Pourquoi devenir champion à l'UFC la vingtaine tout juste passée relève de la mission impossible ?

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Lors de l'UFC 326, dans la nuit de samedi à dimanche, Raul Rosas Jr (22 ans) va affronter Rob Font (38 ans). Le premier ambitionnait il y a peu de devenir le plus jeune champion de l'histoire de l'UFC. Une ambition immense, tant il est difficile de se frotter au gratin mondial quand on est jeune dans ce sport. Puissance physique, expérience, bagage technique... pourquoi est-ce si dur ?

Jon Jones est le plus jeune champion de l'histoire de l'UFC.

Crédit: Getty Images

Stéphane Chaufourier, plus connu sous le nom de Atch dans le MMA français, connaît bien les jeunes combattants. Sur les 2000 licenciés de la Atch Academy, répartis sur trois salles en banlieue parisienne, environ 800 sont des enfants de 4 à 15 ans. Ils sont nombreux à s’inspirer de Salahdine Parnasse, aujourd’hui 27 ans, qui a débarqué il y a 15 ans avec un embonpoint et des rêves, et qui se retrouve désormais parmi les meilleurs combattants français. Et peut-être même du monde. "Peut-être", car Parnasse, multiple champion au KSW, une organisation de MMA européenne, ne s’est pas encore frotté à l’UFC.
D’abord parce que Atch, qui est aussi le manager de Salahdine Parnasse, a fait des choix financiers pour son protégé, en le faisant rester au KSW - où le Français est une véritable star  qui offrait des sommes beaucoup plus intéressantes et des garanties plus solides que l’UFC. Notamment celle de pouvoir interrompre brièvement sa carrière dans le MMA pour aller combattre en boxe anglaise quand il le souhaitait. Mais ce n’est pas tout. "L'idée première, c'était vraiment de faire en sorte qu'il prenne de l'expérience avec le temps et pas forcément le griller dans le top 15 ou le top 20 tout de suite à l'UFC", explique Atch.
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Raul Rosas Jr (à gauche) lors de sa défaite contre Christian Rodriguez (à droite) en avril 2023.

Crédit: Getty Images

C'est peut-être ce qui est arrivé à Raul Rosas Jr. Le Mexicain, plus jeune combattant à avoir jamais signé à l'UFC à l'âge de 17 ans, ambitionnait de devenir le plus jeune champion de l'histoire de l'organisation. Mais dès son deuxième combat, il s'est heurté à un mur. Il a dû prendre son mal en patience, retourner à la salle, ralentir son rythme de combat et construire peu à peu une série de victoires contre des adversaires moins ambitieux. À Las Vegas, il aura dans la nuit de samedi à dimanche une nouvelle belle opportunité contre Rob Font, un vétéran de ce sport, de se frotter à un membre du top 15 des poids coq. Un nouveau test pour lequel Raul Rosas, désormais âgé de 22 ans, est légèrement favori, mais dont l'issue demeure incertaine.
Il est prêt pour aller chercher le numéro 1. Mais à 22-23 ans ce n'était pas le cas.
Stéphane Chaufourier, dents d’un blanc immaculé et aux oreilles en chou-fleur, assure que Parnasse avait les moyens d’aller chercher le top 15 ou top 20 de l’UFC dès ses 22/23 ans. "Mais moi, ce qui m'intéresse pour lui, c'est le top 1. Aujourd'hui, il est prêt pour aller chercher le numéro 1. Mais à 22-23 ans ce n'était pas le cas", avoue-t-il. Dans d’autres sports, on peut aller chercher le top mondial assez jeune si on en a le talent. Carlos Alcaraz (22 ans), Jannik Sinner (24 ans), Lorenzo Musetti (24 ans), Ben Shelton (23 ans), qui occupent le top 10 mondial, en sont de très bons exemples au tennis.
À l’opposé, à l’UFC, les champions sont presque tous beaucoup plus âgés. Chez les poids coq, Petr Yan a 33 ans (il a battu Merab Dvalishvili qui a 35 ans pour la ceinture), Alexander Volkanovski (37 ans) règne chez les poids plume, Ilia Topuria (29 ans) chez les poids légers, Islam Makhachev (34 ans) chez les poids légers etc… Le seul contre-exemple est celui de Joshua Van, 24 ans et champion chez les poids mouche. Ce dernier est devenu champion car Alexandre Pantoja (35 ans) s’est blessé pendant leur combat. Alors pourquoi est-ce si compliqué pour la jeunesse dans le MMA, même pour Salahdine Parnasse qui est un véritable OVNI ?

