Riner était-il au top physiquement ?

Probablement pas, mais il n’y a aucune surprise à cela. Comme il l’a révélé juste avant le début des Jeux, le Guadeloupéen a subi une sérieuse blessure au genou droit (déchirure d’un ligament croisé) en février dernier et a vu toute sa préparation être affectée par ce coup dur. Une véritable course contre-la-montre était alors enclenchée, alors que ses adversaires multipliaient les séances intensives et aiguisaient leurs lames lors des compétitions internationales.
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Néanmoins, le judoka français affichait 139,2kg à la pesée, jeudi, ce qui n’est pas loin de son poids de forme optimale. Et ses premiers combats de la journée ne laissaient rien augurer de particulièrement inquiétant de ce point de vue. Même si le manque de rythme n’a sans doute pas aidé, ce n’est pas ce paramètre qui lui a principalement fait défaut contre Tamerlan Bashaev, comme nous le verrons un peu plus bas.

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Fallait-il se méfier de cet adversaire ?

Absolument. Choisi par le staff russe à la place d’Inal Tasoev, qui pratique un judo plus spectaculaire et inventif, Tamerlan Bashaev avait toutes les caractéristiques pour contrarier son prestigieux opposant. Petit gabarit (1,74m) et ambidextre, ce qui lui permet d’alterner les prises, le vice-champion du monde en titre avait un profil de parfait poil à gratter. Car Teddy Riner n’aime pas ce genre de combattants, comme l’avait démontrée sa défaite à Bercy, en février 2020, face au "petit" gaucher Kokoro Kageura.
De plus, le Russe a accumulé les bonnes performances - et la confiance qui va avec - au cours des mois écoulés, étant sacré champion d’Europe en 2020, remportant les Grands Slams d’Antalya et de Kazan puis devenant vice-champion du monde à Budapest, en juin dernier. Autant de résultats qui ont fait de lui le leader du classement mondial de la catégorie des +100kg.

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Bashaev aurait-il dû écoper d'une troisième pénalité ?

Disons que cela aurait été sévère. Malgré sa bonne forme du moment, Bashaev a subi durant tout le combat. Il craignait Riner, c’était évident, et ne voulait surtout pas le laisser poser ses mains sur son judogi selon son bon vouloir. L’arbitre a d’abord sanctionné les deux hommes, qui se chamaillaient de manière stérile. Il a ensuite délivré un deuxième shido au Tchétchène uniquement, car celui-ci reculait constamment pour fuir l’avancée du Tricolore.
Il restait alors 1’56’’ de combat et Bashaev était alors dos au mur, puisqu’une troisième pénalité aurait été synonyme de disqualification. Celle-ci n’est cependant jamais venue. Le numéro 1 mondial a arrêté de reculer et de refuser la saisie et, même s’il n’a pas été très entreprenant - c’est un euphémisme -, il a fait juste ce qu’il fallait pour sortir du collimateur de l’arbitre et de la table des juges. En revanche, il semblait physiquement à bout de forces et la sentence aurait bien pu finir par tomber. Si le Golden Score avait duré plus longtemps…

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Crédit: Getty Images

Riner a-t-il commis une erreur fatale ?

Oui. À vrai dire, on peut même aller jusqu’à affirmer que Riner a tendu une perche énorme à son adversaire, en créant lui-même son propre déséquilibre. Rembobinons la cassette : quelques secondes après le début du Golden Score, Bashaev a engagé l’une de ses rares attaques du combat, un morote-seoi-nage. Une fois à genoux, il a changé de stratégie et repoussé Riner vers l’arrière. Celui-ci a alors opté pour une technique de sacrifice (sutemi-waza), qui consiste à basculer volontairement sur le dos afin de faire passer l’adversaire par-dessus soi.
Sauf que ce contre a été mal exécuté. Le décuple champion du monde n’a pas assuré sa saisie et le Russe en a profité pour insister et le faire tomber. En analysant cette action à la vidéo, les juges ont considéré que Bashaev, qui avait enclenché le mouvement, était toujours à l’initiative et que c’était bien son attaque qui avait mis Riner sur le dos. À raison, même si la mine déconfite du vaincu disait tout de sa désapprobation.

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