Ils savaient que l'enfer les attendait. Ils savaient aussi comment en revenir. C'est précisément parce qu'ils avaient tout prévu que Johann Zarco et Fabio Quartararo ont réussi un énorme coup, au Mans, dans ses conditions incertaines et ses innombrables pièges. Ce double podium acquis chez eux, au Grand Prix de France, gardera évidemment une valeur historique. Mais pour l'un comme pour l'autre, il sera aussi un souvenir sur lequel bâtir. Bien plus que sur l'exceptionnel doublé de Doha.
Car dans la Sarthe, le Niçois et son aîné espéraient deux scénarii complètement opposés. À les écouter, depuis leur arrivée jeudi, on avait bien fini par croire que si l'un venait à sourire dimanche, l'autre aurait certainement droit à la soupe à la grimace. Quartararo rêvait d'une course ensoleillée et d'une piste sèche. Zarco croyait très fort en une épreuve beaucoup plus chaotique. Et ces deux-là n'avaient certainement pas changé d'avis après les essais.

Fabio Quartararo (Yamaha Factory) devant Jack Miller (Ducati Team) au Grand Prix de France, le 16 mai 2021

Crédit: Getty Images

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"Tout le week-end, on a vécu un désastre sur le séchant, a rappelé le jeune Niçois au micro de Canal+, après la course. Les conditions de piste qu'on a eues aujourd'hui étaient les pires pour nous."
C'était presque une tempête
Pour son aîné, c'était tout le contraire. "C'est vraiment là où je me sens le mieux et où je fais des différences par rapport aux autres, assurait Zarco. Mais c'est vrai qu'il y a eu beaucoup, beaucoup d'eau. Depuis vendredi, on avait eu un vent constant alors que là, pendant la course, c'était presque une tempête." Pourtant, les deux hommes ont fini au même endroit. Sur la boîte. Et ne le doivent qu'à eux.
Parti en pole sous un ciel dégagé, Quartararo a compris comme tout le monde que le temps allait vite se gâter. Il misait une piste complètement sèche. Ou complètement détrempée. Mais surtout pas sur un entre-deux. Alors, quand il a senti les premières gouttes, il ne s'est pas posé de question. "Les conditions étaient ignobles mais je me suis dit que c'était le moment de pousser, a-t-il analysé après coup. Je sais qu'ici, la piste draine plutôt bien l'eau."
"El Diablo" a pris tous les risques, quitte à passer en force sur Jack Miller (Ducati) au garage vert, et malgré un niveau d'adhérence se réduisant de manière constante. Sans cela, peut-être n'aurait-il pas été capable de se créer une marge suffisamment confortable pour résister au retour de Francesco Bagnaia, son dauphin au championnat.

Et en plus, Quartararo s'est trompé !

Et puisque cette course leur avait quand même réservé quelques surprises, Zarco et Quartararo ont (bien) improvisé. Le premier n'a pas paniqué lorsqu'il a été débordé de tous les côtés à l'extinction des feux, alors que sa Ducati l'avait habitué à s'éviter ce genre de problème. Le second a vite retrouvé son sang-froid après être passé près d'enfourcher la moto de son coéquipier Maverick Viñales à son passage au stand.
"À l'origine, j'ai même failli tourner dans l'emplacement de l'écurie Avintia, a-t-il raconté. J'ai vu le panneau bleu [celui de son équipe, NDLR] un peu trop tard. Et quand je suis arrivé, j'ai lâché la moto sans savoir si les mécanos avaient pu la retenir !"
Sincèrement, c'est comme une victoire
Pénalisé pour cette erreur, le Français ne s'est jamais démobilisé. Même avec des pneus à l'agonie et une Yamaha rétive dans ces conditions, comme en attestent les résultats des autres pilotes de la marque, repoussés à plus de 40 secondes du vainqueur. "Je me suis surpassé aujourd'hui, a martelé Quartararo, libéré par cette performance. Franchement, je n'y crois même pas. C'est le premier podium de ma carrière sous la pluie. Sincèrement, c'est comme une victoire."
Zarco, lui, n'a pas encore brisé son plafond de verre, puisqu'il court toujours après son premier succès en catégorie reine. Qu'importe, puisqu'il vise plus haut. "Ce n'est pas grave, il faut se dire que ça va venir, a-t-il soufflé. Si on veut gagner le championnat, c'est comme ça qu'il faut s'y prendre. Quand on ne peut pas gagner, une belle deuxième place, c'est exceptionnel."
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