UFC Paris - Salahdine Parnasse enfin à l'UFC : entretien avec son manager, Stéphane Chaufourier, sur les coulisses de cette signature très attendue
Par Yohann Le Coz
Mis à jour 05/09/2026 à 10:08 GMT+2
Salahdine Parnasse sera la tête d’affiche de l’UFC Paris le 5 septembre. A l’Accord Arena, il fera enfin ses débuts très attendus dans la plus grande organisation de MMA au monde. Une arrivée sur le tard programmée par son manager, Stéphane Chaufourier, qui a fini par arracher un gros chèque de la poche de l’UFC. Pour Eurosport, il dévoile les coulisses des négociations et quelques chiffres.
Salahdine Parnass
Crédit: Getty Images
Salahdine Parnasse a fini par se hisser à l'UFC à l'âge de 28 ans. Il aurait pu y entrer plus tôt, mais Stéphane Chaufourier, plus connu sous le nom de "Atch" dans le milieu, était parvenu à négocier des contrats mirobolants pour Parnasse au KSW, une organisation européenne moins bien cotée que l'UFC, où le Français a fait son trou depuis 2017.
L'UFC a pour politique de faire entrer les combattants dans la "Big league" à des tarifs très bas, avant de faire monter les primes au fil des combats, et n'a jamais souhaité s'aligner. Quand le clan Parnasse a toujours refusé de se brader. Quitte à s'attirer les critiques du public, désireux de voir le gamin d'Aubervilliers, dépeint comme un immense crack, se frotter aux meilleurs.
L'UFC Paris était une trop belle occasion. L'organisation américaine a fini par céder et a catapulté Parnasse en main évent à Bercy le 5 septembre contre Dan Hooker, un vétéran aguerri de l'UFC, solidement installé dans le top 10 des -70kgs. Stéphane Chaufourier, l'artisan de ce coup de maître financier et sportif, nous raconte comment il est parvenu à ses fins.
Salahdine Parnasse signe au KSW en 2017. Est-ce qu'à cette époque-là, déjà, le plan c'est d’aller très haut dans le MMA ou vous étiez plutôt dans une vision de carrière au jour le jour ?
Stéphane Chaufourier : À l'époque, les propositions ne tombaient pas du ciel. On était en relation avec des orgas comme le Bellator, le KSW… et déjà pour nous c'étaient de beaux événements. On avait déjà fait quelques voyages pour combattre en Chine, en Belgique. Et là, on s'était dit que la suite logique, ce serait une organisation étrangère. Le KSW nous a fait une proposition et le niveau était à l'époque déjà très intéressant. Pour la suite de la carrière de Salah, c’était une évidence. Sans se dire que le KSW était forcément le top niveau. Pour un début de carrière internationale, c’était le juste milieu.
"L’UFC, je suis en contact avec eux depuis 2021"
À ce moment-là, on imagine qu’il n'y avait pas non plus la perspective de pouvoir s'installer au KSW autant que vous l’avez fait ?
S.C : Avec le KSW, j'ai toujours eu une bonne relation. Donc le fait d'y rester un an, deux ans, puis trois, on a commencé à très bien s'entendre avec eux et à réfléchir sur la suite de la carrière de Salah. Il y a eu un climat de confiance qui s'est installé. On a fait en sorte que, grâce à Salah, le KSW a pu s'installer en France et remplir des salles (trois dates en 2024 et 2025), parce que je pense que sans lui, ils n'en seraient pas là. Ils nous apportent de beaux combats et une belle carrière. Derrière, Salah a été une très belle passerelle pour eux.
Salahdine Parnasse a rapidement tout explosé au KSW et prend sa première ceinture en avril 2019. A quand remontent les premiers contacts avec l’UFC ?
S.C : L’UFC, je suis en contact avec eux depuis 2021, j’ai vérifié mes mails. Je leur avais écrit pour demander quelles étaient les conditions pour entrer dans l’organisation, pour savoir comment ça se passe. Ils m'avaient répondu que ce n’était pas d’actualité puisque Salahdine était encore sous contrat, que je n’avais pas le droit d’échanger avec eux. En plus, ils n’étaient pas intéressés pour la catégorie de poids que je leur proposais (Salahdine Parnasse évoluait plutôt chez les -66kg à l’époque, NDLR).
Comment avez-vous fait évoluer cette relation avec l’UFC ?
