MotoGP, Barcelone - "Je suis là pour l'aider" : Martin, ses "bons amis" et la concurrence déloyale

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Il compte 19 points d'avance et n'a qu'à finir dans le top 9 pour s'assurer la couronne mondiale. Mais, malgré ça, Jorge Martin n'est même pas encore à court d'atouts. Au fond de sa poche, il pourra compter ce dimanche sur le fameux pouvoir de l'amitié et l'antagonisme entre Espagnols et Italiens en moto pour harceler son adversaire Francesco Bagnaia, poleman cerné et loin de ses alliés.

Jorge Martin lors du Grand Prix de Barcelone, le 16 novembre 2024

Crédit: Getty Images

Il pourrait ne compter que sur lui-même mais aura le luxe de pouvoir s'appuyer sur les autres. Pour la toute dernière course de la saison de MotoGP, la finale pour le titre à Barcelone, Jorge Martin n'a en réalité qu'un seul adversaire, lui-même. Le titre n'est pourtant toujours pas attribué, alors qu'il ne reste plus que la course principale et les 25 points qu'elle distribue pour le départager du double champion du monde en titre Francesco Bagnaia.
Mais ses 19 points d'avance samedi soir, et sa 4e position sur la grille ce dimanche ne lui laissent qu'un devoir : celui de rester sur ses roues, et de faire partie des neufs premiers coureurs à passer la ligne d'arrivée. Alors voir son concurrent italien remporter la course sprint et lui reprendre cinq petits points pendant que lui montait sur la troisième marche du podium l'a à peine inquiété : "J'imaginais déjà que cela tiendrait jusque dimanche, a-t-il affirmé, tout sourire. Je l'accepte et je suis prêt. Au final, ce n'est qu'une course de plus."
Lui qui a été si nerveux dans le passé, souvent incapable de rester sur ses roues au moment de convertir ses toutes premières poles, est aujourd'hui aussi serein qu'un champion déjà couronné. Et il a toutes les raisons du monde de l'être. Ce samedi, il s'est rassuré encore un peu plus grâce à un départ canon qui l'a propulsé devant Francesco Bagnaia au premier virage. Surtout, il sera quasiment escorté ce dimanche.
Quatre Espagnols, pour seulement deux Italiens, partiront des deux premières lignes. Et le seul compatriote de 'Pecco' parmi eux sera Franco Morbidelli, le coéquipier de… Jorge Martin. A vrai dire, les petits coups de pouces amicaux ont débuté dès le début du week-end pour le pilote Pramac. Aleix Espargaro, pour son tout dernier Grand Prix en carrière, a soigné sa sortie en s'organisant pour offrir une belle aspiration à son "meilleur ami" Jorge Martin. Le pilote Aprilia avait réalisé la pole sur ce même tracé un peu plus tôt dans la saison, alors que Martin se contentait d'une 7e place.
Ce week-end, il sera seulement 2e mais a réussi à faire remonter son ami à la 4e place sur la grille. Et il ne se cachait de rien ce samedi : "Bien sûr que nous avons parlé avant la séance, a-t-il déclaré à TNT Sports. Ce n'est pas le tracé où il est le plus à l'aise, par contre c'est ma piste préférée donc il savait que je serai une bonne aspiration. Je suis ici pour l'aider, on est de très bons amis." De son côté, Francesco Bagnaia a essayé d'en faire de même en laissant Marc Marquez se loger dans sa roue pour accrocher le troisième temps des qualifications.
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Jorge Lorenzo et Marc Marquez durant le Grand Prix de Valence 2015

Crédit: Getty Images

L'Italien place certainement sa foi dans le côté électron-libre du champion espagnol. Et sûrement que Marc Marquez, qui fait rarement passer les intérêts des autres avant les siens, n'adoptera pas la même philosophie qu'Aleix Espargaro – "C'est ma dernière course et je veux gagner, mais le titre mondial est plus important" – mais lui aussi à un petit passif en la matière. Valentino Rossi, et les supporters italiens, se souviennent toujours du Grand Prix de Valence 2015, durant lequel il avait suivi Jorge Lorenzo durant toute la course sans jamais l'attaquer.
Son compatriote avait remporté la course et le titre, lui avait fini deuxième, et Rossi, qui échouait à remporter sa 10e couronne mondiale, l'avait accusé de "jouer au garde du corps" de son ami. Ç'en était suivi d'interminables débats, analyses, et surtout une accentuation encore un peu plus forte de l'antagonisme entre Espagnols et Italiens, les deux nations qui se partagent le gâteau du MotoGP depuis toujours. Un pilote Honda avait supposément permis à un pilote Yamaha de remporter le titre en renonçant à une victoire. La solidarité nationale venait de dépasser la fidélité à son écurie, à son employeur.

Pour Bagnaia, des alliés mal placés

Presque dix ans plus tard, les relations sont un peu plus apaisées. Plus à couteaux tirés, du moins, et les pilotes d'un clan ou d'un autre se félicitent toujours généreusement une fois les caméras allumées. Mais cette dernière manche, en terre espagnole qui plus est, surligne à nouveau les dynamiques du paddock. Et la course sprint de ce samedi n'en était que la grande répétition. Hormis ses deux compatriotes de la première ligne, les potentiels alliés de circonstances pourront être Pedro Acosta (6e) ou Marc Vinales (7e) pour Jorge Martin.
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Francesco Bagnaia et Enea Bastianini à l'issue de la course sprint du Grand Prix de Barcelone, le 16 novembre 2024

Crédit: Getty Images

Pour Francesco Bagnaia, ils devraient s'appeler Enea Bastianini ou encore Marco Bezzecchi. Mais les deux Italiens n'ont pas réussi à faire mieux que 8e et 9e sur la grille. Un nom reste en suspens, celui de Franco Morbidelli. Le pilote Pramac est l'Italien le plus proche sur la grille, en 5e position, et est un ami de Francesco Bagnaia. Les deux hommes sont membres de la VR46 Team, la structure de management de Valentino Rossi. Alors lui aussi, comme Marc Marquez en 2015, devra faire un choix dans son allégeance, si d'aventures il se retrouvait dans une position cruciale pour le titre.
Reste que cette terriblement longue ligne droite de Barcelone offre des perspectives, et que Enea Bastianini en est ressorti en tête en course sprint en partant de la 8e position. "Je connais la situation, a-t-il prévenu au micro de Canal+ après la course. Francesco doit gagner, c'est la seule solution." Le principal intéressé le sait bien mais est fataliste : "Je n'y pense plus vraiment [à être champion]", a-t-il avoué malgré sa victoire en sprint. Tout arrive pourtant si vite sur deux roues. Lui qui avait perdu ses chances de titres en chutant lors de la finale du championnat du monde en 2021 doit bien le savoir.
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