JO Paris - Léon Marchand remporte deux médailles d'or - L’histoire secrète du "plus grand doublé de l’histoire du sport"
Eurosport sur GoogleLéon Marchand a signé mercredi le plus grand doublé de l’histoire de la natation en s’adjugeant l’or sur le 200m brasse et le 200m papillon. L’idée de départ, complètement folle, vient uniquement de lui. Son coach, Bob Bowman, a longtemps douté et le Toulousain aussi. Mais depuis un an, les planètes se sont alignées pour une soirée qui marquera l’histoire.
Marchand, la maîtrise absolue : son 200m brasse royal, pour un doublé monumental
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Sous ses airs de gendre idéal, de jeune homme équilibré, Léon Marchand est un joyeux timbré. Fou, il faut l’être pour tenter un doublé aussi peu naturel que le 200m brasse et le 200m papillon. Deux nages qui n’ont absolument rien à voir et dont les finales se succèdent systématiquement à chaque Jeux Olympiques. Pourquoi ? Parce que personne ne joue sur les deux tableaux. Jamais. Personne sauf Léon Marchand. "Oui, il faut être un peu fou", nous confiait-il la semaine dernière. Un pari réussi pour le "plus grand doublé de l'histoire du sport", selon les termes de Michael Phelps himself sur NBC. Mais d’où vient cette idée ? Qui l’a décidé ? Comment a-t-elle été concrétisée ?
Ce choix, c’est Léon Marchand qui l’a fait et surtout pas Bob Bowman qui a toujours refusé à son ancien élève, le pourtant très vorace Michael Phelps, de tenter deux titres olympiques individuels dans la même journée. Parce qu’il peut très vite tourner en rond s’il ne se fixe pas des objectifs inatteignables, Marchand a ce doublé dans un coin de la tête. Il n'est peut-être pas naturel mais il regroupe ses deux nages de prédilection.
Il veut voir jusqu'où ses capacités peuvent aller
"Pour Léon, la natation est un moyen de se découvrir, de s'épanouir, nous expliquait Thomas Sammut avant les JO. Il se challenge au quotidien : il n'empile pas les longueurs bêtement. Il met des défis en place non pas par contrainte mais par défi personnel. Il veut voir jusqu'où ses capacités peuvent aller. Il prend plaisir à aller chercher en lui des capacités insoupçonnées." Ce doublé est un sacré défi pour Léon Marchand.
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Un doublé pour l'histoire : la journée deux fois dorée de Léon Marchand
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D’abord, ce n’est pas le rêve d’un doublé olympique qui l’anime mais bien sa curiosité de savoir jusqu’où il peut aller dans ces deux nages. Un premier élément de réponse intervient le 11 juin 2023. Ce jour-là, alors que personne ne l’attend sur 200m brasse, celui qui est alors vice-champion du monde du 200m papillon signe un temps canon (2’06"59), tout proche du record du monde (2’05"95), aux championnats de France de Rennes. La graine est plantée. Mais Bob Bowman reste très prudent, enchaîner c'est prendre le risque de perdre trop d'énergie. Pas question de tout mettre en péril pour un doublé insensé.
La Fédération internationale offre 99 minutes en plus
Quelques semaines plus tard aux Mondiaux de Fukuoka, le 200m brasse est barré du programme à la dernière minute. Léon Marchand est triple champion du monde mais le jeune homme est du genre obstiné. A Paris, il veut s’aligner sur les deux distances. Alors, la Fédération Française tente de jouer de son influence pour rallonger les délais.
Initialement, quinze minutes séparaient les deux finales à Paris. Un délai si court qu’il aurait rendu impossible la mission du Toulousain. Sur demande de la FFN et… de Bob Bowman, World Acquatics change le programme : les deux 200 mètres auront lieu en début et fin de session et 114 minutes sépareront finalement les deux courses. Marchand gagne 99 minutes de récupération, un tournant.
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Un retour d'anthologie pour l'histoire : Marchand, l'œuvre d'art
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Décisif ? Pas encore. Car les séries du 200m 4 nages ont lieu dès le jeudi matin et sur la distance, dont Marchand est double tenant du titre mondial, Shun Wang aligne les gros chronos. "Est-ce que c'est possible ? C'est peut-être trop, prévient Bowman lors du stage à Vichy, dix jours avant l’échéance. C'est un truc énorme, même Phelps n'a jamais relevé un tel défi. Faire les deux dans un tel laps de temps, c'est très difficile. D'autant que le 200 4 nages arrive ensuite, c'est un vrai problème."
J’ai beaucoup douté parce que tout le monde me disait que ce n’était pas possible
Pas question de bazarder l’autre course phare du Français pour un doublé papillon-brasse aux résultats incertains. Après tout, Kristof Milak a décidé de revenir à Paris après une longue pause et Qin Haiyang domine la brasse sur toutes les distances du 50 au 200m. Faut-il assurer les deux titres sur 200m et 400m 4 nages plutôt que de se lancer sur quatre distances ? L’adversité redoutable rajoute du sel et affirme les convictions de Marchand en même temps qu’elle pousse Bowman à se poser tout un tas de questions et échafauder un plan B : abandonner en dernière minute une des deux nages, comme à Fukuoka.
Les championnats de France de Chartres offrent une répétition grandeur nature. Si Marchand y décroche ses quotas olympiques, les temps sont loin de lui assurer une médaille aux JO et ne le replacent pas dans le top 5 des bilans mondiaux. "J’ai beaucoup douté parce que tout le monde me disait que ce n’était pas possible, lâchera ce mercredi Marchand. Surtout après les championnats de France." 2’08"95 sur la brasse, 1’54"08 sur le papillon : deux temps qui l’auraient destiné à la 7e et 6e place en finale olympique ce mercredi. Pourquoi s’obstiner ?
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Marchand : "J'ai eu des frissons, toute la piscine m'a aidé à rattraper Milak"
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La semaine dernière, je lui ai encore dit de ne faire qu’une course
"Ce doublé, c’est vraiment son idée. La semaine dernière, je lui ai encore dit de ne faire qu’une course, confiera le coach américain mercredi soir. Mais il était confiant. Le papillon restait un gros challenge parce que Milak, c’est vraiment le niveau au-dessus." C’est finalement le 400m 4 nages qui validera l’idée. La première médaille d’or libère le Français alors qu’il a énormément de pression. La forme est excellente.
Le papillon et la brasse sont bien en place. Bob Bowman est enfin convaincu. "Après le 400m 4 nages, Bob m’a dit : ‘on le fait’, confie le désormais triple champion olympique. Ça m’a fait du bien d’avoir sa confiance dont je manquais. On le prépare depuis le début mais on a toujours eu des doutes." Heureusement, Marchand est un joyeux timbré, il est allé au bout de ses idées. La suite appartient à l’histoire.
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