Daniel Fernandes : "Paris est le coup d'envoi d'une olympiade en deux temps"
Mis à jour 01/02/2025 à 08:48 GMT+1
Daniel Fernandes est l'heureux nouveau responsable de l'équipe de France masculine. Fort d'un staff rompu au haut niveau constitué autour de lui, et qui adhère à son projet de faire du sur-mesure pour chaque athlète, il aborde avec confiance une olympiade qui connaitra deux périodes assez différentes. Et marquée par un baptême du feu exaltant au Grand Chelem de Paris, ce week-end.
Maxime Gaël Ngayap-Hambou au Grand Chelem de Paris 2024
Crédit: Imago
Vous étiez l'entraîneur de trois athlètes présents aux Jeux de Paris (Mkheidze, Khyar, Djalo) et vous prenez désormais en charge toute l'équipe de France masculine. Comment cette promotion s'est-elle dessinée ?
Daniel Fernandes : Tout d'abord, c'est une grande responsabilité, une très grande fierté pour moi. J'étais très heureux au poste d'entraîneur-coach, et c'est maintenant une nouvelle aventure. Un nouveau projet, un nouveau challenge. Après les Jeux Olympiques, le président Stéphane Nomis a pris du temps pour digérer et faire le bilan. Je lui ai proposé un projet de fonctionnement pour l'équipe de France masculine - peut-être que ça a joué un peu - et ses collaborateurs ont pris la décision.
Concrètement, ça va être quoi la "patte Dany Fernandes" ?
D. F. : Tout faire pour que les athlètes se sentent le mieux possible. J'ai envie de mettre en place un fonctionnement collaboratif entre la Fédération et les clubs, avec les athlètes au cœur de leurs projets, d'essayer de faire en sorte que tout soit plus serein et être facilitant dans leurs démarches de haut niveau. Quand je parle de leurs projets, c'est aussi de leurs vies privées, au niveau de leurs études ou autre.
À son arrivée, Stéphane Nomis a impliqué les entraîneurs de clubs, certains se sont même retrouvés sur la chaise lors de grandes compétitions. C'est ce que vous allez poursuivre ?
D. F. : Le coaching est un peu la partie émergée de l'iceberg. Ce qui m'intéresse, c'est que l'athlète ne soit pas tiraillé à droite et à gauche. Il faut avoir une vision commune sur sa carrière. On forme des athlètes de haut niveau, on met en place une politique sportive pour avoir des médailles aux Jeux de Los Angeles 2028, mais j'ai en tête, au-delà de ça, que les athlètes sont d'abord des êtres humains. On a trop souvent tendance à l'oublier.
Un athlète doit être bien dans sa tête pour être motivé à l'entraînement. En termes d'adaptation, ça se traduirait comment ?
D. F. : Certains athlètes vont s'entraîner à 100% avec l'équipe de France, d'autres davantage avec leur entraîneur de club, pour d'autres, ça sera du 50/50. Je veux faciliter tout ça. J'ai été entraîneur de club et j'en connais les possibilités et les limites de fonctionnement.
Vous parlez de Los Angeles 2028, mais il y a des championnats du monde tous les ans, et ça reste l'objectif récurrent. Comment voyez-vous ces échéances ?
D. F. : L'Olympiade est une problématique de quatre ans, et une période en deux temps : avant et après la ranking list olympique (la course aux points pour qualifier une catégorie). Il faudra profiter de la première partie pour faire un gros travail de fond qu'on n'aura pas le temps de faire une fois entré dans les deux ans déterminant la ranking list. Pendant ce travail de fond, l'athlète ne sera pas tout le temps au top de sa forme parce que les effets recherchés seront beaucoup plus tardifs. On se penchera évidemment sur cette problématique de répondre présent sur les événements mondiaux. Alors effectivement, les championnats du monde de juin vont être le premier gros rendez-vous de cette équipe de France. Mais pour l'instant, on pose les bases de la politique sportive sur laquelle on aimerait se diriger. On avance bien.
Quel rôle allez-vous tenir vis-à-vis des trois athlètes que vous aviez jusque-là sous votre responsabilité ?
D. F. : Mon poste induit le fait que je ne coacherai plus car je suis dans le Comité de sélection. Je coacherai aux compétitions par équipes mais plus en individuel. En revanche, je continuerai de suivre Luka, Walid et Alpha sur leurs entraînements et leurs choix sportifs mais je ne serai plus sur la chaise.
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Video credit: Eurosport
Que vont vous apporter vos adjoints, Franck Chambily et Ludovic Delacotte ?
D. F. : Ce sont des personnes que je connais depuis très longtemps, avec des qualités humaines que je reconnais et qui sont reconnues. Franck a été entraîneur particulier de Teddy [Riner] et Ludovic l'a été aussi vis-à-vis de Clarisse [Agbégnenou]. Ce sont des valeurs ajoutées du fait des problématiques singulières qu'ils ont rencontrées. Ils connaissent parfaitement le haut niveau, ils savent prendre du recul, ils sont mesurés, tempérés. Et je n'oublie pas Stéphane Frémont (responsable des data et de la concurrence) qui est là à l'entraînement, à la stratégie, à la planification. Bref, je suis super content des collègues avec qui j'entame ce travail collaboratif.
Le défi va être de qualifier toutes les catégories à Los Angeles. Certaines ont été assurées automatiquement à Paris par le statut de pays hôte. Les -100 kg par exemple…
D. F. : L'idée est d'avoir deux athlètes compétitifs dans chaque catégorie pour faire jouer la concurrence. Dans certaines, ce sera naturel, dans d'autres, on va faire de la formation pour élever le niveau le plus possible. Ça peut être le cas pour les -100 kg effectivement, voire les -81 kg, les lourds. On verra.
Ce Grand Chelem de Paris va marquer le retour du yuko, une valeur abandonnée fin 2016. Qu'est-ce que ça va apporter aux combats ?
D. F. : Une nuance dans les marques. Trois marques, cela va permettre de valoriser certains impacts, d'aller un peu moins de façon systématique au golden score. C'est positif selon moi, mais on verra dans les faits. Et on verra comment cette règle est appliquée par les arbitres.
La "prise de l'ours" aussi fait son retour. Une bonne chose selon vous ?
D. F. : Philosophique, je dirais que je préfère qu'on ajoute des possibilités d'expression plutôt qu'on en enlève, de manière générale. Rouvrir la porte à certaines techniques donc, être aussi par exemple moins pointilleux sur la saisie de manche serait fondamental pour la production de judo.
Qu'avez-vous demandé aux Bleus avant ce Grand Chelem de Paris ?
D. F. : Être sur l'initiative, oser un peu à l'image des Jeux Olympiques, toutes proportions gardées évidemment. N'avoir aucun regret surtout. En tout cas donner une belle image d'eux.
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