JO 2024 - Doutes, bulle et dodo : Léon Marchand, les coulisses d’une semaine historique à quatre médailles d'or
Eurosport sur GoogleOnze courses individuelles pour quatre médailles d’or et autant de records olympiques : Léon Marchand, nouvel empereur de la natation mondiale, a fait de la piscine olympique un fantastique terrain de conquête cette semaine. Il a fallu chasser les quelques doutes, suivre scrupuleusement le plan et gérer tout un tas de nouveaux défis. Retour sur les coulisses d’une semaine inoubliable.
Marchand dans sa stratosphère : son quatrième monument en vidéo
Video credit: Eurosport
Ce n’est pas parce qu’il a dominé la terre entière toute la semaine que le travail de Léon Marchand est simple. Tous les matins de l’année, il est dans l’eau dès six heures du matin. L’après-midi, il s’inflige une autre séance de cardio, deux heures dans la piscine avec… une minute de pause. Coucher tous les soirs à 21h et, au total, près de 4500 kilomètres parcourus par an soit 90 000 longueurs. Voilà pour le travail de l’ombre. L’or ne tombe pas du ciel. Mais même ce quotidien accablant ne garantit rien. Léon Marchand a réalisé en six jours ce qu’aucun athlète français des JO d’été n’avait réalisé en une vie : remporter quatre médailles d’or individuelles.
Comment a-t-il construit ses succès depuis dimanche dernier ? Pour obtenir un résultat immaculé, il n’a rien fallu laisser au hasard. Dans l’eau, Marchand sait ce qu’il doit faire, sa domination ne date pas d’hier. Ce qui inquiétait franchement ses deux entraineurs, c’est ce qui allait se passer en dehors du bassin. "On a mis des choses en place pour le protéger, mais on ne peut pas le protéger de tout. Il sait qu'il y aura beaucoup d'attention sur lui, prévenait Bob Bowman une semaine avant le début des JO. Ian Thorpe disait : ‘Il y a beaucoup d'attente de l'extérieur, si tu le prends négativement, ça te met beaucoup de pression. Si tu le prends positivement, c'est un vrai support.’"
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/08/02/4016797-81473588-2560-1440.jpg)
Marchand, succulent abonnement : sa quatrième Marseillaise
Video credit: Eurosport
Ça aurait été très compliqué pour le moi d’il y a 5 ans de gérer autant de pression
La plus grande part d’inconnu résidait dans la façon dont le jeune homme timide et réservé allait recevoir les attentes d’abord puis l’amour inconditionnel, ensuite, de son public. Bob Bowman a beaucoup discuté avec lui, Thomas Sammut, son préparateur mental, a dédramatisé l’évènement. Bingo : "C’est ma plus grosse fierté, a savouré le Français vendredi avec sa quatrième médaille d’or autour du cou. Ça aurait été très compliqué pour le moi d’il y a 5 ans de gérer autant de pression. Je suis arrivé avec le sourire, j’ai géré la pression sans l’ignorer."
Marchand a, avant le début des épreuves, mis la compétition et l’enjeu à distance. Il ne parlait ni de record ni de livre d’histoire : remporter un titre olympique, voilà la boussole. Le tournant de sa semaine intervient très tôt, dès le dimanche, sur le 400m 4 nages. La première course est un pivot. D’abord parce qu’elle ouvre le bal et que personne ne peut anticiper la réaction du bonhomme tant qu’il n’a pas été plongé au centre de l’arène, au milieu des 15 000 cœurs qui battent pour lui.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/07/31/4014879-81435228-2560-1440.jpg)
Marchand : "J'ai eu des frissons, toute la piscine m'a aidé à rattraper Milak"
Video credit: Eurosport
C’est sur cette distance, dont il est recordman du monde, que sa marge est la plus grande. Il ne suffit pas de gagner, il faut aussi être en place dans chacune de ses nages et notamment le papillon et la brasse. Si tout fonctionne, le programme ne bougera pas. Si Marchand ne convainc qu’à moitié, il faudra abandonner le 200m papillon et revoir les plans.
Seul un coup de fil de Macron fait sauter le planning
Ce dimanche soir est un triomphe, le temps canon (4"02’92). Dans une piscine moins lente, il aurait pu battre son propre record du monde. "Après le 400m 4 nages, Bob m’a dit : ‘on fait le doublé mercredi’, confiera plus tard Marchand. Ça m’a fait du bien d’avoir sa confiance dont je manquais. On le prépare depuis le début, mais on a toujours eu des doutes." Tout est verrouillé, il reste sur le plan A. Mais le marathon qu’il va s’infliger nécessite des règles strictes, ce que Bowman appelle le protocole de récupération.
