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Top 100: Zizou, Liza, Jaja, Roxana...

Top 100: Quand les Bleus deviennent fous
Par Eurosport

Le 05/06/2013 à 23:29Mis à jour Le 06/06/2013 à 11:25

Découvrez la suite de notre Top 100 des grands moments du sport français depuis 1983. Jeudi, retour sur deux des plus folles minutes de l'histoire des Bleus... Outre Zizou et Liza, au programme dans ces cinq moments classés de la 90e à la 86e place, Roxana, Jaja, un Pioline de feu et Monaco en état de grâce.

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90. LES GALACTIQUES ETAIENT MONEGASQUES

C'était quoi?  Le soir où le si feutré stade Louis II est devenu un chaudron. Le soir où la France entière s'est prise d'affection pour l'AS Monaco.

L'histoire:  Des victoires de ce type, qui allient à la fois l'excellence de la performance face à un géant d'Europe et l'effet de surprise, colossale, le football français peut les compter sur les doigts d'une main depuis trente ou quarante ans. Metz face au Barça et Bordeaux contre Milan sont probablement les deux plus fameux. Le Monaco-Real de 2004 entre dans cette catégorie. C'est l'heure de gloire d'un club qui a longtemps été en froid avec la Coupe d'Europe, avant d'émerger à la fin des années 80 comme un des clubs français les plus réguliers pendant une grosse quinzaine d'années. Le printemps 2004 sera son nirvana. Le sommet, avant une chute d'abord progressive puis vertigineuse. Sortir le Real, en soi, c'était une performance énorme. Mais ce Real-là, celui des Galactiques, de Zidane, de Ronaldo, de Beckham (suspendu au retour), de Raul ou de Figo, paraissait totalement hors de portée des Monégasques. Lorsque le Real mène 4-1 à Bernabeu au match aller, il n'y a d'ailleurs pas grand monde pour imaginer la fin du film. Mais le but en fin de rencontre de Fernando Morientes, l'ancien Merengue si précieux lors de cette saison 2003-2004, va changer la donne. Battue 4-2, l'ASM de Didier Deschamps va vivre au retour une de ces soirées magiques qui ne s'expliquent pas totalement (et c'est tant mieux). Le Real ouvre pourtant le score. Mais un doublé de Giuly (dont une merveille de talonnade) et un but de l'inévitable Morientes renvoient les Galactiques surf la terre ferme. La dernière heure produite par l'ASM ce soir-là est une des plus belles, des plus abouties d l'histoire du football français en Coupe d'Europe.

Quelle portée?  Même si l'OL a atteint les demi-finales de la Ligue des champions en 2010 en sortant lui aussi, au passage, le Real, cette victoire monégasque face aux Galactiques madrilènes reste sans doute à ce jour le dernier très grand moment du football français en Coupe d'Europe. Ce soir-là, Monaco qui, c'est peu de le dire, n'est pas le club le plus susceptible de déchainer les passions en France, a conquis les cœurs. Malheureusement, c'est peu dire que l'ASM n'a pas su capitaliser sur cette formidable campagne, qui la mènera jusqu'en finale. Les cinq saisons suivantes, Monaco naviguera entre la 8e et la 12e place en Ligue 1, avant la descente en L2 en 2011. Passer en sept ans du toit de l'Europe à la relégation, il fallait le faire. La décadence du club de la Principauté aura été aussi vertigineuse que son ascension au cours de cette saison 2004.

89. JALABERT, LE COUP DE FOLIE DE MENDE

C'était quoi?  Un maillot jaune, virtuel. Un maillot vert, bien concret. Le 14 juillet. La fête. La chaleur. Un coup de folie. Un coup de poker. Un coup de maitre.

