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Riner-Fourcade : une injustice a été réparée, une autre subsiste

Riner-Fourcade : une injustice a été réparée, une autre subsiste

Le 28/12/2016 à 18:08Mis à jour Le 28/12/2016 à 18:20

Teddy Riner et Martin Fourcade sont les deux champions français les plus remarquables du moment. Ils dominent leur discipline de tout leur talent, et cette suprématie s'étend maintenant sur plusieurs années. Pourtant, il a fallu attendre 2016 pour que l'un d'entre eux soit sacré sportif français de l'année par notre rédaction. L'injustice Riner a été effacée. Reste celle qui touche Fourcade...

C'était un paradoxe. Presque une anomalie. Une injustice, aussi, d'une certaine manière. Teddy Riner et Martin Fourcade sont probablement les deux plus grands champions actuels du sport français. Ils ont en commun un palmarès colossal mais, plus encore, une même manière de surclasser la concurrence. A l'échelle du sport français, toutes disciplines et toutes époques confondues, il est très rare de trouver deux champions aussi dominateurs, et encore moins sur une aussi longue période.

Riner et Fourcade font partie d'une galaxie dont les étoiles se comptent sur les doigts des deux mains. Et encore. Ils sont de la trempe des Killy, des Hinault, des Pérec, des Prost ou des Loeb. Ces champions hors du commun. Nous avons la chance de bénéficier de deux spécimens de cette nature en même temps. Tous deux s'imposent, alors même que leurs carrières sont loin d'être achevées, comme des monuments de leur sport.

Martin Fourcade aux Mondiaux d'Oslo

Martin Fourcade aux Mondiaux d'OsloPanoramic

Riner constamment au sommet depuis 2009

Pourtant, jusqu'à cette année 2016, aucun d'entre eux n'avait fini en tête de notre classement des sportifs français de l'année. Il y avait toujours eu un Loeb, un Agnel, un Manaudou ou un Lavillenie pour leur barrer la route. En 2016, la lutte pour la première place s'est clairement résumée à un mano a mano entre Teddy Riner et Martin Fourcade. Il y avait eux, et les autres. Le judoka a finalement raflé la mise, pour une poignée de points (11). Voici donc une injustice réparée. Depuis 2009, Riner a constamment été au sommet du judo et du sport hexagonal.

Dans notre classement de fin d'année, il a fait preuve d'une régularité en adéquation avec cette constance dans la performance : 2e en 2009, 2011, 2012 et 2015. Et trois autres fois dans les cinq premiers. Sept années de suite dans le Top 5, c'est du jamais vu depuis Sébastien Loeb. Jusqu'alors, il y avait toujours eu quelqu'un pour lui barrer la route, que ce soit Loeb, justement (en 2009 et 2011), Yannick Agnel (en 2012, année des Jeux de Londres) ou Florent Manaudou l'an passé.

Cette fois, c'est donc (enfin) son tour et c'est très bien ainsi. Il aurait été aberrant que Teddy Riner ne finisse pas au moins une fois à la première place, la seule qu'il connaisse dans sa catégorie des poids lourds depuis maintenant huit années. "Je suis content, parce que c'est la première fois que je reçois ce prix de la part d'Eurosport", nous a-t-il rappelé quand nous lui avons remis son trophée. Cette récompense, il la doit à ce titre olympique conquis à Rio, mais aussi au contexte qui l'a entouré.

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L'année prochaine, si tout va bien ?

Car aucun autre sportif français était à ce point attendu. Aucun. Renaud Lavillenie ou Florent Manaudou étaient favoris. Mais leur défaite était, sinon attendue, en tout cas envisageable. Parce qu'ils avaient déjà connu le goût de celle-ci au cours des derniers mois, des dernières échéances. Pour Riner, en revanche, tout autre résultat qu'une médaille d'or aurait été considéré comme un échec colossal. C'était l'or ou le néant. C'est le lot des êtres d'exceptions. Invaincu depuis huit ans dans sa catégorie, il "devait" gagner. En prime, il s'était rajouté un surcroit de pression avec son statut de porte-drapeau, qui avait si peu réussi à ses prédécesseurs dans un passé récent. Mais Riner assume tout. Tout le temps. C'est sa grande force.

Malheureusement, serait-on tenté de dire, l'autre géant du sport tricolore reste donc aux portes du sacre. Martin Fourcade est lui aussi un spécimen rare. Et 2016 a peut-être été son année la plus accomplie. Plus encore, oui, que sa campagne 2014, pourtant émaillée de trois médailles olympiques, dont deux en or. Cette année-là, il s'était cassé les dents sur le monumental exploit de Renaud Lavillenie, l'homme qui avait battu, non pas un record du monde, mais le record du monde de Bubka. Cette fois, c'est donc Riner qui s'est mis sur son chemin.

Le voir dans le rôle du dauphin n'est, de notre part, ni un désaveu ni un désamour. Le duel Riner-Fourcade a d'ailleurs divisé la rédaction. Tant mieux. Il serait mal venu de se plaindre de posséder deux champions de cette envergure. Alors, Martin, l'année prochaine, si tout va bien...

Sportif français de l'année : le palmarès
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