S.C : Il faut savoir que rentrer à l'UFC pour rentrer à l’UFC, moi ça ne m'intéresse pas forcément et Salah non plus. Le combat qui m'a permis de commencer les démarches un peu plus poussées, c'est contre Adrian Bartosinski (un combat pour la ceinture des -77kg en décembre 2023, NDLR). Là, je me suis dit que Salah arrivait à maturité. Parce que combattre un mec de 15 kgs de plus, avec un certain niveau, et que Salah a pu le tenir, je me suis dit, c'est bon, je pense qu'on peut commencer à aller chercher plus grand. Et là, j'ai commencé une démarche un peu plus sérieuse avec l’UFC.
Au moment d’affronter Bartosinski, Salahdine Parnasse présente beaucoup plus d’arguments pour négocier.
S.C : C'est exactement ça. L'idée, c'était d’aller chercher les challenges au KSW, puisqu’avec le contrat on ne pouvait pas aller autre part (Salahdine Parnasse avait signé un nouveau contrat pour plusieurs combats en 2022, NDLR). Il était champion des -66kg et -70kg, donc on s'est dit, trois ceintures, c'est du jamais-vu dans le monde du MMA. On marque l'histoire et, là, on peut aller toquer à la porte de l'UFC avec des conditions certainement autres que celles qu'il propose en règle générale.
C’est une bascule cette défaite pour la triple ceinture ?
S.C : Ça me fait chier… mais il fait un super fight ! Je me dis ce n'est pas grave, je sais qu'il a le niveau et l'UFC sont fortement intéressés, ils me le disent par retour de mail. On finit le contrat et j'entame les négociations. Mais on resigne pour cinq combats ou deux ans avec le KSW, parce que les conditions de l’UFC ne nous conviennent pas, ils nous demandent de rentrer aux conditions de tout le monde. Et là, je leur dis merci pour l’intérêt, mais on ne signe pas pour ce montant-là.
L’UFC n’offre même pas un peu plus que le contrat de base qu’on connaît ? (Environ 12 000 dollars le premier combat, doublé en cas de victoire, NDLR)
S.C : Non justement, c'était l'offre de base. Ricains ou pas ricains, avec tout le respect qu'on a pour eux, on n'est pas des petits. Même si à cette époque-là on nous proposait 100 000$ par combat, on ne serait pas partis.
Combien Salahdine Parnasse prenait-il par combat avant son dernier contrat au KSW ?
S.C : On est déjà très loin des 100 000$. Donc entre très loin des 100 000 contre un 12+12 ou un 15+15… même si le projet sportif reste intéressant… Moi, ma vision, elle est sportive et carriériste. Même si je trouve des sponsors ou autre, comment on va combler ce manque à gagner ? C’est impossible, on est à plus de 300 000 euros par combat au KSW (avant le dernier renouvellement de contrat qui a encore fait augmenter cette somme, NDLR).
Donc vous préférez négocier avec le KSW ?
S.C : Les négociations pour le renouvellement sont énormes. Je ne veux pas trop parler chiffres, mais le contrat avant Bartosinski et après Bartosinski, ce n’est plus du tout le même. On multiplie les primes par 2,5. À ce moment, je peux demander beaucoup parce que je sais que le KSW veut venir faire des événements en France en misant sur Salahdine.
Et puis à la place du dernier combat au KSW, Salahdine Parnasse finit sur Netflix.
S.C : Il se trouve qu’on devait faire notre dernier combat en mai dernier et Martin (Lewandowski, patron du KSW, NDLR) n’a pas pu honorer ce dernier combat pour des histoires de délais. Alors il nous a fait une belle passe décisive vers MVP (une toute nouvelle organisation de boxe et de MMA, aux moyens économiques importants et diffusée sur Netflix, NDLR), qui nous propose les mêmes conditions économiques que le KSW, un bon fight contre un Américain, devant un autre public. On se dit bingo.
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Salahdine Parnasse, après sa victoire contre Keneth Cross pour son combat au sein de l'organisation MVP, célèbre la victoire aux côtés de Atch.
Crédit: Getty Images
Le choix d’aller combattre pour MVP, pour remplacer le dernier combat du contrat KSW, c’est presque un cadeau du ciel finalement ?
