MotoGP - Entre Aprilia et Jorge Martin, scandale pour un champion du monde : "Même les meilleurs mariages se brisent"
Par Tanguy Mantovani
Mis à jour 01/07/2025 à 21:10 GMT+2
Le champion du monde de MotoGP Jorge Martin veut se libérer de son contrat avec son équipe Aprilia, qu'il ne juge pas assez performante. Une clause le lui permettrait. Et ce week-end, à Assen, la tension est montée d'un cran : son agent l'a déclaré libre pour la saison prochaine, Honda s'est positionnée et Aprilia a menacé d'aller en justice. Le feu d'artifice est lancé.
Jorge Martin lors du Grand Prix du Qatar à Losail avec Aprilia, le 12 avril 2025
Crédit: Getty Images
On le savait volcanique, impétueux, souvent gouverné par des émotions qu'il a du mal à tempérer ; c'est ce qui lui avait joué des tours pendant ses jeunes années et qui avait rendu son sacre mondial si particulier en 2024 ; et il y avait de quoi se dire après ce titre, qu'enfin, Jorge Martin était devenu maître de ses sentiments, que son changement de statut allait le soulager et l'équilibrer et que la pierre fondatrice de ce renouveau était ce choix de rejoindre Aprilia, lui qui n'avait jamais quitté Ducati et sa zone de confort. Finalement, c'est tout l'inverse. Après un seul Grand Prix effectivement disputé et même pas une demi-saison écoulée, Jorge Martin veut déjà envoyer valser son contrat avec sa nouvelle équipe.
La rumeur date de mi-mai et prend de l'épaisseur depuis. Ce week-end, à Assen, le feu d'artifice a débuté. "Jorge Martin est libre de tout contrat pour 2026." Albert Valera, l’agent du pilote espagnol chez Aprilia, a tiré le premier durant les essais libres vendredi. "C'est assez clair pour nous, il a activé une clause du contrat et nous ne faisons que la suivre. Il est totalement ouvert, disponible, et nous verrons ce qui se passera à l'avenir." Cette clause lui permettrait de se libérer de la deuxième année de son contrat s'il ne figurait pas parmi les prétendants au titre après le Grand Prix de France. Et effectivement, quand Johann Zarco s'imposait au Mans, lui n'avait toujours pas inscrit un seul point et était donc bel et bien largué dans la course à sa propre succession.
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Sauf que, dans les faits, ce classement catastrophique tenait plus des deux blessures qu'il a subies – en essais de présaison et au Qatar, le seul GP qu'il a disputé, en avril – qu'aux performances de sa moto. L'Aprilia RS-GP25 était en difficulté en début de saison, certes. Mais depuis, Marco Bezzecchi, le coéquipier de Jorge Martin, a remporté le Grand Prix de Grande-Bretagne et a signé un podium aux Pays-Bas. Alors Alberto Rivola, le PDG d'Aprilia Racing, a répondu à Valera : "Nous sommes en position de nous battre pour le championnat cette année, et nous le serons l'année prochaine. Marco (Bezzecchi) a montré que c'était possible. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger l'entreprise."
La Dorna obligée d'arbitrer
Et dans "tout ce qui est possible", il n'y a que deux options : "Soit nous trouvons un accord en nous asseyant ensemble et en parlant sérieusement, a-t-il poursuivi. Ou nous irons au tribunal. Nous sommes prêts à faire les deux." Voilà où en est la relation entre les deux parties. Ce qui ne semble pas inquiéter plus que cela Alberto Rivola, qui continue malgré tout d'assurer que conserver Martin est "la priorité numéro 1 de l'équipe". "Ça peut paraître fou, mais on a déjà vu dans le passé des pilotes mécontents de leur équipe ou de leur patron se battre pour le titre. Il ne faut jamais dire jamais." Sa position se comprend. Pour la première fois depuis le retour de la marque italienne en catégorie reine en 2015, il a un champion du monde sous la main.
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Jorge Martin durant les Essais Libres du Grand Prix du Qatar, le 11 avril 2025
Crédit: Getty Images
Mais parfois, comme l'a rappelé le prodige de KTM Pedro Acosta, "même les meilleurs mariages se brisent". En particulier quand une troisième partie entre en jeu. "Honda pourrait être une option" en 2026, a ainsi subtilement glissé son agent dans sa tirade de vendredi. Alberto Puig, team manager de l'équipe japonaise, avait glissé fin mai qu'il étudierait l'option "s'il est disponible", avant de rétropédaler ce week-end. La raison ? La Dorna, le promoteur du championnat MotoGP, a dû monter au créneau : "Nous ne laisserons personne participer au championnat sans accord ou une décision de justice, a tranché son PDG Carmelo Ezpeleta. Nous n’avons jamais rompu un contrat en 35 ans. Si l’une des deux parties me dit qu’elle n’est pas d’accord et qu’elle va au tribunal, alors je devrais attendre que le tribunal donne le verdict."
Le conflit contractuel est devenu une affaire d'État. Voire un moyen d'exister pour celui qui est un champion du monde quasiment fantôme jusqu'ici. On a tendance à l'oublier, parce que son numéro 1 n'a pas beaucoup de kilomètres au compteur, mais Jorge Martin a toujours cette fougue en lui et la nécessité profonde que tout aille vite. Sa moto, ses envies, ses caprices. Malheureusement pour l'Espagnol, son corps ne suit pas son empressement en ce qui concerne sa convalescence. Son retour a de nouveau été repoussé ce lundi, et il ne participera pas au prochain Grand Prix en Allemagne (11 – 13 juillet). Qu'il y trouve du positif : cela lui laissera tout le temps de passer des coups de fil à ses avocats, et de commencer à éplucher le code du travail.
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