Championnat d'Europe | Romain Valadier-Picard : "Je commence à bien savoir poser mon judo, à être plus patient"

Eurosport sur Google

Romain Valadier-Picard est en lice aux Championnat d'Europe en -60kg, ce vendredi à Montpellier. A 21 ans, l'espoir de l'Athletic Club Boulogne-Billancourt s'inscrit dans une progression remarquée depuis le printemps, qui peut l'amener au titre continental et ambitionner de représenter la France aux Jeux Olympiques de Paris en 2024. Il nous explique son style et ce qui le rapproche du judo nippon.

Romain Valadier-Picard aux championnats du monde 2022

Crédit: Getty Images

A 21 ans, Romain Valadier-Picard poursuit ses études d'ingénieur à l'École supérieure d'ingénieurs Léonard-de-Vinci à la Défense en parallèle à son statut d'athlète de haut niveau qu'il assume avec ambition et lucidité.
Champion d'Europe et troisième des Championnats du monde Juniors en 2021, le licencié à l'Athletic Club Boulogne-Billancourt a obtenu ses premiers résultats chez chez les seniors cette même année en montant sur le podium du Grand Chelem de Paris. A nouveau troisième des Mondiaux Juniors en 2022, troisième du Grand Chelem de Bakou, l'élève de Romain Poussin s'est depuis solidement installé dans le Top 15 mondial en remportant le Grand Prix de Linz et l'Open de Varsovie cette année, en signant une deuxième place au Grand Chelem d'Oulanbator et une troisième au Masters de Budapest.
picture

Une belle promesse : Valadier-Picard s'offre encore le bronze

Video credit: Eurosport

Dans une catégorie des -60kg où Luka Mkheidze, médaillé de bronze aux Jeux de Tokyo, et Cédric Revol, récent vainqueur du Grand Chelem d'Abou Dabi, avaient déjà instauré une forte émulation, Romain Valadier-Picard peut légitimement espérer être sur le tatamis le 27 juillet prochain aux Jeux Olympiques de Paris 2024, le plus grand évènement du sport qui sera retransmis en direct du Eurosport.
Quand avez-vous réalisé que vous étiez fait pour le haut niveau ? Un résultat ou un événement a-t-il pesé dans votre parcours vers l'élite ?
Romain Valadier-Picard : Ce n'était pas un résultat mais l'épidémie de Covid. Je m'étais dit que je m'arrêterai sûrement en Juniors, que je ne ferai pas un sport de haut niveau. Et puis le Covid m'a permis de faire une pause et réaliser que le judo me plaisait vraiment beaucoup. C'est une vie qui me manquait, m'a fait prendre conscience que j'avais envie de poursuivre dans cette voie et d'aller le plus loin possible.
Dans votre catégorie, y a-t-il un monde d'écart entre les juniors et les seniors ?
R.V.P. : J'ai commencé les compétitions Seniors en Juniors deuxième année, ça fait donc deux bonnes années maintenant. Ce n'est pas facile en Seniors : c'est plus physique, plus rugueux, plus dur de faire tomber, plus précis sur les mains ; plus vicieux aussi. Il a fallu composer avec. Le judo que je faisais en Juniors, où j'attaquais beaucoup, où je me mettais beaucoup à genoux, où je fuyais beaucoup quand j'étais pris, n'était pas un judo qui permettait de gagner en Seniors. J'ai donc dû évoluer un peu et aujourd'hui j'attaque un peu moins, je suis plus fort sur les mains, plus précis. Je suis un peu plus malin : j'essaie aussi d'apprendre à gagner autrement qu'en faisant tomber (ndlr : en poussant l'adversaire à prendre des pénalités). C'est malheureusement le judo. On peut gagner comme ça aussi.
Comment Romain Poussin, votre entraîneur à l'ACBB, et Guillaume Faure, votre entraîneur référent en équipe de France, se complètent-ils ?
R.V.P. : En équipe de France, on a changé de directeur technique national il y a un an. Au début, je n'ai pas vu ça d'un bon œil mais l'avantage avec cette nouvelle configuration est la communication entre les coaches de l'équipe de France et de clubs. On peut aussi bien travailler en club qu'en équipe de France. Je prends le meilleur de chaque entraîneur. Romain m'apporte ce côté technique et rassurant : il voit toujours le bon côté, là où je vois le mauvais. Idem en équipe de France avec Guillaume du point de vue technique sur les mains. Avec Romain, on fait aussi beaucoup d'analyse vidéo.
Comment avez-vous développé votre "spécial" (tokiu waza) ?
R.V.P. : Contrairement à ce qu'on pourrait croire, je ne travaille pas beaucoup mon tokiu waza - morote seoi otoshi - à l'entraînement : ça me fait super mal aux genoux et j'essaie de ne pas trop le faire en randori (soit l'entraînement, ndlr) pour le garder en compétition. A l'INSEP, les gens commencent à me connaître et ils ne le prennent plus. Ce que je travaille, ce n'est pas ma technique mais plutôt tout ce qu'il y a autour : les feintes pour l'amener et les autres techniques car le judo évolue beaucoup. J'ai beaucoup utilisé mon morote otoshi et il y a beaucoup de vidéo en Seniors. Donc je travaille plutôt comment l'amener, ou feinter sur morote otoshi pour amener une autre technique.
picture

