Christian Chaumont, entraîneur de Riner: "Pour cette apothéose, Teddy a souvent fini les bras en croix à l'entraînement"

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Coach des deux premiers titres olympiques de Teddy Riner, en 2012 et 2016, Christian Chaumont a été rappelé par le géant guadeloupéen quatre mois avant Paris 2024, pour un retour aux sources et une remise en place de certains fondamentaux qui se sont avérés déterminants dans le double triomphe de l’Arena Champ-de-Mars. Que le technicien nous raconte de l’intérieur dans un entretien exclusif.

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Video credit: Eurosport

Le mouvement décisif que réussit Teddy contre Kim en finale du tournoi individuel, c'est un rêve. Il est techniquement sublime. Comment l’avez-vous vécu ? 
Christian Chaumont : Effectivement, c'est un mouvement qui est très difficile à faire. Il faut quand même vraiment tourner le dos, prendre des risques. Là, on savait que Kim ne contrait pas. Sur certains combats, j'avais demandé à Teddy de ne pas attaquer avec arai goshi. Là, juste avant la finale, je lui ai dit : "Tu peux y aller sur lui, tu peux faire arai goshi". Il était tout content, il était réjoui. Il m'a dit : "Bah, super !" Et c'est ce qui s'est passé. C'est un mouvement magistral qui a mis une couronne olympique de plus sur sa tête. Et il a emmené tout le public avec lui. 
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Là, c'est un summum : ce sont les Jeux Olympiques à Paris. Il y a une ambiance de dingue depuis une semaine à l’Arena Champ-de-Mars. La conclusion est grandiose... 
C.C. : Je ne suis généralement pas très expressif. On me connaît un peu pour ça. Je ne m'exprime pas beaucoup. Là, par contre, j'ai laissé éclater ma joie. Teddy avait fait un tel travail avant qu'il n'y avait pas de pression autour de lui. Il fallait qu'il gagne, c'était important. C'est un soulagement total et une joie qui arrivent en même temps, parce qu’on a travaillé pour avoir cette joie en commun pour toute l'équipe autour de lui. C’est génial.
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Teddy Riner avec son entraîneur Christian Chaumont après son titre chez les lourds aux Jeux Olympiques de Paris, le 2 août 2024 à l'Arena Champ de Mars Arena

Crédit: Getty Images

A quel point l'ambiance du Champ-de-Mars a pesé ? 
C.C. : Teddy a une force justement, il est capable de gérer cette pression, de se l'accaparer et d'en faire une force. C'est ce qu'il a fait ce jour-là parce que le public était une arène. On pouvait penser au Colisée de Rome, avec une ambiance incroyable à l'intérieur. Le public était vraiment chaud bouillant. À chaque fois que Teddy rentrait dans la salle, ça montait, ça tapait des pieds. C'était impressionnant, un peu comme une entrée de gladiateurs avant un combat. Évidemment, ça fait monter la pression et Teddy la met dans le bon sens, dans le positif. Et c'était important pour lui d'avoir un public qui le soutenait. 
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Teddy avait vaincu aux pénalités Mikhaylin aux Jeux de Londres en 2012 (trois shidos à un), et Harasawa à ceux de Rio en 2016 (deux shidos à un). Là, c’est l’apothéose pour cet amoureux de la technique, du beau judo. Cela a compté pour lui ? 
C.C. : En général, il recherche toujours l'apothéose. Mais dans une finale olympique, il faut gagner à tout prix. Que ce soit par le moment précis ou les pénalités, l'important, c'est de gagner. A la fin, on ne retient qu’une chose : Teddy est champion olympique. Peu importe la manière. Quand il y a la manière comme à Paris, là évidemment, c'est l'apothéose. 
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Vous avez dit qu'il est arrivé à Paris plus fort qu'à Londres et Rio. Comment est-ce possible ? 
C.C. : Il avait bossé encore plus. Il s'est préparé pendant quatre ou cinq mois. Il s'est mis à travailler très fort, il est allé au bout de lui-même plein de fois. Les gens ne s'en rendent pas compte, mais il a souvent fini les bras en croix à l'entraînement. Il avait une bonne préparation physique, il était fort techniquement. Il a fait le boulot. Mais il a vraiment beaucoup souffert. Souvent, ses sparring partners l’ont aidé à se relever entre chaque combat. Ils le prenaient par le bras et ils le relevaient pour repartir au combat. Teddy a souffert. Il a fait des choses très difficiles. 
Il a tiré sur la mécanique. C’est pour cela qu’il va se faire opérer prochainement ? 
C.C. : Il avait déjà une douleur au coude droit qui le dérangeait, qui le gênait (ndlr : depuis sept ans, a expliqué Teddy Riner). Il est passé outre. Il s'est entraîné avec cette douleur. Il n'avait pas le choix : il voulait être champion olympique pour la troisième fois, tout simplement. Pour devenir le judoka le plus titré de tous les temps. 
Et sa journée n’a pas été simple : contre Magomedoradov, le combat se conclut après 6’30" et trois pénalités. On l’a senti très méfiant. Avait-il une consigne ?  
C.C. : On savait que Magomedoradov contrait, mais à part ça on ne le connaissait pas. Sur un premier combat, dans ces conditions, Teddy n'allait pas se lâcher, prendre de risques si l’adversaire n’en prenait pas. Magomedoradov a pris zéro risque, il n’attendait que le contre. Teddy n'a pas pris le risque d’attaquer et se faire contrer. Il ne voulait pas être la surprise la plus importante des Jeux Olympiques. On a géré le combat en allant jusqu'au bout. Là-dessus, Teddy est très malin, il sait comment gagner. Il prend le moins de risques possibles quand il sait qu'il y a un danger. 
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Riner a dû s'employer d'entrée : premier combat remporté à l'usure au golden score

