Top 100: Raquil, retour de nulle part

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Suite de notre Top 100 des grands moments du sport français de ces trente dernières années. Aujourd'hui, les Mondiaux 2003 d'athlétisme remontent à la surface.

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85. L'IMPROBABLE FINISH DE RAQUIL
C'était quoi? Un moment qui tire sa force de son aspect unique et improbable. Un retour d'enfer, destination le paradis. Le tout en une seule ligne droite.
L'histoire: Il y aura dans cette série des grands moments qui ont changé durablement la face du sport français. Rien de tout ça ici. On parle d'une simple médaille de bronze dans un championnat du monde. C'est évidemment remarquable et très respectable. Mais, pour vous donne rune idée, afin de concocter ce Top 100 s'étalant sur 30 années, il a fallu laisser de côté des titres olympiques et mondiaux à gogo, des grands victoires et des immenses champions. Alors, pourquoi retenir Marc Raquil et sa troisième marche du podium aux Mondiaux de Paris en 2003? En réalité, ce n'est pas tant la fin que le moyen qui justifie sa présence ici. Nous sommes donc en finale du 400 mètres des Mondiaux 2003. Au Stade de France, Marc Raquil et Leslie Djohne figurent parmi les huit derniers prétendants au podium. Raquil, couloir 4, incarne la meilleure chance française.
Mais aux 300 mètres, il est complètement largué. Loin, très loin derrière tout le monde. Même la septième place parait hors de portée à cet instant. Distancé de cinq bons mètres du concurrent le plus proche, il est en train de passer totalement à côté de sa finale. Sûr, il va se faire tailler. Méchamment. On ne pardonne rien aux types comme lui, un peu flambeur, déconneur, insouciant, dissipé, autant d'adjectifs qui lui collent à la peau. Puis, en une poignée de secondes, Raquil va changer son destin. Il revient de nulle part. Visuellement, l'impression est incroyable. Il va beaucoup, beaucoup plus vite que les autres avec un relâchement qui contraste avec sa crispation du second virage. Raquil vient arracher sur le fil la troisième place, en 44"79, record de France à la clé. Il faut la photo finish pour départager Washington, Raquil et Blackwood qui se tiennent en trois centièmes de la deuxième à la quatrième place. C'est allongé sur le tartan, dans les bras de Leslie Djohne, que Marc Raquil découvre l'heureux résultat. L'explosion du Stade de France à cet instant est comparable à celle qui accompagnait les buts des Bleus en Coupe du monde cinq ans plus tôt.
Quelle portée? D'abord, il ne faut pas oublier qu'à deux centièmes près, Raquil serait aujourd'hui… champion du monde. En 2009, Jerome Young, vainqueur de cette course, fut en effet déclassé pour dopage. Mais on a presque envie de dire, peu importe. Plus qu'un résultat, c'est une image et une émotion, indélébiles, qui restent de ce 400m. Ou plutôt de ce 100m. Ces 100 derniers mètres, parmi les plus improbables de l'histoire des Mondiaux d'athlétisme. On parle aujourd'hui d'un finish "à la Raquil" Comme quoi il y a beaucoup de façons de marquer l'histoire. En revanche, si cette ligne droite a fait sa gloire, elle a aussi figé la carrière de Raquil, qui, malgré un titre européen en 2006, n'a plus jamais réussi à flirter avec le très haut niveau mondial.
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84. CLEMENT-GROSJEAN, MELBOURNE A L'HEURE FRANCAISE
C'était quoi? Un braquage bleu à l'autre bout du monde. Deux petits hommes qui décident de faire la Une des gazettes (très) matinales en mettant la France à l'heure australienne.
L'histoire: Depuis Roland-Garros 1983 et le duel entre Yannick Noah et Christophe Roger-Vasselin, le tennis français n'a eu qu'une seule demi-finale 100% nationale à se mettre sous la dent. Ce qui est d'une affligeante banalité pour l'Espagne ou, jadis, les Etats-Unis voire la Suède, relève donc de l'exception culturelle pour le tennis tricolore. Ce duel entre Arnaud Clément et Sébastien Grosjean en demi-finale de l'Open d'Australie 2001, c'est donc forcément une histoire qui se termine à la fois mal et bien. Après moults rebondissements, Clément gagnera le droit d'aller se faire étriller en finale par André Agassi. Dommage. On aurait aimé voir à l'œuvre Grosjean face au Yankee de Vegas. Il possédait sans doute davantage les armes pour le contrarier. On ne le saura jamais. Ce qu'on sait, en revanche, c'est que depuis, même la génération Tsonga-Monfils-Gasquet-Simon n'a réussi à nous offrir une telle demi-finale. Mais le contexte, il est vrai, est autrement plus concurrentiel ces dernières saisons qu'au début du XXIe siècle.