S.C : MVP, je ne les connaissais pas, pour être franc. Et si Martin ne me les présentait pas, je n’y serais même pas allé. Mais il commence à m'expliquer un petit peu les choses, cette nouvelle orga, le rôle de Jake Paul… Je me dis putain, tu nous dois un fight et tu me proposes l'équivalent aux États-Unis, diffusé sur Netflix, des conditions financières qui nous vont très bien… C'est génial. On part sur un contrat d’un seul combat, je voulais tâter le terrain américain. Il n’y a pas de hasard dans la vie, on a charbonné. Mais là, j'avais déjà l'impression que les planètes commençaient à vraiment s’aligner.
Après le combat avec MVP, tout le monde toque à la porte ?
S.C : Au départ, le PFL est dans la course, c’est mon premier rendez-vous. Mais ils ne peuvent pas s’aligner sur les tarifs, donc rapidement, ils sont écartés. MVP répond présent pour continuer l’aventure, Scott Coker (un businessman accompli du monde du MMA qui s’apprête à créer une nouvelle organisation) est intéressé. Et moi j’envoie un message à l’UFC pour dire qu’on est enfin agent libre.
Un main event à Paris, un combat en cinq rounds et une prime avoisinant celle du KSW... le coup de poker
Comment se passent les négociations avec l’UFC ?
S.C : L’UFC me demande mes conditions. Je leur dis que si nous devions combattre à Paris, ce serait en main event - c’était important pour nous de combattre sur 5 rounds (les combats principaux d'une soirée se font en 5 rounds au lieu de 3 habituels, NDLR), on fait ça depuis cinq ans -, prendre un top 10 mondial, en plus de mes conditions financières. Je ne suis pas fou, je donne un chiffre plancher. Un plancher haut, pas du 12+12, ni même du 100 000 euros par combat. Ça avoisine ce qu’on avait au KSW. Je jette un pavé dans la mare. Au bout de trois semaines, je n’ai toujours pas de réponse.
Il y a eu un moment de doute ?
S.C : Il y a un léger moment de doute (rires). Je me dis ”putain, j’ai encore été gourmand”. Je dis à Salahdine qu’on n’a plus de réponse, mais lui, il s’en fout, il s’entraîne. Il sait que je vais faire le job. Et quoi qu’il arrive, on pourra baisser nos prétentions. Je finis par recevoir un mail de l’UFC : ”nous répondons favorablement à votre demande et nous vous proposons tant”. Un chouïa plus que mon plafond, pour Dan Hooker en main event à Paris. Je me dis ”C’est pas possible”.
Je laisse traîner un peu, je fais comme eux, parce que les ricains, ils aiment bien mettre 10 jours, 15 jours pour répondre, ils ne nous calculent pas. De l’autre côté, MVP fait l’effort. Ils me proposent une grosse somme. Ils n'ont pas lâché : ”Venez à New York, on va vous recevoir”... Avec Salah, on se gratte la tête, on se dit qu’on ne gagnera jamais des sommes comme ça ailleurs.
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Jake Paul (à gauche), l'un des grands acteurs de la montée de l'organisation MVP, qui a teté de concurrencer l'UFC pour signer Salahdine Parnasse.
Crédit: Getty Images
Mais l’UFC, c’est finalement plus beau que tout ?
S.C : Ce qu'on peut faire à Paris, c'est quelque chose d'historique. Et on a une histoire à terminer. L'histoire, bien sûr, c'est la ceinture de l’UFC. Et le manque à gagner, on va le compenser avec les partenaires. Salah me dit ”vas-y go”. L’UFC c’était cohérent pour nous, c’était l’histoire qu’on voulait écrire. Avec des montants plutôt corrects, un top 10 mondial et un main event à Paris. Mais c'est quoi ça ? C'est un cadeau de Dieu.
On a pu avoir l’impression par moments que vous en demandiez toujours trop aux organisations où Salahdine combattait. Mais peu savent qu’en 2022, il travaillait encore pour la mairie d’Aubervilliers.
S.C : Il se levait à 5h du mat' pour faire de la manutention pour la mairie, il finissait à midi, il rentrait chez lui, il posait ses affaires, il venait au club à 12h30 jusqu'à 14h30 et il revenait le soir à 20h30. Il finissait à 23h, chez lui à 23h30 et repartait avec 4h30 de sommeil tous les jours. C'est pour ça que je dois me dépasser pour un gars comme ça. C'est de la folie ce qu'il fait. Il faut que le monde entier sache. Il est inépuisable, il faut que je sois inépuisable sur les négociations.
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Parnasse : "Je suis dans l'optique de gagner un maximum d'argent dans ma carrière"
Video credit: Eurosport
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