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En quart de finale, il sort un tani otoshi monstrueux contre Tushishvili. Après l’annonce de l'ippon, le Géorgien le provoque. Avez-vous eu peur ? 
C.C. : Non, pas vraiment. Teddy a les règles du judo en tête, il sait qu'à aucun moment donné, il doit déborder. Il sait se contrôler. 
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Ippon magnifique puis embrouille improbable : le quart houleux de Riner en vidéo

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En demi-finale contre Rakhimov, il gagne par ippon en 1’43", sur un o soto gari phénoménal, en fauchant la première jambe, puis la seconde...  
C.C. : O soto gari, ça fait très, très longtemps qu'on le travaille. On le répète tout le temps, tout le temps. Mais par à-coups, par séquences. On sait qu'il l'a, donc il faut juste le remettre tout le temps en tête, et qu'il sente le moment où il doit y aller. Il avait battu Rakhimov peu de temps avant, au Grand Chelem de Tachkent, en lui mettant aussi ippon, en finale devant un public très chaud. Je n'étais pas du tout inquiet sur ce combat avec Rakhimov. Pour moi, Teddy ne pouvait pas perdre contre Rakhimov. Il ne pouvait même pas être en danger. Je n'avais pas de crainte, même s’il faut toujours se méfier. C'était plus dangereux contre Tushishvili que contre Rakhimov. 
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Riner, un ippon explosif pour foncer en finale

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Le lendemain a été un peu différent, lors de la compétition par équipes, puisque vous n’étiez pas au bord du tapis. Réalisez-vous, vous ou Teddy, que Tatsuro Saito est blessé à la main droite ?
C.C. : Non. On ne ressent pas. Saito le cache. Comme Riner fait ses combats à fond avec son mal au coude. 
Mais si Kim fait 130 kg, Saito accuse 172 kg sur la balance. Comment faut-il gérer un tel combat ? 
C.C. : On avait vraiment préparé les combats contre Saito. On savait sur quoi il devait aller, les attaques qu'il devait faire. Même chose sur Tushishvili : on savait qu'il y avait un trou sur tanio o toshi. Sur Saito, on avait bien préparé uchi mata et o uchi gari. On avait préparé les deux, on savait que les deux marchaient. 
Pour Teddy, c’est deux médailles d'or en 24 heures, avec un dénouement au tirage au sort même pas imaginable. Comment avez-vous vécu cette fin assez folle ? 
C.C. : Avant, ses équipiers ont quand même remonté les points, notamment Gaba en –73 kg. Et puis effectivement, dès qu'on voit le nom de Teddy sortir pour le combat décisif, ça rassure immédiatement l'équipe de France. Personne ne voit perdre Teddy contre Saito. Évidemment, il fallait attendre le dénouement, mais j'ai alors vu quelques judokas de l'équipe de France qui étaient déjà heureux.  
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Ce fut à nouveau un très gros combat. Comment l’avez-vous appréhendé ? 
C.C. : Ça pouvait être très difficile encore une fois. Mais Teddy venait juste de le battre. Psychologiquement, il avait donc un petit avantage. Mais il fallait sortir le combat !
Il a décidé de mettre le cap sur les Jeux de Los Angeles 2028. Les quatre mois lors desquels vous avez travaillé avec lui ont été particulièrement fructueux. Ferez-vous partie de son staff ?  
C.C. : Pour l'instant, j'ai arrêté le judo, je suis reparti dans mon nouveau métier. Si jamais avant Los Angeles, il se passe quelque chose, je ne sais pas... 
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