L'histoire:  On reproche beaucoup de choses au cyclisme aujourd'hui. Le conformisme de ses acteurs, notamment. Trop prévisibles, trop frileux, ayan perdu le goût de l'épopée et de l'aventure qui caractérisaient leurs ainés, plus ou moins lointains. C'était déjà le cas dans les années. Les oreillettes n'étaient pas devenues le meilleur ami du coureur mais, sous le joug de Miguel Indurain, le Tour de France suivaient déjà le cours d'un fleuve un peu trop parfait, où la surprise était aussi rare que les inondations au milieu du Sahara. Et pourtant, ce 14 juillet 1995…

Un an après le terrible accident d'Armentières, qui l'avait laissé gisant et en sang sur le bitume, Laurent Jalabert est en train de se réconcilier avec le Tour de France en cet été 1995. Le 14 juillet au matin, à 198 kilomètres de l'arrivée à Mende, 25 bornes seulement après le départ de Saint-Etienne,  il sème la panique sur Radio Tour et les suiveurs doivent s'y reprendre à deux fois pour se convaincre qu'ils ont bien entendu: oui, le dossard 61 est bien présent dans l'échappée matinale. Champion réfléchi et raisonnable, le Mazamétain a été pris d'un véritable coup de folie. Il a accéléré dans la première montée, la côte de Saint-Maurice-en-Gourgois. Le peloton se demande à quoi joue le Français.

Jouant le tout pour le tour, épaulé par ses coéquipiers de la ONCE, Neil Stephens et Melchior Mauri, ancien vainqueur de la Vuelta qui va se sacrifier pour lui, Jaja va au bout de son improbable idée. Peut-être la seule fois de son quinquennat où l'on a vraiment senti un vent de panique chez Miguel Indurain. A mi-étape, l'avance des échappés dépasse les 10 minutes. Prise au piège par sa consoeur espagnole, la Banesto se voit contrainte de mener la poursuite. Jalabert est maillot jaune virtuel. Il s'impose à Mende, sur la montée qui, depuis cet exploit hors normes, porte son nom, avec 5'41" d'avance sur les favoris et remonte à la troisième place du général. Il terminera quatrième à Paris. Mais au-delà de ça, il y a gagne l'affection d'un public qui, jusqu'ici, ne jurait que par le plus flamboyant, quoique moins coutumier de la victoire, Richard Virenque. Jalabert avait le respect, l'admiration. Il lui manquait l'affection. Sa vraie victoire, c'est de s'être mis en danger.

Quelle portée?  Sur la carrière de Laurent Jalabert, immense. Le Mazamétain possède le plus beau palmarès français de ces 25 dernières années (et de très loin). Depuis Hinault et Fignon, il y a eu lui et les autres. Champion du monde du chrono, vainqueur de la Vuelta, multiple lauréat de classiques (Tour de Lombardie, Milan-Sanremo, Flèche Wallone), il est le dernier vainqueur français de la plupart des grandes courses, où il guette toujours un successeur. Pourtant, cette victoire à Mende, dans l'esprit du public, possède une force à part. Parce que c'était le Tour. Parce que c'était le 14 juillet.

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88. LE FINAL LE PLUS DINGUE DE L'HISTOIRE DES BLEUS

C'était quoi?  Deux minutes qui changent tout: la frustration en explosion, une soirée terne et un moment inoubliable et, accessoirement, une défaite en victoire. Un coup-franc, un penalty. Un doublé. Zidane. Zidane.

L'histoire:  David Beckham, Paul Scholes, ont dû avoir l'impression de vivre à l'envers le remake de la finale de la Ligue des champions 1999. A l'époque, ils étaient du bon côté. Manchester United, mené 1-0 au Camp Nou de Barcelone par le Bayern Munich, avait renversé la situation sur deux corners pour arracher une victoire aussi invraisemblable qu'inoubliable. A Lisbonne, ce 11 juin 2004, l'histoire leur repasse les plats, en prenant bien soin de changer l'identité de ceux qui dégustent. L'Angleterre mène 1-0 à l'entame du temps additionnel face à l'équipe de France. L'Euro commence bien pour les Anglais, qui auraient même pu doubler la mise si Barthez n'avait pas repoussé un penalty de Beckham en seconde période. Mais 1-0, ça suffit au bonheur des hommes de Sven Goran Eriksson. Mais, oh wait. Quelques secondes après le début des arrêts de jeu, un coup-franc à 20 mètres, très légèrement sur la droite, offre aux Français une dernière occasion de sauver les meubles. Zinédine Zidane enrobe sa frape et trouve le petit filet droit de David James, qui n'a pas bronché.

