Salahdine Parnasse, le "Kylian Mbappé" du MMA

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MMA - Salahdine Parnasse est jeune, talentueux et Français. Certains aiment le dépeindre, toutes proportions gardées, comme le Kylian Mbappé du MMA. Pour s'en approcher, le 12 novembre il tentera de devenir double champion du KSW, une des plus grosses organisations européennes de MMA. Avant, beaucoup l'espèrent en tout cas, de briller enfin sous les projecteurs de l'UFC.

Salahdine Parnasse

Crédit: Eurosport

Si vous cherchez Salahdine Parnasse, on va vous faire économiser du temps. Ce 12 novembre, vous le trouverez en Pologne, où il tentera de décrocher la ceinture intérimaire des poids légers du KSW (une des meilleures organisations européennes de MMA), alors même qu'il est déjà couronné chez les plumes. Il serait alors à un combat d'être adoubé double champion, une grande performance. Pour le reste, il est à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, dans le nord de Paris. A la Atch Academy plus précisément. Cette salle d'entraînement dans laquelle il a débarqué en léger surpoids à onze ans, qui l'a placé à une marche du sommet du MMA européen aujourd'hui.
Le pensionnaire de la Atch n'a que 24 ans, presque un bébé à l'échelle du MMA, où de très belles carrières se poursuivent la trentaine largement passée. Il est jeune, en avance sur pas mal de temps de passage et Français. Ca ne manque pas, certains le surnomment le "Kylian Mbappé du MMA". Le sobriquet arrache un éclat de rire au concerné, "flatté" d''être comparé à un homme qui a "si bien réussi dans son sport". La tête sur les épaules, il espère "faire aussi bien" que le champion du monde et conserve, avec le sourire, une certaine distance : "Mbappé c'est Mbappé, moi c'est moi".

Le gamin d'Auber

Assis sur un tabouret, au bord du tatami tant foulé, Salahdine Parnasse, le regard dans le vide, se remémore les années passées à suer, cogner et soumettre entre ces murs. S'il a bien imaginé, par moments, partir temporairement aux Etats-Unis pour un camp d'entraînement, jamais il ne reniera ses racines. Il a tout appris ici : "C'est important la fidélité, c'est grâce à eux que j'ai atteint ce niveau", reconnaît le champion.
Surtout, sur le point de quitter le job qui occupe ses matinées à la mairie d'Aubervilliers pour vivre uniquement de son sport, il n'oublie pas d'où il vient. "J'ai grandi en banlieue parisienne, c'était dur de s'en sortir. (...) C'est grâce à eux (la Atch Academy) que j'ai une meilleure vie. Ici, je suis à la maison". Et plus important encore pour un jeune homme qui a perdu son père à l'âge de 18 ans : "J'ai grandi ici, on m'a éduqué dans cette salle."
Enfant, Salahdine Parnasse était de ceux qui ne tenaient jamais en place. Pas forcément le genre à chercher la bagarre dans la cour de récréation, plutôt à la trouver trop courte pour dépenser son trop plein d'énergie. Pour le canaliser, les parents ont frappé fort. Le papa est amateur de septième art, surtout quand Jean-Claude Van Damme ou Steven Seagal distribuent quelques mandales dans le scénario. Alors, il ne voit pas d'objection à inscrire son gamin dans un sport où la compétition est interdite en France et qui soufre d'une image ultraviolente : le MMA.
"A l'époque on ne parlait même pas de MMA en dans le pays, se souvient le natif d''Auber'. Mais moi j'aimais déjà bien tout ce qui était sport de contact. Je ne me retrouvais pas dans les autres sports de combat. Et le seul qui mélangeait tout c'était le MMA, c'était fait pour moi. Et puis après les grosses séances, je dormais direct à la maison (rires)". L'objectif est rempli, le petit Salahdine est enfin (un peu) fatigué.
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Salahdine Parnasse

Crédit: Imago

"C'était un pitbull"

Stéphane Chaufourier, surnommé Atch (vous saisissez le nom de la salle maintenant), assis en patron à l'entrée de son académie, le crâne rasé, la barbe fournie et les muscles bandés sous le t-shirt, a vu grandir son petit protégé : "Salahdine c'est comme mon bébé. J'ai un fiston et lui, c'est mon deuxième fiston. Il est arrivé c'était un enfant, c'est devenu un ado, il s'est marié… c'est incroyable". Et se remémore ses débuts entre deux coups de téléphone : "C'était un pitbull déjà, il bougeait partout. J'avais déjà un potentiel entre les mains. Et puis il n'aimait pas perdre, pas du tout."
Si au départ, il n'était qu'un enfant parmi les jeunes potentiels présents à la Atch Academy, un vivier de talents propre aux quartiers franciliens, "Salah" s'est rapidement hissé plus haut que les autres. "A 18 piges, il était là deux fois par jour", jure le gérant de la salle, désormais manager du jeune homme. Au départ, Parnasse souhaitait dompter son énergie. Rapidement, l'intéressé désire "être supérieur. Dans la lutte, la boxe… montrer que je suis le plus fort dans tous les domaines."

