MotoGP, Barcelone : Jorge Martin, champion et tellement humain : "Je commençais déjà à pleurer dans le dernier tour"

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L'Espagnol Jorge Martin a remporté ce dimanche après-midi sa première couronne de champion du monde de MotoGP lors de la finale du championnat à Barcelone. Le sacre d'un travailleur, qui a pallié ses défauts pour pouvoir remporter le titre, mais aussi d'un homme qui est toujours resté le même, brute de décoffrage et authentique parfois jusqu'à la caricature.

Jorge Martin (Ducati Pramac) célébrant son premier titre en MotoGP, le 17 novembre 2024

Crédit: Getty Images

Qu'il est émouvant ce champion du monde. A bien des égards, du petit instantané de son histoire personnelle au grand tableau de l'histoire de son sport, et de ce que son titre raconte de son époque, Jorge Martin a enchanté un dimanche après-midi qui avait bien besoin d'un peu de magie après un Grand Prix soporifique. Difficile d'en vouloir aux différents protagonistes, à vrai dire, tant la tension était à tous les niveaux et a paralysé le classement et les initiatives.
Pas besoin d'avoir connu une situation comme celle de Jorge Martin pour imaginer l'état dans lequel l'Espagnol devait être durant les toutes dernières boucles le séparant du drapeau à damier. Mais en le voyant traverser la ligne d'arrivée, troisième de la course et donc champion pour 10 points devant Francesco Bagnaia, et être tétanisé par l'émotion jusqu'à ne pas réussir à lever ses bras dans le ciel, lui qui est d'habitude si démonstratif dans ses célébrations, on comprenait que ce titre signifiait d'autant plus pour lui, le fou de moto, que pour certainement n'importe qui d'autres dans le monde.
"Ça a été un long processus. J'ai beaucoup souffert durant ma carrière, j'ai traversé des moments difficiles, des blessures", se rappelait-t-il un peu plus tard au micro de Canal+. Et toute la suite des célébrations a été à son image, expansives, brutes de décoffrage, pas toujours de bon goût mais qu'importe : qui sera assez pisse-froid pour demander à un champion du monde de se calmer un peu le jour de son sacre ? Alors, on l'a vu fracasser sa bulle à grands coups de poings, faire brûler ses pneus entourés des stewarts en haranguant le public, et secouer comme un damné les barrières du parc fermé.
Surtout, on l'a vu pleurer, beaucoup. Et de son propre aveu les larmes n'ont pas attendu le drapeau à damier pour inonder son casque : "Je commençais déjà à pleurer dans le dernier tour, a-t-il raconté en descendant de sa machine. Je ne pouvais même plus piloter correctement." A visage découvert, une fois la moto arrêtée et le casque enlevé, ce fut encore pire lorsqu'il vit sa mère, sa famille de sang, mais aussi celle d'adoption de chez Pramac, son équipe de toujours en MotoGP, qu'il a guidé l'année passée au titre équipe et cette année au sacre suprême, celui des pilotes.
Avant cela, il y eu aussi la longue accolade avec son meilleur ami Aleix Espargaro, alors que la course venait à peine de s'achever. Acte de dévotion ultime, le pilote Aprilia a consacré son ultime week-end en MotoGP à protéger son ami. Samedi, il lui donnait une aspiration en qualification et dimanche, il le suivait toute la course depuis la quatrième position, bloquant tous ceux qui auraient bien voulu s'inviter sur le dernier podium de la saison : "J'ai pu compter sur un très bon ami comme Aleix, j'étais très confiant de la savoir juste derrière moi. Merci à lui, il m'a toujours supporté."
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Jorge Martin célébrant son premier titre de champion du monde déguisé en Terminator, le 17 novembre 2024

Crédit: Getty Images

Surtout, il y avait une insouciance enfantine dans sa joie, tellement communicative, qui sûrement a trouvé une résonance dans les souvenirs de beaucoup. Le voir se déguiser en Terminator, d'où il tire son surnom, pour briser la glace entourant son casque doré de champion du monde d'un coup de pistolet imaginaire, ou quelques minutes plus tard se cacher derrière le panneau affichant son nom et son titre pour pouvoir mieux le brandir étaient autant de flashbacks à l'enfance et aux premiers rêves de gloire sportive. Lui les a accompli et a célébré comme un gosse. C'est aussi sûrement de là qu'il tire la tendresse quasi-unanime que semble lui vouer le paddock, dont tous les membres ou presque ont été aperçus en train de le féliciter.
Peut-être, aussi, que beaucoup ont été touchés par tout le reste. Parce qu’il a été le premier pilote de l'histoire de l'écurie Pramac à remporter un Grand Prix, et quitte Paolo Campinoti, Gino Borsoï et toute la bande – il rejoindra Aprilia en 2025 – en leur offrant le plus beau jour de leur vie, professionnelle à minima. Ou encore parce qu’il a travaillé sur lui-même, corrigé ses défauts pour atteindre l'excellence et triompher de celui qui l'avait battu en 2023.
"On a essayé de le faire progresser mentalement, dans la compréhension de la moto", expliquait Gino Borsoï, manager de Pramac, à Canal+. "Jorge est plus intelligent. J'ai tout de suite senti que quelque chose avait changé dans la tête de Jorge. Dans le premier Grand Prix, il était plus responsable, plus mature. On a gagné moins de courses que Pecco, mais on a gagné le titre", résumait son ingénieur de course Daniele Romagnoli. Finie l'époque où le feu follet ne parvenait jamais à terminer sur ses roues les courses qu'il débutait en pole position.
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Jorge Martin sur le podium du Grand Prix de Barcelone après son premier titre mondial, le 17 novembre 2024

Crédit: Getty Images

Et même son principal adversaire, Francesco Bagnaia, s'inclinait devant cette régularité sortie de son chapeau : "Je voudrais surtout féliciter Jorge, il a fait un grand pas en avant depuis la saison dernière. Il a prouvé que, parfois, terminer deuxième est plus important que de pousser jusqu'à la limite." Le double champion du monde (2022 et 2023) partageait lui aussi cette tendresse pour son ancien coéquipier en Moto3, avec qui il est longtemps resté sur le podium, en retrait, pour observer les célébrations de l'Espagnol.
Au pied du podium, il a aussi pu le voir noircir le deuxième œil de son Daruma, cette figurine japonaise sur laquelle le rituel veut que l'on fasse un vœu au moment de dessiner son premier œil, et que le second ne soit peint que lorsqu'il est exaucé. Jorge Martin a donc enfin accompli le sien, et quelque part un peu celui de beaucoup de rêveurs qui ont vu ce petit gars d'Espagne, au look banal et à la franchise la plus rafraichissante du plateau, devenir le meilleur pilote du monde. "Je ne sais pas encore si j'arriverai jusqu'à la fête, mais ce soir je vais beaucoup boire", a-t-il promis. Bien loin de l’image parfois divine construite autour des prodiges, c’est bien un homme, peut-être le plus humain du paddock, qui a rejoint les étoiles.
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