Certains n’ont pas besoin de mesurer deux mètres pour faire impression. Benoît Campargue et ses chaussures en or, qui a triomphé vendredi aux côtés de Teddy Riner, et Patrice Mourier, qui espère le faire avec ses lutteurs à partir de ce week-end, peuvent se vanter d’appartenir à cette race-là d’entraîneurs. Si Campargue a vécu sa dernière campagne à Londres, Mourier n’est pas prêt d’arrêter. Tant que l’envie est là, il continue.
Pour évoquer celui qui a intégré l’équipe de France en 1992, il faut se nourrir auprès de ses protégés actuels, Steeve et Christophe Guénot. "Je connais Patrice depuis 1997 et mon arrivée à l’INSEP, explique l’aîné des frangins. J’avais 18 ans. Il n’était pas mon entraîneur attitré à l’époque. Ce n’est qu’en 2000, quand je suis passé sénior, qu’il l'est devenu. Et puis en 2004, il est passé entraîneur en chef, à la place de Ghani Yalouz, parti à l'athlétisme." Steeve n'a lui fait la connaissance de Mourier qu'en 2002 : "Mais comme pour Christophe, Patrice ne m'entraînait pas. Moi, c'était Jean-Marc (Cardey)." Mourier, qui a mis fin à sa carrière de lutteur en 1992 après s'être fracturé une côte contre un Irakien à Barcelone, témoigne : "Je suis arrivé, j'avais 30 ans. Je sortais des JO en août. Et le 15 septembre, j'étais sur les tapis à l'INSEP pour prendre l'équipe en main." Sa première tâche a été de "mettre une barrière entre les lutteurs qui avaient été dans l'équipe avec (lui)." Un fossé pour asseoir son autorité."Mais tout s'est bien passé dès le départ."
120 jours ensemble
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Pourtant, Mourier le reconnaît lui-même : "Ce n'est pas simple de travailler avec moi. Je suis un peu excessif, un peu autoritaire. Mais il faut que je sois dur avec eux. C'est pour leur bien. Mais je ne leur dis jamais que je suis inquiet, je reste toujours positif." L'aîné des Guénot confirme : "Il est exigeant et strict. Très professionnel. Il fait tout pour nous. Il n'aime pas qu'on soit en retard par exemple. Il est plus compréhensif avec ceux qui ont des enfants, comme moi." Pour les fautifs, "il n'y a pas de punition, explique Christophe, Patrice gueule simplement et fait la morale. Le plus souvent en retard, c'est "Melo" (Noumonvi). Mais il a une excuse, il a des origines cubaines. Avec l'habitude, Patrice ne dit plus rien." L'entraîneur, qui a fêté ses 50 ans en avril dernier, et ses "petits", passent près de 120 jours par an ensemble. "Alors, c'est un peu comme mes enfants. J'en ai trois à moi mais ma fille aînée (29 ans) est plus grande que certains d'entre eux", sourit Mourier, grand-père depuis cinq ans.
Le coach tricolore est bien placé pour savoir que l'avenir appartient aux gens qui se lèvent tôt. Ou plutôt à ceux qui ne se couchent pas. C'est une de ses caractéristiques. "Je suis insomniaque. Je ne dors que deux ou trois heures par nuit", avoue-t-il. Véritable pile électrique, Mourier est "toujours à bloc", selon Steeve. "C'est une qualité, mais aussi un défaut chez lui". Il n'y a pas une nuit où le coach n'imagine pas des programmes, où il ne pense pas à ses athlètes : "Quand j'étais à leur place, c'était pareil. Mais ma force, c'est que je n'ai pas besoin de dormir pour beaucoup pour être en forme."
"Il veut prendre encore quatre ans"
Depuis 1992, Mourier reconnaît tout de même avoir évolué. Assagi ? "Non, au contraire, mais j'ai plus de certitudes. Dans la gestion des hommes surtout. Et puis, il y a des entraîneurs à mes côtés pour me prendre dans un coin si je m'enflamme trop. Je suis juste plus stressé", sourit-il. La médaille d'or de Steeve à Pékin, la deuxième de l'histoire de la gréco-romaine tricolore, reste évidemment un grand souvenir. Pour le trio et pour les cheveux de Mourier surtout. "C'était le deal. Si on décrochait une médaille d'or, on rasait le crâne des coachs", se souvient le champion olympique 2008. Son frère précise : "On les avait tondus au Club France, mais on avait tout de même attendu le lendemain du titre de Steeve, à la fin de la compétition de lutte." Pour Londres, rien n'a été décidé pour l'instant.
Et Rio de Janeiro ? Les Jeux de 2016 seront, a priori, les derniers de Mourier. C'est Christophe qui nous donne l'info : "Il veut continuer jusqu'en 2016, en prendre encore quatre ans. A la rentrée, le 3 septembre, je vais intégrer le staff et bosser avec lui. On va bien s'entendre, c'est sûr". Mourier conclut : "Quand je n'aurai plus faim, j'arrêterai. Tant que l'envie est là, que j'ai cette passion, je continue." Tant que ça l'empêche de dormir surtout.
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