Paris 2024 Joan-Benjamin Gaba : "La roulette de Teddy Riner ? Tout le monde m'a dit que c'était truqué !"
Eurosport sur GoogleDe passage à Eurosport un mois et demi après ses deux médailles olympiques (l'argent en individuel, l'or par équipes) à Paris 2024 et quelques jours après la parade des champions lors de laquelle Lucie Decosse lui a remis la Légion d'Honneur, Joan-Benjamin Gaba s'est penché sur cet été de rêve. Il revient notamment sur ce moment qui a tout fait basculer, quand le sort a désigné Teddy Riner.
Gaba : "Quand ça tombe sur Teddy, je me dis qu'on a gagné"
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Comment ça se passe le retour à la vie normale ? Vous étiez très haut, est-ce qu'il y a eu une petite redescente émotionnelle ?
Joan-Benjamin Gaba : Bien sûr, on a fait la dernière parade, le dernier moment avec le public samedi donc forcément un peu de nostalgie. On se dit que c'est fini. On a vécu des moments incroyables tous ensemble, tous les athlètes. C'est quelque chose qui restera gravé toute notre vie. Mais, le sport de haut niveau c'est tellement quelque chose d'intense tout le temps… Là, les gens nous ont suivis sur les Jeux Olympiques mais des émotions comme ça, et des moments comme ça, c'est un peu notre quotidien. C'est ce qu'on vit au fil des saisons. J'ai des objectifs que je me suis fixés, et je vais travailler très dur pour les atteindre. Je n'aurai pas le temps de me dire, "les Jeux c'est fini, je suis dégoûté.' Le jour où je serai champion du monde, ce sera exactement la même émotion que celle ressentie aux Jeux. Donc je vais travailler pour ressentir ces émotions encore et encore.
Ce sera moins fort…
J-B.G. : Ça ne sera pas moins fort ! Si on n'est pas sportif, peut-être qu'on ne peut pas comprendre ce que c'est l'accomplissement d'être champion du monde. C'est quelque chose d'exceptionnel. Je suis champion olympique, mais pas en individuel.
Est-ce que vous avez déjà repris l'entraînement ?
J-B.G. : Non. Je me suis fait opérer du genou. Je ne pourrai reprendre que dans deux mois. Il y avait une fissure sur mon ménisque depuis quatre ou cinq mois que j'essayais de faire tenir jusqu'aux Jeux. J'ai réussi avec du kiné, du renforcement. Mon genou s'est bloqué trois ou quatre fois pendant les JO. On le voit sur les images, il se bloque et je dois arrêter mon action, notamment au sol. S'il reste bloqué, c'est fini pour moi. Ce n'est pas cette petite fissure qui allait m'arrêter.
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"Les Dieux du judo sont taquins" : le moment où le tirage au sort a désigné Riner
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Pour les sports comme le vôtre, capitaliser sur un exploit aux JO est important, notamment avec les sponsors…
J-B.G. : Il y a des discussions qui commencent. Rien de décidé pour l'instant mais oui, je suis approché par pas mal de sponsors. A voir ce que ça va donner par la suite. Bien sûr, c'est très important. On se bat toute notre vie pour faire ce genre de résultats. Je pense qu'un joueur de foot qui fait ce qu'on a réalisé, il est riche jusqu'à la fin de sa vie. Nous ce ne sera pas le cas, mais on essaie quand même de capitaliser au maximum. Financièrement, c'est sûr que je vais être beaucoup mieux que je ne l'étais avant.
On revient sur les JO, le vendredi Teddy Riner est champion olympique et le lendemain il y a l'épreuve par équipes. Comment se passe cette dernière soirée avant la compétition ?