En quoi consiste-t-il ? Gaspiller le moins d’énergie possible hors de l’eau et dodo, dodo, dodo. Le coach américain chronomètre tout. Il presse les médias de ne pas se montrer trop bavard avec son protégé. Cinquante secondes devant les micros en zone mixte après les séries, deux minutes après les titres. Pas une de plus, Bowman veille dans l’ombre. Seul un coup de fil d’Emmanuel Macron et une entrevue de 7 minutes avec les huiles du pays (Gabriel Attal, Amélie Oudéa-Castéra) font sauter le planning. L'attaché de presse de la fédération essaie de lui faire presser le pas. Marchand refuse poliment pour honorer un autre protocole, celui des officiels. Une entorse, il n’y en aura pas deux.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/08/01/4015112-81439893-2560-1440.jpg)
Watch as Phelps left in awe as Marchand chases greatness
Video credit: Eurosport
Le 400m 4 nages, le vrai tournant de la semaine
Cette première victoire est un soulagement, les objectifs, en tout cas ceux annoncés, sont remplis. "J’étais beaucoup plus tranquille après le 400m 4 nages, témoignera en fin de semaine Marchand. Je suis très fier parce que ce n’était pas facile pour moi d’avoir autant de pression sur les épaules. On n’est jamais préparé à ça, je n'ai que 22 ans." Toute la semaine, il vit dans une bulle hermétique. Les réseaux sociaux sont consommés à dose homéopathique. L’interaction avec le public, hors piscine, est nulle. Pas question, évidemment, d’aller célébrer au Club France, le lieu de rendez-vous de tous les médaillés.
L’enjeu est de laisser le moins de gomme possible pour durer le plus longtemps. Pour le doublé 200m brasse et 200m papillon, il doit trouver l’équilibre parfait entre s’économiser pendant les séries et les demi-finales tout en obtenant la ligne d’eau numéro 4 en finale. La série du 200m papillon n’est pas folichonne. "Je suis un peu lourd", admet-il. Kristof Milak, le principal obstacle au quadruplé, est, lui, aérien. Mais pas question de dévier. En finale, la tactique est précise : s’accrocher jusqu’à la dernière longueur et fondre sur la légende hongroise. Une grosse coulée, le public qui pousse, Milak qui se crispe : le plan se déroule sans accroc. Son staff avait parfaitement anticipé.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/08/03/4016918-81476008-2560-1440.png)
"Je vais me repasser la vidéo pendant des années" : Alain Bernard ébloui par le roi Léon
Video credit: Eurosport
Une Marseillaise qu'il ne savoure pas
Mais le Toulousain savoure à peine. Même pendant la Marseillaise, son esprit est occupé par la suite. Moins de deux heures plus tard, il faut remettre le couvert même si la marge est plus grande sur le 200m brasse. Qin Haiyang, champion du monde et olympique en titre qui a dénoncé une déstabilisation des Français et des Américains après avoir été soumis à de nombreux tests antidopage depuis son arrivée, est à l’envers à Paris, il n’est plus une menace. Ce mercredi soir, dans la plus chaude ambiance de la semaine, Léon Marchand devient le premier nageur à réussir le doublé impossible.
Sérieux, il ne débouche pas le champagne. "Je me suis vite couché", expliquera-t-il le lendemain. L’écart est saisissant entre la force du moment, la portée de son exploit et la façon dont il le célèbre. Marchand a pu parfois sembler avare en émotions. Avait-il le choix ? Dès le stage à Vichy, Bowman et son élève avaient ciblé une des grosses difficultés de la semaine : l’enchaînement entre les deux finales du mercredi soir et les séries du 200m 4 nages du jeudi matin. Effectivement, pour la première fois de la semaine, celui qui n’est alors que triple champion olympique ressent de la fatigue. "J’ai un peu douté jeudi soir parce que j’étais à un niveau de fatigue élevé. Je n’ai pas bien dormi cette semaine", avouera-t-il vendredi soir.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/07/31/4014858-81434808-2560-1440.jpg)
Un doublé pour l'histoire : la journée deux fois dorée de Léon Marchand
Video credit: Eurosport
La cote d’alerte est atteinte. Mais il dort onze heures dans la nuit de jeudi à vendredi. Une bénédiction : "Je me suis réveillé avec le plein d'énergie". Le 200m 4 nages accouche d’une nouvelle démonstration et il n’a jamais été aussi proche d’un nouveau record du monde, à 6 centièmes pour être exact (1’54"06). Mission accomplie. Avant les relais, Marchand amasse quatre titres en six jours. Quelle histoire…
Publicité
Publicité
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/09/29/image-0d9a2867-5b88-48af-85a5-1582b2b9bb4e-68-310-310.jpeg)