Steven, qu'est-ce qui est le plus fort aujourd'hui : la joie de ce titre olympique ou la frustration de ne pas voir votre sport présent à Paris en 2024 ?
S.D.C. : C'est quand même la joie. L'heure est à la fête malgré tout. Je viens tout juste de rentrer et je suis entouré d'amour. Bien sûr, on a un autre combat. Ca ne gâchera jamais ma médaille mais je me dois de me battre et de ne pas rester silencieux. Je le fais parce que c'est quelque chose de juste. Je ne le fais pas parce qu'on m'a demandé de le faire. Il y a une grosse injustice et il faut que ce soit revu. Je pense que je suis le mieux placé pour en parler actuellement. Aujourd'hui, ça a beaucoup plus de poids avec une médaille autour du coup.
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Être champion olympique et ne pas pouvoir défendre son titre à domicile, on imagine qu'il n'y a rien de plus frustrant.
S.D.C. : C'est triste. Au-delà de défendre mon titre, parce que ma médaille je l'ai et personne ne me l'enlèvera, c'est un combat pour les jeunes qui rêvent et pour toutes les générations futures qui retourneront dans l'ombre et n'auront jamais la chance de découvrir la magie des JO. Les sports amateurs ont besoin des JO pour connaître l'éclat médiatique, les sponsors et tout ce qui va avec. Aujourd'hui, c'est indispensable d'être aux JO. C'est une autre dimension, ça n'a rien à voir. Le retour en arrière va être dur. On ne mérite pas ça.
Aujourd'hui, on a l'impression que vous êtes engagé dans un combat encore plus difficile à remporter qu'une médaille d'or.
S.D.C. : Oui, c'est sûr. Quand je suis sur le tapis, le sort du combat est entre mes mains. Là, ce n'est pas le cas malheureusement. Je n'ai aucun pouvoir de décision. Je ne suis pas politique mais sportif.

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Est-ce que vous savez s'il y a la moindre chance de voir votre combat aboutir ?
S.D.C. : Je l'espère. Tony (ndlr : Estanguet, président du comité d'organisation des JO 2024) est bien placé pour le savoir, il est passé par là. Son sport a été retiré des Jeux, ils se sont battus, il est revenu et c'est comme ça que Tony a eu ses médailles. Il ne faut pas qu'il oublie d'où il vient. Il sait ce qu'on vit en ce moment.
Vous mettez une forte pression sur Paris 2024, avez-vous déjà eu des retours de Tony Estanguet ou du CIO ?
S.D.C. : Non, rien du tout.
Le choix des nouvelles disciplines (ndlr : le surf, l'escalade, le skateboard, déjà présents à Tokyo, ainsi que le breaking) a été fait pour Paris 2024 autour de sports innovants, à dominante urbaine avec un fort impact sur la jeunesse…
S.D.C. : (Il coupe) On parle audience, argent et on sort des valeurs des JO. On parle argent et pas sport. Je comprends encore moins la décision. Ce n'est pas du tout la bonne justification. On mérite mieux que ça. J'aimerais connaître l'audience du karaté à Tokyo. Je pense que ça a plu et on n'est pas non plus absent des réseaux sociaux.

Steven da Costa, champion olympique de karaté

Crédit: Getty Images

Mais on peut aussi comprendre l'envie du CIO de voir de nouveaux sports à Paris, qui touchent une autre population…
S.D.C. : Bien sûr, moi aussi, j'ai envie de les voir. On ne veut remplacer aucun sport, on veut juste être ajouté et être le cinquième sport additionnel. On a le soutien de Roxana Maracineanu (ndlr : ministre déléguée aux Sports) et c'est un soutien important dont on a besoin.
Si vous deviez choisir entre votre titre olympique à Tokyo ou voir le karaté à Paris en 2024 ?
S.D.C. : Les deux. Ma médaille, c'est trop tard, personne ne peut me l'enlever. Maintenant, il suffit de me donner Paris (rires).
Est-ce que l'absence du karaté aux prochains JO pourrait remettre en cause votre dévouement pour votre sport et vous faire arrêter votre carrière plus vite que prévu ?
S.D.C. : Non, pas forcément. Je ne sais pas. Après, évidemment, ce serait un coup de massue, compliqué financièrement. A voir… Je n'y pense pas aujourd'hui. Je veux juste qu'on nous rajoute au programme des JO et je sais que ce n'est pas perdu.
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