Si le score en était resté là, ce moment n'aurait pas sa place dans le classement. Ce qui lui donne sa force, c'est ce qui va suivre. 27 secondes exactement après avoir engagé suite au but égalisateur de Zidane, les Anglais concèdent un penalty pour une faute de James sur Thierry Henry, consécutif à une énorme erreur de Steven Gerrard, dont la passe en retrait a mis en difficulté son gardien. L'Angleterre a complètement perdu les pédales et bientôt, le match, puisque Zidane transforme le penalty. Cette fois, les Anglais n'auront même pas l'occasion de retourner dans le rond central. Par le jeu des vases communicants, cette fin de match, une des plus douloureuses de leur histoire, est incroyablement euphorisante pour les Bleus. Un maelström d'émotions comme seul le sport peut en prodiguer. Un grand écart entre bonheur intense et une tristesse qui confine à la colère. Il en reste notamment une image, celle du visage presque possédé de Bixente Lizarazu après le pénalty de Zidane. Un mélange détonnant de hargne et de joie, à la hauteur de cet incroyable dénouement.

Quelle portée?  Cette poignée de secondes demeure, de très loin, ce qu'il y eut de mieux dans l'Euro 2004 des français. Elles n'ont pas suffi à masquer les carences d'une équipe qui disparaitra en quarts de finale contre cet improbable futur vainqueur grec. N'empêche. Cette fin de France-Angleterre, à défaut de constituer l'élément déclencheur d'une nouvelle marche triomphale, reste une des séquences les plus fortes émotionnellement jamais offerte par les Bleus dans une phase finale. Quant à Zidane, si ce doublé-ci n'a évidemment pas le même impact historique que celui contre le Brésil en 1998, il a contribué à l'ancrer comme un indispensable homme providentiel.

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87. PIOLINE AU SOMMET DANS UN JARDIN ANGLAIS

C'était quoi?  Un Français au top dans le plus prestigieux des jardins anglais, c'est suffisamment rare pour être noté. Quand la performance, forcément marquante, se double d'un grand moment de tennis, pourquoi se priver?

L'histoire:  Cédric Pioline n'a pas toujours eu bonne presse. Il n'avait pas le bras inné d'un Leconte ou le sens du spectacle d'un Noah. Pas toujours au top de l'amabilité non plus. Certaines de ses attitudes, de ses paroles ou sa façon de s'entourer ont pu brouiller son message. Tout cela est fort possible mais heureusement qu'il a été là dans les années 90. Sans quoi entre la génération Noah-Leconte-Forget et l'avènement de la classe 2000-2010 (de Grosjean à Tsonga, de Clément à Monfils en passant par Gasquet ou Simon), le tennis masculin français aurait vécu une véritable traversée du désert. Car, aussi sympathiques furent-ils, les deux autres joueurs importants de la génération de Pioline, Arnaud Boetsch et Fabrice Santoro (malgré l'extraordinaire longévité de ce dernier) ont cumulé en tout et pour tout… deux quarts de finale en Grand Chelem à eux deux. Pioline, lui, a atteint ce cap à huit reprises avec, surtout, deux finales. Depuis les Mousquetaires des années 1920-1930, il est tout simplement le seul joueur français à avoir disputé plus d'une finale majeure. Jusqu'à dimanche, peut-être... Le prestige du cadre londonien et la qualité exceptionnel du tennis pratiqué incitent à voir dans cette finale 1997 à Wimbledon le grand moment de la carrière de Pioline, plus encore que sa finale à l'US Open quatre ans plus tôt.

Pourtant, Pioline était retombé à la 46e place mondiale lorsque débute le tournoi. Jacques Carducci, plume fine, percutante mais parfois cruelle de L'Equipe, ne manque pas de "l'allumer" en cet été 1997. La réponse sera à la hauteur des attaques. Surtout à partir des quarts de finale. Piol' sort d'abord en quatre sets le prétendant britannique Greg Rusedski, gros client sur gazon. Puis vient le chef d'œuvre. De son tournoi et, sans doute, de sa carrière, face à Michael Stich, ancien vainqueur du tournoi. Les deux hommes livrent un duel tennistiquement somptueux dont Pioline sport vainqueur en cinq sets au crépuscule. Cédric Pioline n'a probablement jamais aussi bien joué que dans cette demi-finale et pas sûr qu'un Français ait atteint un tel degré de plénitude sur le centre court de Wimbledon dans l'ère Open. Pas même Leconte. Pas même Tsonga. C'était du grand art. Malheureusement pour lui, Pete Sampras l'attendait en finale. Moins romantique que Stich, mais tellement plus implacable. Comme à Flushing en 1993, Pioline sera balayé en trois sets par l'Américain en finale.

