Marc Marquez champion du monde pour la 7e fois malgré sa grave blessure : L'ultime exploit
Par Julien Pereira
Mis à jour 28/09/2025 à 12:39 GMT+2
Marc Marquez est devenu l'égal de Valentino Rossi en décrochant un septième titre, à Motegi. C'est une performance notable et intéressante pour les livres d'histoire. Mais l'important est ailleurs : l'Espagnol a réussi quelque chose de beaucoup plus profond. Il est allé au bout d'une quête devenue viscérale, d'une mission que seul un champion comme lui pouvait accomplir.
Oubliez le débat du GOAT : Marquez a réussi l'ultime exploit
Crédit: Getty Images
Il est bien difficile de comparer les époques. C'est ce qui rend quasiment insoluble le débat du "GOAT", désormais si répandu dans tous les sports mais particulièrement féroce en MotoGP. Départager Marc Marquez et Valentino Rossi, c'était déjà complexe auparavant. Ça l'est encore plus, maintenant que l'Espagnol a coiffé une septième couronne mondiale, soit autant que l'Italien, dimanche au Japon. Les dialogues endiablés, parfois de sourds, parfois même envenimés, ont encore beaucoup d'avenir. Tant pis pour ceux qu'ils ennuient. Tant mieux pour les autres.
Comparer les accidents est encore plus délicat, parce qu'il y a là quelque chose qui relève de la décence et du respect de ceux qui les ont vécus. Niki Lauda, brûlé vif jusqu'au troisième degré ; Mick Doohan, dont une jambe mal opérée, proche de l'amputation, avait fini par dégager l'odeur "d'une mauvaise boucherie" ; Alex Zanardi, qui n'avait lui pas pu échapper à la perte de ses membres inférieurs, et quelques autres, ont tous connu l'enfer sous ses différentes formes. Ils ont tous souffert, au plus profond de leur chair. Ils s'en sont tous relevés. Et ils ont tous atteint, finalement, une nouvelle consécration.
Marc Marquez fait aujourd'hui lui aussi partie de ces athlètes qui font la grandeur du sport mais aussi de l'Homme. Inspirer par des accomplissements sportifs immenses est déjà rare, et réservé à une toute petite élite que chacun connaît, de près ou de loin. Le faire après avoir vécu des souffrances physiques et mentales profondes, si profondes qu'elles avaient même fini par affecter ceux qui ne les voyaient qu'à travers un écran de télévision, c'est encore différent. Marquant. À tout jamais.
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Marc Marquez
Crédit: Getty Images
La peur et l'utopie
Ces dernières années, nous avons tous ressenti et partagé un petit bout de la douleur de l'Espagnol. Nous, spectateurs, journalistes, spécialistes, fans de cette discipline ou de tous les sports, nous nous sommes tous demandé si ce qu'il tentait d'entreprendre en valait vraiment la peine. On avait peur pour lui. Ses proches les plus intimes, aussi. Sa maman, Roser Alentà, qui ne supportait déjà pas de voir ses enfants rouler à plus de 300 km/h lorsque tout allait bien pour eux. Son papa, Julià, qui a toujours vécu leurs courses comme s'il était couché derrière la bulle. Et Marc Marquez lui-même, bien sûr.
"J'étais proche [d'arrêter, NDLR], confiait-il il y a quelques jours dans une interview réalisée par motogp.com. Il y a eu la question : 'et si on arrêtait ?'" Sportivement, le Catalan n'avait plus rien à prouver depuis belle lurette et d'ailleurs, absolument personne ne doutait qu'il redeviendrait capable de tout gagner s'il retrouvait une forme physique décente et durable. Mais tout le monde avait fini par croire que cette donnée-là était devenue utopique.
Parce qu'on ne se remet pas d'un humérus traumatisé à ce point. L'os du bras droit du désormais septuple champion du monde s'était fracturé lors du premier Grand Prix de la saison 2020, à Jérez. La plaque et les vis chargées de le consolider s'étaient pliées quelques jours plus tard, lorsque le pilote avait décidé de faire comme si de rien n'était pour reprendre le championnat. Il a été opéré une troisième fois, en décembre de la même année, pour une greffe osseuse puis une infection. Et une quatrième et dernière fois, quelques mois plus tard.
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Les cicatrices du bras droit de Marc Marquez (Ducati)
Crédit: Getty Images
34°
"Mon corps était bizarre, s'est-il souvenu. Je ne pilotais pas bien. Je sentais quelque chose d'étrange avec mon bras. [...] J'insistais [auprès des médecins, NDLR] parce que je sentais que quelque chose n'allait pas. J'avais la sensation que mon bras était dans une position alors qu'en fait, il était dans une autre." Et pour cause : l'os avait tourné de 34 degrés. Après tout cela, il était devenu évident, aux yeux de tous, que Marc ne pourrait plus jamais être Marquez.
Il avait perdu une partie de l'atout qui lui avait permis de révolutionner le pilotage, par sa manière de positionner le haut de son corps sur la machine. Il s'était encore abîmé à travers d'innombrables chutes. Il avait vécu des problèmes de vision double, douté, pleuré. Mais il était le seul à ne pas avoir les mêmes certitudes que tout le monde.
"Intérieurement, j'avais quelque chose qui me disait qu'il fallait absolument que je réponde à cette question : puis-je redevenir compétitif ?", a-t-il raconté. C'est ici qu'il faut prendre le recul nécessaire pour admirer le parcours du roi. Et mesurer l'envie qui fut la sienne pour répondre à cette interrogation devenue une affaire à la fois intime, égotique et obsessionnelle.
Je voulais juste répondre à LA question.
Elle était si puissante qu'elle l'avait conduit à rompre avec Honda, le constructeur sans lequel il n'aurait sans doute pas atteint de tels sommets. À ce moment-là, alors que la communication avec les dirigeants japonais avait toujours été distante mais respectueuse, il s'était adressé à eux de manière beaucoup plus directe. "Je veux revenir au top avec vous, leur avait-il d'abord dit, comme il l'a raconté dans un documentaire diffusé sur Prime. Mais si ce n'est pas avec vous, je trouverai un moyen." Puis il avait levé la manche de son t-shirt, côté droit, pour laisser apparaître l'imposante cicatrice qu'il avait plutôt l'habitude de cacher : "Vous voyez ça ?, avait-il ajouté en exposant la balafre. Ça, ce n'est pas pour le plaisir. Ça, c'est parce que je veux gagner."
C'est donc ça, ce que l'on appelle "un caractère de champion", expression parfois galvaudée. Depuis cet effrayant highside du 19 juillet 2020, rien n'a plus compté pour lui que de prouver, à nouveau, qu'il était le meilleur. Il était prêt à tout, et même à rejoindre la structure satellite Gresini, équipe réputée mais familiale, et surtout sous-dimensionnée pour un pilote de sa trempe. Oubliés, les sponsors désireux de bénéficier de l'exposition et de la puissance des écuries officielles. Balayé, le salaire à huit chiffres avant la virgule. "J'ai juste oublié les relations, l'argent, l'histoire, a-t-il insisté. Je voulais juste répondre à LA question."
Par respect pour ses rivaux, Marquez n'admettra sans doute pas qu'il avait déjà obtenu des éléments de réponse l'année dernière, lorsqu'il a décroché la troisième place du Championnat du monde, avec trois victoires, au guidon d'une machine d'un an d'âge. Après des années d'errance, la suite était devenue une évidence. Et son plus grand exploit, à savoir accomplir sa quête de sens, a fini par le rendre immense.
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