La maturité physique et technique, un incontournable du MMA

À 20 ans, "tu n'es pas tout à fait fini, poursuit Atch. Là, il a pris de la maturité, de l'intelligence de travail. Il est plus dur, il tape plus fort. On s'est mis entre-temps à la boxe anglaise, ce qui lui a permis de travailler un peu plus ses appuis à mi-distance. Je pense que son jeu a évolué et que le choix qu'on a fait de patienter jusqu'à maintenant a été intelligent", loue le manager. Le meilleur exemple pour prouver que Parnasse a pris des épaules, au sens propre comme au sens figuré ? Son combat contre Adrian Bartosinski pour tenter d’aller chercher la ceinture de champion du KSW dans la catégorie des -77kgs. Le Français évolue à la base chez les… -66kgs.
La différence de puissance était censée être colossale contre le Polonais, qu’on peut, à raison, fortement suspecter de n’avoir pas mangé que des fruits et des légumes pour sa préparation. Pourtant, Parnasse, malgré la défaite, a tenu la route n’est pas passé loin d’un exploit. Il avait alors 24 ans. "Jamais je ne l’envoie contre Bartosinski à 22 ans, s’exclame Atch. Et depuis ce combat, c'est le curseur qui a fait que j’ai pris la décision de pouvoir le faire combattre contre n’importe qui. (...) Aujourd'hui, je pense qu'il est à son prime."
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L'évolution physique de Salahdine Parnasse entre 20 et 26 ans.

Crédit: Instagram

Alors, impossible de devenir un jeune champion ? Non, car certains ont déjà défié les statistiques, comme Jon Jones, plus jeune champion UFC de l’histoire avec une couronne qu’il est allé chercher à 23 ans seulement. Et plus le temps passe, plus on pourrait assister à des éclosions précoces. C’est en tout cas ce que veut croire Jean-Marc Sène. Il est le médecin référent à la Fédération française de MMA (FMMAF) et officie également lorsque l’UFC pose ses valises à Paris. Le toubib reconnaît que "la force intervient" largement dans un sport comme le MMA, surtout dans les phases de préhension en lutte et au sol où elle compte beaucoup. 
Il faut comparer le MMA à l'histoire du triathlon
Mais à force d’observer les professionnels, et surtout les jeunes amateurs sur le circuit fédéral, Jean-Marc Sène est arrivé à une conclusion : "J'ai l'impression que c'est plutôt l'ancienneté de pratique qui prime", lance-t-il. Un peu comme ces coureurs en préparation de marathon qui doivent "borner" un minimum à l’entraînement pour espérer avoir les cannes sur 42,195 km le jour J, le temps passé sur les tatamis à l’entraînement et dans une cage est incompressible. Le MMA est trop complet, comprend une palette de techniques trop différentes, pour qu’il y ait des raccourcis : "Il faut un niveau de répétitions, d'automatismes pour pouvoir passer d’une situation à l’autre, savoir comment réagir", glisse le médecin.
En revanche, les combattants de MMA pourraient bientôt bien arriver au top de plus en plus jeunes, puisqu’ils mettent un premier pied dans la cage de plus en plus tôt. "Il faut comparer le MMA à l'histoire du triathlon, explique Jean-Marc Sène. Au début, les triathlètes avaient un certain âge et quasiment tous étaient d'abord des nageurs. Parce que le triathlon commence par la nage, ils s'épuisaient moins que les autres, donc ils arrivaient premiers et moins fatigués. Aujourd'hui, il y a des triathlètes à part entière, des gens qui ont commencé très jeunes le triathlon. J'ai envie de dire que le MMA, c'est la même chose." Toutes les générations de combattants où la majorité ont commencé par un sport de combat ou un art martial et ont ensuite migré vers le MMA, s’imposant à nouveau quelques années d’apprentissage, vont progressivement être remplacées par des jeunes ayant commencé très tôt à rêver d’octogone. Ces derniers ayant fait "maturer" leur MMA plus tôt dans leur vie.
De là à trouver des jeunes cracks du combat à tous les coins de rue ? Les jeunes capables de performer à très haut niveau dans le monde du combat, "il n'y en a vraiment pas beaucoup, tempère Atch. Ce sont des gens qui, en plus de la maîtrise de cet art, ont cet instinct animal qui les fait se démarquer de quasiment 95, voire 98 % des athlètes de ce domaine. Et ça, tu l'as ou tu ne l'as pas." Même avec les années, on ne peut pas tout apprendre à l’entraînement.
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