis d'un de ses meilleurs amis sur le circuit, se disant "heureux de voir Del Potro parmi les siens", à savoir parmi les grands. Si Djokovic pardonne à la Tour de Tandil de l'avoir fait pleurer, il nous pardonnera alors sûrement, nous aussi, d'être heureux comme rarement de retrouver un champion qui avait trop et trop longtemps manqué. Et maintenant, Juan Martin, s'il te plait Juan Martin, que tienne le poignet. Que pleuvent les pierres. Et que coulent les larmes.

De notre envoyé spécial à Rio de Janeiro, Laurent VERGNE

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