Quelle portée?  Colossale pour la carrière de Pioline et non moins importante pour le tennis français. Avant Pioline, il fallait remonter à 1946 pour trouver trace d'un joueur français en finale du simple messieurs à Wimbledon. Depuis, on attend toujours son successeur. Quant au cas du joueur lui-même, ce fut une délivrance pour lui après de nombreux échecs dans des matches en cinq sets. Des matches souvent magnifiques mais presque toujours perdus. Cette victoire face à Stich marqua le début d'une période fructueuse pour Pioline, qui le mènera jusqu'à la cinquième place mondiale au printemps 2000.

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86. MARACINEANU EN TERRITOIRE INCONNUE

C'était quoi? Avant Manaudou, avant Bernard, avant tous les autres, la natation française a appris à gagner avec Roxana Maracineanu. La pionnière, c'est elle.

L'histoire: Pour les moins de 15 ans, cela peut sembler incroyable, mais il y a eu une époque pas si lointaine où un titre, pour la natation française, avait une portée historique. Un titre mondial, n'en parlons pas. A la fin du siècle dernier, la France n'avait encore jamais décroché la moindre médaille d'or aux Championnat du monde. Puis Roxana Maracineanu est arrivée. Jolie minois, jolie histoire, celle d'une petite fille née en Roumanie mais arrivée très jeune en France, du côté de Mulhouse. En Roumanie, elle pratiquuait la gym. Mais les méthodes spartiates la rebutent. Alors elle se met à la natation. Elle ne s'arrêtera jamais. Puis vient l'ascension. Jusqu'à cette année 1998. A Perth, en Australie, la dossiste tricolore, qui suit parallèlement des études en traduction scientifique et technique, croit en ses chances sur le 200m dos. Un an auparavant, elle a décroché sa première médaille internationale sur la distance: le bronze, aux Championnats d'Europe.

Lionel Horter, son entraîneur, lui demande de partir vite. "Si tu vires devant Dagmar Hase aux 150m, tu seras championne du monde", lui a-t-il dit. Maracineanu suit le plan. A l'entame de la dernière longueur, elle est bien devant. Excellente finisseuse, elle sait que le titre ne peut lui échapper. "Je n'arrête pas de rigoler. Ca doit être ça le bonheur", s'amuse-t-elle quelques heures après son titre, du haut de ses 22 ans. Elle était tombée amoureuse de la France, de ses bonbons et ses chewing-gums ("il n'y en avait pas chez nous et c'est ce qui m'a frappé en arrivant ici", explique-t-elle), elle la séduit à son tour. "Sur le podium, j'ai surtout pensé à mes parents, aux risques et aux sacrifices qu'ils ont dû faire et dû prendre pour nous offrir notre liberté, une meilleure vie. Alors, entendre l'hymne d'un pays qui m'a ouvert ses bras, c'était fort". De Bucarest à Perth en passant par Mulhouse et même l'Algérie, où son père s'était installé en quittant la Roumanie avant de rejoindre la France, Roxana a suivi une trajectoire unique. Elle l'aura mené jusqu'au bout du monde. Jusqu'en haut du monde.

Quelle portée? A jamais, Roxana Maracineanu restera comme la toute première championne du monde de l'histoire de la natation française, ce qui lui confère une place unique. Avec quelques autres (Stéphane Caron et Catherine Plewinski avant elle, Franck Esposito aussi), mais plus que tous les autres, elle a contribué à décomplexer la génération suivante. Elle a été une source d'inspiration. Un modèle à suivre. Et la preuve vivante que les titres et l'or n'étaient pas réservés aux autres. Que les Français pouvaient y prendre leur part. Ils ne se sont pas gênés depuis, suivant le sillon tracé par Maracineanu.

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