Quelle portée? Ce fut le point d'orgue de la carrière de Clément qui n'aura jamais l'occasion d'approcher d'aussi près une autre finale de Grand Chelem par la suite. Pour Grosjean, en revanche, ce fut davantage un point de départ. Mais le dernier carré constituera son plafond. Cette folle quinzaine australienne reste en tout cas un des temps forts de la carrière des deux hommes.
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83. LA JACQUE ATTAQUE SU SIECLE
C'était quoi? Un dépassement comme il en existe des centaines. Mais au bout de la toute dernière ligne droite de la toute dernière des 16 courses de la saison. Ce qui change tout.
L'histoire: A quoi tient un titre de champion du monde? Parfois, à rien du tout. Vraiment rien. Lors de la saison 2000, en 250cc, il se joue à quelques millièmes de seconde, à quelques mètres de la ligne d'arrivée. 16 courses. Neuf mois de bagarre. Pour tout jouer, tout gagner ou tout perdre à la sortie de l'ultime virage de l'ultime tour de l'ultime course. Un scenario invraisemblable. C'est celui qui a lié les deux coéquipiers d'alors du Team Tech 3 chez Yamaha, Olivier Jacque et Shynia Nakano. Débarrassés de l'épouvantail Valentino Rossi, tenant du titre mais passé en 500cc, le Français et le Japonais se tirent la bourre pour la succession de l'Italien. Avant le dernier Grand prix, à Philipp Island, en Australie, Jacque compte deux petits points d'avance seulement sur Nakano. La pression est sur le Français, enfin exempté des multiples pépins physiques qui ont miné le début de sa carrière. OJ joue gros. Tout au long de la course, il est derrière Nakano. Si celui-ci l'emporte, il sera champion du monde. A la sortie du dernier virage, après 111 kilomètres de course, Jacque tente un dernire mouvement. Lui, l'adepte de l'offensive, qui a bâti sa réputation à coups de ces fameuses "Jacque attaque", joue sa saison, son titre et l'essentiel de sa carrière sur cette dernière tentative. Débordant Nakano sur l'extérieur, il réussit son pari et le devance de 114 millièmes de seconde sur la ligne. 114 millièmes pour un titre. Ce n'est que la troisième victoire de la saison pour OJ., qui a moins gagné que Nakano ou même Daijiro Kato. Monstre de constance (trois victoires donc, six deuxièmes places et 12 podiums au total), Jacque a bien tenu ses comptes. Voilà bien le paradoxe du sacre d'Olivier Jacque, avant tout celui de l'extrême régularité mais conquis au prix du moment le plus dingue qui soit.
Quelle portée? Il y a le résultat et la manière. La France n'avait plus connu de champion du monde en moto depuis Christian Sarron en 1984. En quart de litre, déjà. Mais ce qui donne à la performance d'Olivier Jacque toute sa mesure, c'est assurément ce dénouement épique. S'il avait été titré à deux ou trois courses de la fin au prix d'une quatrième place, il est probable que Jacque n'aurait pas franchi les portes de la postérité avec la même force. Malheureusement pour lui, ce sommet s'est avéré sans lendemain. Passé ensuite dans la catégorie reine, Jacque n'a jamais été en capacité de s'y montrer performant.
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82. JASON, DE LA TOISON A LA MEDAILLE D’OR
C’était quoi ?  Un suspense à couper au couteau, qui s’est soldé par un sprint d’anthologie. Un moment de grâce, suspendu dans le temps et qui restera comme le plus mémorable de ces JO de Vancouver pour le clan français.
L’histoire: On est le 14 février 2010. La date pourrait être symbolique mais Jason Lamy-Chappuis est sûrement très loin de penser à la Saint-Valentin. Partager avec Marie une première médaille d’or olympique vaudrait tout de même tous les bouquets de la terre.  
Sur le petit tremplin de Whistler, une station "qui ressemble au Montana", selon lui, "Jez" s’est paré de jaune. Le dossard 45 s’élance sur la rampe. Leader incontesté de la Coupe du monde, il est le dernier à tenter sa chance. Il est en forme. Deux semaines avant ce rendez-vous olympique, le jeune homme de 23 ans a préféré zapper les épreuves de Seefeld. Son saut est bon. Juste bon. D’ailleurs, Jason comprend vite qu’il n’est pas devant. Il n’en fait pas des caisses. Ce n’est pas le genre du bonhomme. Dans l’aire d’arrivée, lui attend son résultat. 100m tout pile – un mètre de moins qu’au saut d’essai -, un total de 124 points et une cinquième place provisoire. Les juges se sont accordés sur sa note : un 18.  Rien de choquant. Un seul sauteur a fait la différence : Janne Ryynaenen, spécialiste du genre, est retombé à 105m. Son premier poursuivant, Todd Lodwick, accuse un retard de 34 secondes. Lamy-Chappuis est lui repoussé à 46 secondes du Finlandais. La médaille d’or est encore loin mais n’a rien d’inaccessible.