Romain Valadier-Picard contre Dilshot Khalmatov au Grand Prix de Linz 2023

Crédit: Imago

Vous vous trouviez impatient en Juniors. Etes-vous désormais moins pressé d'attaquer ?
R.V.P. : Aux Championnats du monde Seniors (en août 2022), j'ai pris trois shido sur des fausses attaques, à Tbilissi (en mars 2023) je perds aussi au 1er tour - alors que je menais - parce que je me précipite. En Seniors, il faut poser son judo, être plus patient. Je commence à bien savoir le faire. Ça m'a pris du temps - presque un an - et ça m'a permis d'avoir quelques médailles sur le circuit depuis mars-avril.
Avez-vous toujours pour principe d'imposer votre judo, d'appliquer votre plan au risque de ne pas avoir d'alternative, ou vous adaptez-vous à l'adversaire ?
R.V.P. : Je ne dirais pas que je m'adapte à l'adversaire mais je m'adapte à sa forme pour imposer mon judo et l'empêcher de produire le sien. Mais bon, de temps en temps on part avec un plan en tête et on s'aperçoit que l'adversaire n'a pas le même judo parce qu'il m'a observé et qu'il s'est adapté à moi. Il faut alors se réadapter. Contre Francisco Garrigos (ndlr : le champion du monde en titre qu'il a battu pour la 3e place au Grand Chelem de Bakou en septembre), par exemple, mon plan était de venir au revers et de le repousser, sauf que j'ai vu qu'il prenait appui pour monter et me coller, ce que je n'aime pas du tout. Du coup, j'ai fait tout le match en manche-manche. Ça l'a empêché de faire ça et ça le contrariait vraiment.
Quel type de judo ou de combattant vous pose problème aujourd'hui ?
R.V.P. : Les gars qui collent, mais je commence de mieux en mieux à savoir faire contre eux. J'ai perdu contre eux, j'ai appris. Mais le judo que je n'ai pas réussi à battre est le japonais : ils sont dans la même filière que moi, le manche-revers, et jusque-là ils ont été meilleurs que moi. J'ai pris deux fois (Ryuju) Nagayama et j'ai perdu deux fois. J'ai encore des progrès à faire.
picture

Valadier-Picard était si proche : sa finale contre Nagayama en vidéo

Video credit: Eurosport

Qu'avez-vous appris en les côtoyant en stage en université au Japon ?
R.V.P. : Ce n'est pas le même judo qu'en France : c'est physique sans l'être autant. En France, quand on monte la main, on se fait agresser, rentrer dedans. Le judo japonais est complètement différent : ils cherchent à poser leurs mains sans te rentrer dedans ; ils vont faire du judo. Les combats sont beaucoup plus longs. C'est beaucoup moins impactant physiquement et c'est beaucoup plus technique. En France, faire des combats de six minutes c'est dur parce qu'on met beaucoup d'intensité. Au Japon, l'intensité est en dessous, sauf que c'est beaucoup plus technique, beaucoup plus précis. Ce n'est pas plus ouvert mais plus précis.
Vous avez été sélectionné aux Championnats du monde en 2022 mais pas en 2023. C'était une péripétie ou une déception ?
R.V.P. : Je ne m'attendais pas vraiment à être sélectionné en 2022, j'étais encore Junior. Je sortais d'une performance au Grand Chelem de Paris et à Budapest l'année précédente mais c'était un peu par défaut car personne ne faisait de médaille. En 2023, je ne méritais clairement pas ma place : j'avais fait des contre-performances. La déception était venue avant de par mes contre-performances.
Avez-vous un programme en tête pour avancer vers les JO de Paris 2024 ?
R.V.P. : Je n'en ai pas : je prends compétition après compétition. Je ne m'imagine pas déjà faire les Jeux ou quoi que ce soit. Je participe aux Championnats d'Europe et une place aux Jeux se gagne. Pour l'instant, je ne l'ai pas gagnée et la concurrence est rude.
Quel sera votre programme après les Championnats d'Europe ?
R.V.P. : Je ne sais pas. Deux semaines après les Championnats d'Europe, il y les Championnats de France, et deux semaines encore après le Grand Chelem de Tokyo. Trois compétitions en six semaines ça se fait, mais c'est un risque de blessure.
Je suppose que vous ressentez le besoin de faire toujours plus de compétitions, d'avoir dans les mains ceux mieux classés que vous pour savoir comment les combattre comme Nagayama...
R.V.P. : Oui. Nagayama, je l'avais pris à l'entraînement mais en compétition ce n'était pas le même homme. Autrement, j'ai eu les vingt premiers dans les mains en stage ou en compétition. On apprend évidemment d'eux mais l'inverse est aussi vrai. Il faut apprendre de ses défaites, connaître ses adversaires sur le bout des doigts car les Grands Chelems se jouent toujours sur des détails. En Juniors, je ne connaissais pas tous mes adversaires, mais en Seniors on se connaît tous.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité