Fièvre, fatigue, antibiotiques… le staphylocoque, la terreur des combattants

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Tous les combattants de MMA connaissent le staphylocoque. Une bactérie dont l’infection à un stade avancé provoque des boutons douloureux, de la fièvre et une fatigue intense. Benoît Saint-Denis en a fait les frais avant son dernier combat contre Dustin Poirier, et a redoublé de vigilance avant son rendez-vous à l’UFC Paris samedi. Quelle est cette bactérie dont aucun combattant n’est à l’abri ?

MIAMI, FLORIDA - MARCH 09: (L-R) Benoit Saint Denis of France punches Dustin Poirier in a lightweight fight during the UFC 299 event at Kaseya Center on March 09, 2024 in Miami, Florida.

Crédit: Getty Images

Lors de son dernier combat de MMA contre Dustin Poirier, Benoît Saint-Denis a affronté deux adversaires. Le redoutable américain et une infection au staphylocoque. Si c’est le premier qui l’a mis K-O au deuxième round, le deuxième a préparé le terrain en sapant les forces du combattant français. Fièvre, fatigue et lourd traitement antibiotique sont venus perturber la dernière ligne droite de la préparation de Saint-Denis, pour combattre la maladie provoquée par cette redoutable bactérie. Lorsque l’infection est à un stade avancé, elle épuise le corps, qui combat l’infection. 
 
La fatigue est incapacitante, elle diminue la force, l’endurance et impacte même les capacités de récupération”, détaille Jean-Marc Sène. Ce dernier est médecin du sport et travaille au sein de la Fédération française de MMA (FMMAF) et supervise l’encadrement médical de ce sport en France. Généralement, tout commence avec un petit bouton qui se forme sur la peau, où la charge bactérienne se concentre. “Quand ça provoque de la fièvre, c'est que la bactérie est passée dans le sang et provoque la réaction de l’organisme”, détaille le toubib. Sans traitement antibiotique adapté et rapide, le bouton peut vite se transformer en une sorte de furoncle très douloureux. 
 
C’est un truc qu’il faut toujours surveiller, un paramètre supplémentaire
 “Malheureusement ce soir, je n'ai pas pu pleinement m'exprimer. Mon corps n'a pas suivi après une semaine d'antibiotiques pour lutter contre une infection. J'étais présent mais mon corps absent, il ne réagissait pas comme d'habitude”, s’est lamenté Benoît Saint-Denis après son combat contre Poirier. Désormais, on ne l’y reprendra pas. “C’est un truc qu’il faut toujours surveiller, c’est un paramètre supplémentaire”, a relevé BSD à quelques jours de l’UFC Paris du 28 septembre, lors duquel il affrontera Renato Moicano. 
D’autant plus que le Français a bien l’impression que le nombre d’infection est en constance augmentation dans les salles de MMA : “La difficulté, c’est que c’est un sport qui est de plus en plus populaire. Il y a de plus en plus de gens qui veulent pratiquer. Maintenant tous les gérants de salle essayent au maximum de protéger les gens avec le nettoyage”. À l’US Metro, par exemple, un club parisien où s’entraînent certains combattants français de l’UFC, des photos des symptômes cutanés d’une infection au staphylocoque sont affichées sur les portes des salles d’entraînement.
 
Mais pas assez puisque “plus de monde égal plus de passage. C’est quelque chose de plus en plus courant”, assure le combattant. Si aucune étude épidémiologique n’a été réalisée pour confirmer cette tendance, Jean-Marc Sène partage cette observation. “On a l'impression, dans le monde du combat, qu’il y a une augmentation assez récente des cas, relève le médecin de la FMMAF. Sans faire de liens de causalité, on a l’impression que depuis 2020 (année de la légalisation du MMA en France NDLR), on en entend beaucoup plus parler. Avant 2020, je soignais quelques fois des infections cutanées, aujourd’hui c’est toutes les semaines.” La faute, peut-être, à l’augmentation de la fréquentation des salles par des novices, non-initiés aux règles d’hygiène strictes indispensables dans un sport avec autant de contacts.
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Dustin Poirier et Benoit Saint Denis se serrant la main après leur combat durant l'UFC 299

Crédit: Getty Images

 

Le staphylocoque comme à la maison dans les salles de MMA

 Car si le staphylocoque se transmet aussi facilement et se plait à vivre dans les salles de MMA, c’est parce que la bactérie survit bien dans les endroits chauds, humides, où elle peut passer d’un corps à un autre. Quoi de mieux, donc, qu’une salle de MMA après une bonne séance d’entraînement, où les corps sont trempés de sueur, en contact les uns contre les autres. Facteur aggravant, les athlètes se trouvent particulièrement exposés aux infections pendant leurs préparations de combat. Lorsque l’intensité et la fréquence des entraînements augmentent, le corps s’affaiblit. “Avec un entraînement très difficile, notre immunité peut baisser, rappelle Jean-Mars Sène. Les sportifs en phase de préparation sont souvent plus touchés par les infections. L’athlète de MMA va aussi s’imposer un régime drastique, c’est quelque chose qui impacte l’immunité”. 
 
Ce n’est pas Oumar Sy qui va le contredire. “Je n’ai jamais fait un combat où je n’avais pas attrapé un staphylocoque, avoue le Français, qui combattra lui aussi à l’UFC Paris samedi. À mon dernier combat, vous pouvez voir quand je ferme mon triangle de corps (une technique pour entourer le corps de l’adversaire avec ses jambes et l’immobiliser, NDLR), j'ai deux gros boutons sur le genou. Là, ce sera le premier combat de ma carrière où je n’ai pas eu de staphylocoque”. Heureusement pour lui, avec un traitement adapté, l’infection n’est pas toujours aussi affaiblissante que ce qu’a pu connaître BSD. 
 
 
Car pour Jean-Marc Sène, l’un des enjeux de la lutte contre cette bactérie, c’est bien son traitement le plus rapide possible. “On voit que les personnes commencent à traiter les infections tardivement, déplore le médecin. Malheureusement, le réflexe du combattant, c'est de mettre un strap dessus et continuer à s’entraîner. L’infection va se développer, et s’entraîner avec une infection dissémine la bactérie”. Autre frein au traitement, la croyance généralisée que les antibiotiques fatiguent et donc freinent l’entraînement. “Non ! L’infection fatigue et la croyance en ce que les antibiotiques fatiguent et le retard du traitement aggravent les choses”, martèle Jean-Marc Sène.
 
Pour le reste, la douche après l’entraînement, les vêtements de compression couvrant les bras et les jambes pour avoir moins de surface exposée, et l’utilisation de claquette pour les trajets entre les vestiaires et les tatamis restent des règles de base à suivre sans faute. Car les combattants de MMA sont des durs, mais aussi forts soient-ils, personne n’a jamais mis un high kick à une infection bactérienne.

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