Pour le 10km de fond, le Français a troqué le jaune pour du bleu marine. Plus discret. Après six minutes d’effort, Ryynaenen, qui terminera 26e, se disperse et chute. Derrière, la meute est lancée à ses trousses. Morte de faim. Les Américains Spillane et Lodwick font le gros du travail. Lamy-Chappuis se fait oublier. A 2,5 km du but, ils ne sont plus que six à jouer l’or.  A 800, dans la dernière bosse, Spillane est le premier à lancer le sprint.  Lamy-Chappuis et le jeune Italien Pittin sont vigilants. Dans la ligne droite finale, la fierté de Bois-d’Amont semble facile.  Personne ne lui résiste. Il reprend l’Américain sans sourciller. Bien plus fort, il lève les bras. A 23 ans, il est au sommet de sa carrière. Et la France en tête provisoirement du tableau des médailles. A 23 ans, le Jurassien devient champion olympique. Quatre ans plus tôt, à Turin, il avait dû se contenter d’une quatrième place. Cette fois-ci, le Graal lui est réservé. Comme une évidence. 
Quelle portée ? Cette démonstration permet à Lamy-Chappuis de devenir le deuxième combiné tricolore à décrocher l’or olympique, dix-huit ans après Fabrice Guy sacré à Albertville. Elle offre aussi une visibilité sans borne à un sport confidentiel. Fer de lance du combiné en France, Jez  est prêt à déplacer des montagnes pour promouvoir sa discipline. La suite sera moins glorieuse pour le Français, quatrième avec le relais. Onze jours plus tard, dans des conditions épouvantables, il rate son concours sur le grand tremplin. Lancé dans le brouillard, Lamy-Chappuis est dégoûté. Les juges lui ont concassé son rêve de doublé historique sur l’autel de la bêtise. 
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81. LES DEESSES DU STADE
C'était quoi? Un samedi soir d'été maussade. Tristounet. Puis deux magnifiques rayons de soleil en un quart d'heure. Une forme d'euphorie collective sublimée par la performance individuelle. Et inversement.
L'histoire: Des Championnats du monde 2003, l'athlétisme français conserve une foule de bons souvenirs et un bon petit paquet de médailles. Mais cette semaine réussie va culminer en un gros quart d'heure lors de l'avant-dernière journée de compétition. Tout commence à 19h35 ce samedi 3 août. Eunice Barber bataille avec la Russe Kotova à la longueur. Avant son dernier essai, la Française doit se contenter de la deuxième place. Elle a décliné au fil des sauts. Il lui reste une dernière tentative pour aller chercher l'or. Il y a de la technique et du physique dans ce dernier saut. Mais il y a surtout une énergie folle, celle dont Barber était capable dans ses grands jours. Lorsqu'elle retombe dans le sable, elle porte un hurlement à mi-chemin entre la joie et la rage. Barber sait. Le public aussi. Il retient son explosion puis se lâche quand le tableau affiche la mesure officielle: 6.99m. C'est l'or. Barber, parfois mal à l'aise et maladroite, communie cette fois parfaitement avec son public. 
Le Stade de France jubile mais il n'a pas encore tout vu. Un gros quart d'heure plus tard, c'est l'heure de la finale du relais 4x100m dames. Les Bleues ont battu leur record de France en demi-finales et l'absence de l'Américaine Kelly White renforce leur confiance. Patricia Girard lance parfaitement  le relais. Muriel Hurtis et Sylviane Felix le maintiennent à flots. Les passages sont bons. A l'entrée de la dernière ligne droite, Christine Arron est très légèrement en retrait deTorri Edwards. Mais sur un 100m lancé, elle n'a pas d'égal. On retrouve l'express de Budapest, celui des 10"73 de l'Euro 1998. Arron mange Ewdards et rebelote pour l'or. Cinq filles en or en moins de vingt minutes. Dont Barber et Arron, deux immenses championnes qui ont en commun d'avoir alterné succès magistraux et échecs du même ordre tout au long de leur carrière. Les voir réunis temporellement dans un tel moment, c'était beau. Oui, il y a eu Jazy, Besson, Drut, Quinon, Pérec et tous les autres, dont l'accomplissement individuel a sans doute été supérieur qu'en ce début de soirée du 30 août 2003. Mais dans cette euphorie collective qui l'a porté durant ce quart d'heure hors normes, l'athlé tricolore a incontestablement vécu ce soir-là un des moments les plus forts de son histoire.
Quelle portée? Au-delà des performances sportives des unes et des autres, évidemment majeurs, il reste de ce furieux quart d'heure une atmosphère exceptionnelle. Peut-être ces dames ont-elles offert la plus belle ambiance jamais vue au Stade de France dans ses 15 années d'existence. Et ça, ce n'est pas rien. Pendant ce quart d'heure, l'enceinte dyonisienne a communié comme rarement avec ses championnes, les portant littéralement vers le succès, alors qu'en tant d'occasions (à commencer par le Mondial 1998), il est apparu réactif plus qu'actif. Peut-être n'était-ce pas le même public. En tout cas, cette harmonie totale, si rare, était belle à voir et à vivre.
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