MotoGP - Comment Johann Zarco a réussi chez Honda là où Marc Marquez et tous les autres ont échoué ?
Par Tanguy Mantovani
Mis à jour 06/06/2025 à 12:24 GMT+2
Vainqueur en France puis deuxième en Grande-Bretagne, Johann Zarco est désormais cinquième du classement du championnat du monde MotoGP sur sa Honda LCR après un quart de la saison. Des hauteurs du classement qu’aucune machine de la marque japonaise n’avait approchée depuis quasiment cinq ans, Marc Marquez compris. En un peu plus d’un an, le Français a réussi là où tous les autres ont échoué.
Johann Zarco en conférence de presse après le Grand Prix de Grande-Bretagne, le 22 mai 2025
Crédit: Getty Images
Deux champions du monde – Marc Marquez et Joan Mir – s'étaient cassé les dents sur cette Honda mal-née, impossible à manier à moins de surpiloter et, finalement, le salut de la firme japonaise pourrait venir d'un petit gars des Alpes-Maritimes, qui n'avait qu'une seule victoire avant d'arriver et qui se faisait gentiment pousser vers le Superbike par Ducati. Grâce à une victoire cathartique au Mans et un podium dans la foulée à Silverstone, Johann Zarco a mis sa LCR dans le top 5 du championnat du monde. Ce qui aurait été normal dans les années 2010 est devenu un miracle dans la décennie suivante, au point que ce n'est arrivé que deux fois depuis 2020.
La première fois lorsque Marc Marquez avait terminé 5e lors de la course inaugurale de la saison au Qatar en 2022. La seconde, lorsque Alex Rins avait rappelé au monde qu'il était dans son jardin à Austin et avait remporté ce qui était le troisième rendez-vous de la saison en 2023. Zarco, lui, est dans le top 5 après sept courses, un bon quart de la saison s'est écoulé, et, à la différence des autres, est franchement candidat à le rester. "Cela donne tellement d’espoir dans ce que nous sommes en train de construire" se réjouissait-il après Silverstone. Un optimisme que Honda ne s'autorisait quasiment plus, ou à peine durant les essais de présaison, depuis plusieurs années.
Les RC213V donnaient des sueurs froides, des angoisses, et tout ce qui va avec aux malheureux pilotes qui devaient tenter de les dompter. Marc Marquez devait ses exploits en qualifications à des aspirations prises sur les meilleures Ducati, et était condamné à surpiloter jusqu'à la chute pour espérer rester devant. En avait résulté des chutes et des blessures, pour lui et pas seulement – Luca Marini, pilote officiel HRC, est actuellement indisponible après s'être blessé en essais -, et la réputation d'une machine incontrôlable, quasiment maudite. Surtout, peu importe le style des pilotes, du très agressif Marquez au plus soyeux Joan Mir, personne ne trouvait la solution pour dompter la bête.
Il a tout sous contrôle
Et Romano Albesiano, directeur technique de Honda, d'expliquer : "Ce sont tous des pilotes performants, mais Zarco souffre moins des limitations dont nous souffrons encore, notamment les vibrations. Parfois, nous constatons de fortes vibrations et le pilote ne dit rien, parfois il ne peut pas rouler. Il s'agit donc d'être sensible à ces vibrations et de pouvoir les limiter." Aleix Espargaro, devenu pilote d'essai de la marque, confirme : "Il ne souffre pas des vibrations, ce qui est très difficile physiquement. Car dès qu’on les ressent, on soulève automatiquement la moto et elle tourne moins."
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Johann Zarco après sa victoire lors du Grand Prix de France, le 11 mai 2025
Crédit: Getty Images
L'ancien pilote Aprilia en était certain il y a encore quelques semaines "sans les vibrations, nous serions la deuxième force du plateau et nous jouerions le podium." Il avait vu juste. Johann Zarco l'a prouvé. Dans sa boite à outil, le Cannois qui est désormais le doyen du plateau a pu compter sur sa grande expérience - lui qui a piloté pour trois marques différentes auparavant, une rareté sur le plateau - pour apprivoiser cette moto capricieuse. "Il arrive un peu à faire la différence avec sa position [en piste]. Avec l'expérience, la façon dont il arrive à trouver ses réglages, il a tout sous contrôle" reconnaissait le champion du monde Joan Mir après Silverstone.
Qui l'aurait prédit, il y a encore un an, quand il avait un pied dehors et que sa décision de signer chez Honda ressemblait à une dernière tentative de repousser sa fin de carrière ? Les Rouges lui auraient alors proposé une dernière année de contrat avant de rejoindre le championnat Superbike. Honda lui proposait deux ans dans l'équipe cliente. Le pari, risqué, est réussi et il a désormais les dents longues : "Mon souhait est de rejoindre l’équipe officielle Honda et de devenir le pilote de référence" avouait-il après sa victoire au Mans. Depuis, il a confirmé l'essai avec un podium sur le sec, et un scénario un peu moins rocambolesque, à Silverstone. Et ce n'est pas son âge, 34 ans, et son statut de doyen qui vont l'arrêter. Il se pourrait même, finalement, que cela joue en sa faveur.
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