J-B.G. : Je suis en chambre avec (Maxime-Gaël) Ngayap Hambou qui est un de mes meilleurs amis. Le téléphone sonne, c'est Teddy qui vient de gagner. Il me félicite pour la médaille parce qu'on ne s'était pas parlé depuis et il dit : "demain, on a un truc exceptionnel à aller chercher. Je compte sur vous. J'ai confiance en vous. J'espère qu'on va aller chercher cette médaille ensemble." Il dit la même chose à Max. On était trop déterminés ! On a posé nos téléphones et on a dormi.
Et le samedi matin ?
J-B.G. : On avait rendez-vous pour le petit-déjeuner à 5h. La compétition commençait tôt, il fallait s'échauffer, etc. On s'est tous retrouvés à la cantine. On a mangé tous ensemble à la même table. C'est une équipe, c'est la famille.
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6'26" asphyxiantes... et Riner a envoyé les Bleus au paradis
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C'est une très longue journée le par équipes…
J-B.G. : On sait que si on perd au 1er tour on est dans notre chambre à 9h mais personne ne veut ça. C'était une journée normale. Je vais vous raconter quelque chose. Les Japonais prennent souvent toute la place dans la salle d'échauffement. Comme si c'était la leur. Hifumi Abe (le double champion olympique qu'il battra en finale, NDLR) commence à s'échauffer. Ils font une énorme ronde autour de lui, pour que personne ne le dérange. Ça m'agace donc je commence à passer au milieu de la ronde et je fais mon échauffement à côté de lui, dans sa ronde.
C'était de l'intimidation…
J-B.G. : Complètement ! On est à domicile.
Parlons d'Abe, votre adversaire dans cette finale par équipes. Un judoka de la catégorie d'en-dessous mais une légende aussi…
J-B.G. : Une fois qu'on arrive sur le tatami, il n'y a plus de légende. Ça n'existe plus. Il n'y avait pas ça dans ma tête, pas une seule seconde. C'est juste un judoka parmi tant d'autres au moment où je monte sur le tapis. C'est particulier de combattre quelqu'un de la catégorie d'en-dessous mais il a un niveau tellement élevé qu'il peut prétendre avoir une médaille en -73 kg. Les Japonais sont sûrs qu'Abe va me battre. J'ai vu les images. Ils ont été condescendants parce qu'ils pensaient qu'Abe allait me foudroyer.
Quand vous réussissez ce ippon, est-ce que vous avez conscience d'avoir fait quelque chose qui va rester dans ces JO ?
J-B.G. : Je sais que si je le bats, c'est un truc de "ouf". Il y a un moment où il saigne du nez, donc il part se nettoyer. Je suis tout seul au milieu du tapis. C'est le seul moment du combat où je peux réfléchir à autre chose. Je vois mes coéquipiers qui m'encouragent, qui me galvanisent. Et je vois le public, j'entends. Je commence à réaliser, je capte un peu ce qui se passe. Je comprends que le combat est épique. Je me dis que si je le fais, c'est un truc de "ouf". Ça me motive encore plus. Quand il revient de la pause, je ne suis même plus le même. C'est parce qu'il m'a laissé le temps de réfléchir et de me rendre compte de la chose.
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Gaba, mimétisme et instinct pour un coup de génie : "J'ai plongé de toutes mes forces"
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La suite on la connaît, l'équipe de France menée 3-1 revient à 3-3 et puis il y a la roulette et le sort envoie Teddy Riner combattre pour la médaille d'or…
J-B.G. : Ce n'est pas truqué ! (il rigole). Tout le monde m'a dit ça mais ce n'est pas possible. C'est juste la magie du sport. C'est tombé sur Teddy, tant mieux pour nous.
Cette roulette, c'est une excellente idée…
J-B.G. : C'est fait exprès pour que ça soit un peu spectaculaire. D'ailleurs, ils ont bien fait. Ils ont été bons à la Fédération internationale. Ça fait un moment qu'ils fonctionnent comme ça et ils savent très bien ce qu'ils font. Ils savent très bien que c'est bien, parce que ça promeut le judo.
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