Un prodige acharné

Si Salahdine met en avant une valeur, plus que toutes autres, c'est le travail. Dès ses 16 ans, il a enchaîné les formations, le bac et les petits boulots. Il voulait gagner vite et bien. Volonté héritée du milieu dans lequel il a grandi, où les moyens de s'en sortir ne sont pas légion. "J'ai envie de réussir et pour réussir il faut travailler, martèle le combattant. C'est comme partout. Moi je veux être le meilleur combattant et pour ça il faut travailler sans relâche."
Et l'énergie inépuisable, caractéristique de son enfance, ne s'est pas envolée après l'adolescence. "J'ai du mal à prendre du repos (rires). Je suis obligé de me dépenser, c'est en moi. Même en vacances je fais du sport. Deux, trois jours sans rien faire jamais plus. Je vais toujours caler un footing, des tractions, des pompes…", raconte-t-il. Cet état d'esprit lui a dessiné le chemin, pour le moment, d'une progression constante.
Il a connu la défaite une seule et unique fois au niveau professionnel. Lorsqu'en janvier 2021, Daniel Torres assénait un crochet du droit au Français. Salahdine l'avait pourtant esquivé et s'apprêtait à remiser mais l'avant-bras de l'Autrichien effleure sa tempe. Suffisant pour le surprendre, le mettre KO le temps d'une seconde et pousser l'arbitre à arrêter le duel. Le "lucky punch" redouté par les combattants lui avait alors fait perdre sa ceinture des poids plumes.
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Video credit: Eurosport

Il a transformé la défaite en leçon. "Ca m'a montré que rien n'est acquis, il faut travailler, travailler encore plus dur pour arriver au sommet, assène Parnasse. J'ai perdu, je me suis relevé et j'ai pris ma revanche". Et de quelle manière. Cinq mois plus tard, il fait chuter Filip Pejic grâce à une technique de son cru, surnommée malicieusement "La Parnasse", avant de le soumettre avec un étranglement arrière. On vous laisse admirer le travail.
Cette victoire lui offre une chance de revanche contre Torres, sur qui il roule littéralement en décembre 2021, et récupère la ceinture, sa ceinture. Pour ceux que la défaite avait surpris à l'époque, le Français distille une piqûre de rappel : "Les gens ont tendance à l'oublier, je n'ai que 24 ans". Et une fois la revanche remportée, il est devenu le plus jeune combattant à devenir deux fois champion au KSW.
La ceinture sécurisée et défendue avec brio, les amateurs de combat dans l'hexagone espèrent désormais le voir évoluer au niveau ultime : l'UFC. Alors quand Salahdine et Atch préfèrent prolonger l'aventure au KSW pour trois combats supplémentaires, le petit monde du MMA français tombe des nues.
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Daniel Torres et Salahdine Parnasse

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Mettre les siens à l'abri

"Sans faute, il a le potentiel pour devenir le numéro 1, promet le manager. Je n'ai pas envie de dire que l'UFC ce n'est pas l'objectif final. Maintenant s'il faut passer par le KSW pour être bien dans notre tête et mettre tout le monde à l'abri, c'est ça qui est important". Car là réside tout le dilemme. Accéder à l'UFC, la plus belle des organisations de MMA, et voir son image exposée dans le monde entier, au risque que tout s'arrête. Ou alors accepter un plus gros contrat au KSW, où vous êtes la tête d'affiche.
Les premiers contrats à l'UFC sont généralement signés pour quatre combats, avec un montant variant entre 10 et 12 000 euros pas apparition. La somme est doublée en cas de victoire. Au moment de choisir, en mars dernier, quand le KSW a mis sur la table une proposition à plus de 50 000 euros par combat selon Atch, le choix a été vite fait.
"Un mec qui a tout ce qu'il veut et on lui propose l'UFC, il va y aller il s'en fout, expose le gérant, du haut de sa longue expérience. On lui donne 12 000€ par combat, il y va, il a déjà tout ce qu'il faut. Mais nous on n'a pas ça, on sait d'où on vient. On a des mecs ici qui crèvent la dalle et qui veulent faire manger leur entourage grâce au MMA. On les aide. Et en plus Salahdine, il veut être numéro un. Donc on va essayer d'allier tout ça."

"Arriver très haut, et derrière il n'y a plus rien"

Une vision partagée par son poulain : "Les fans veulent me voir affronter les meilleurs du monde, je ne leur en veux pas. Mais je dois penser à ma stabilité en même temps. Je vais vers le plus offrant". Pourtant, à sa place, avec un contrat à plus de 50 000 euros le combat, du sponsoring et une marque de vêtement à son effigie qui fonctionne plutôt bien, beaucoup auraient privilégié uniquement le MMA.
Pas Salahdine. Jusqu'en décembre, il continuera de se lever tôt le matin, pour honorer son contrat avec la mairie d'Aubervilliers. Parce que son enfance et son parcours ont fait de lui un homme conscient que la précarité peut revenir aussi vite qu'elle est partie : "On a plein d'exemples de sportifs arrivés très hauts mais derrière il n'y avait plus rien. J'ai cette pédagogie de faire attention à ce que je fais, attention à mes dépenses… Je continue de calculer, je n'arrêtrai jamais (rires). Je veux réussir dans le sport et en même temps mettre à l'abri ma famille, mes amis, créer un bon futur pour moi et pour mon entourage". Surtout quand la maman, après le mariage, "réclame les petits-enfants".
Même s'il lui manque encore un peu d'aisance devant les caméras et qu'il grimace à l'idée de retourner sur un banc d'école pour apprendre l'Anglais afin de s'exporter, l'explosion aux yeux du monde entier ne saurait tarder. "Vous êtes en face du futur numéro un", assure Atch. Et pour les inquiets, exprimant la crainte de voir Parnasse manquer son ticket pour l'UFC, il se veut rassurant : "Ce n'est pas très grave, on fait notre chemin. On fera taire les gens dans quelques années. Il n'a que 24 ans… 24 ans !".
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