Cizeron et Fournier Beaudry : "Tout s'est aligné pour que ce soit le choix parfait pour nous à ce moment-là de nos vies"

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Une nouvelle danse pour Guillaume Cizeron. Le champion olympique de danse sur glace a annoncé qu'il s’associait avec la Canadienne Laurence Fournier Beaudry. Le nouveau couple va représenter la France la saison prochaine. Pour Eurosport, ils évoquent ce projet d’amitié et d’ambition "un peu fou", avec les Jeux Olympiques de Milan en ligne de mire, dans un an tout juste.

Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry

Crédit: Eurosport

Comment vous est venue cette idée de patiner ensemble, et de qui vient-elle ?
Laurence FOURNIER BEAUDRY : C'était la proposition de Guillaume.
Guillaume CIZERON : Oui, c'est moi qui ai eu cette idée. C'était une idée un peu folle. Je pense que pendant longtemps, je me suis retenu de lui en parler. Je me suis dit : "Bon, ce n’est sûrement pas une bonne idée, mais quand même". Et puis un soir, je lui ai exposé l'idée pour voir, tâter le terrain et voir si ça pouvait la tenter. Ensuite, elle a pris un petit temps de réflexion.
L. F. B. : C'est sûr que j'étais très flattée d'avoir cette proposition de l'ancien champion olympique en titre et mon meilleur ami. Alors on s'est engagé à fond dans cette belle aventure.
Laurence, vous étiez dans une situation un peu particulière puisque vous aviez "perdu" votre partenaire qui ne pouvait plus patiner (son ancien partenaire Nikolaj Soerensen a été suspendu de manière indéfinie par le Bureau du commissaire à l'intégrité du sport canadien pour maltraitance sexuelle, ndlr). Est-ce que vous aviez déjà envisagé de trouver quelqu’un d’autre ?
L. F. B. : J'étais en train de réfléchir sur ma carrière, voir si je voulais continuer à patiner. C'est certain qu’à notre niveau, trouver un nouveau partenaire, c'est compliqué. C'est un nouvel investissement, une nouvelle découverte, un nouveau projet. Je m’étais dit que je pourrais peut-être faire des spectacles avec Guillaume, que je pourrais lui en parler un jour. Mais il m'a prise de court quand il m'a parlé d’un retour à la compétition avec moi. C'était une très belle surprise qui m'a amenée à réfléchir beaucoup et à sauter le pas.
Guillaume, qu’est-ce qui vous a donné envie de reprendre la compétition ? Parce que l'annonce de l'arrêt de votre carrière avec Gabriella Papadakis datait seulement du mois de décembre.
G. C. : Le fait d'être passé de l'autre côté, d'avoir entraîné, d'avoir chorégraphié beaucoup. J'ai eu un avant-goût de l'après-carrière, vraiment. Je pense que certaines fois, en coachant, j'avais l'impression de ne pas être du bon côté de la barrière. J'avais encore des choses à donner sur la glace. Je n'avais pas envisagé nécessairement de reprendre la compétition. Mais quand cette porte s'est ouverte avec Laurence (la suspension de son partenaire, ndlr), j'ai vu l'opportunité d'une certaine évolution, d'un deuxième chapitre. C'est un peu du bonus pour nous parce que nos carrières respectives ont déjà été très belles. On a eu beaucoup de succès, chacun, avec nos anciens partenaires. Là, c'est vraiment pour le pur plaisir de patiner et d'avoir de l'ambition.
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Cizeron : "C'est moi qui ai eu cette idée un peu folle de patiner avec Laurence"

Video credit: Eurosport

Quand avez-vous commencé à travailler tous les deux ?
L. F. B. : On a commencé notre vrai partenariat sur la glace à la mi-janvier. On est vraiment en train de se découvrir.
Est-ce facile de transposer une complicité dans la vie, une longue amitié à une complicité sur la glace ?
G. C. : Je pense qu'on a cet avantage d'être très liés en dehors de la glace. Cela va nous permettre de bien travailler et de prendre aussi beaucoup de plaisir. Mais c'est sûr qu'on ne reprend pas ensemble simplement parce qu'on est amis. On a beaucoup de similitudes dans notre manière de patiner. Laurence, c'est vraiment une patineuse incroyable. Tout s'est aligné pour que ce soit le choix parfait pour nous à ce moment-là de nos vies.
L. F. B. : Je crois qu'on découvre sur la glace qu'on est très polyvalents. On apprécie, on est très curieux de voir comment l'autre fait les choses. Je ne veux pas dire que ça nous sort de notre naturel, mais ça nous fait travailler différents aspects et ça nous challenge un peu. Mais c'est le challenge qui nous entraîne, qui nous pousse à avoir cette flamme pour devenir meilleur.
Qu'est-ce que vous admirez le plus l'un chez l'autre ?
G. C. : Je dirais sa persévérance. Sa grande ambition et son réel engagement à travailler pour y arriver coûte que coûte. (En s’adressant à Laurence) C'est déjà pas mal, non ? A toi !
L. F. B. : J'admire beaucoup le côté artistique de Guillaume dans tout. Il est vraiment très perfectionniste. Il veut toujours pousser la barre un peu plus loin et faire en sorte que tout ce qu'il crée soit assez unique. Je suis vraiment contente de m'associer à cette personne, à cette beauté d’âme.
Qu'est-ce que vos coaches ont pensé de cette idée de travailler ensemble, sachant qu’ils vous entraînaient auparavant avec vos anciens partenaires ? C’était un challenge pour eux aussi ?
G. C. : Oui, à 100% ! C’est vrai que ce n'est pas banal comme situation. Je pense que c'est assez inédit d'arriver à ce stade-là de nos carrières et de faire ce genre de choix. C'est très courageux de notre part, un peu fou ! J'en ai parlé à Romain Haguenauer et même à la Fédération avant même d'en parler à Laurence.
L. F. B. : Tout le monde était au courant avant moi en fait ! (rires)
G. C. : Avant de passer pour un fou auprès de toi, je voulais confirmer que je n'étais pas fou. Je le suis un peu, mais je pense que tout le monde a vu le potentiel qu'il y avait dans ce nouveau partenariat. Cela fait partie du sport de faire des paris. Je pense qu'on reprend pour les bonnes raisons. On l'a communiqué à toutes les personnes de notre entourage, les personnes qui nous accompagnent, qui nous soutiennent. Je pense que tout le monde embarque ensemble dans ce projet qui est vraiment un défi sportif pur, étant donné le temps qui nous est compté et le travail qui est nécessaire pour arriver au niveau où on veut arriver. Ça demande du travail, mais jusqu'à présent, on est allé assez vite dans l'élaboration de ce projet.
L. F. B. : On a vraiment l'impression d'avoir une collaboration artistique avec les entraîneurs. C'est un très bel échange. C'est un projet qui va tous nous amener un peu plus haut. On revient pour l'amour du sport. On embarque nos familles, nos amis, la fédération, ce qui est très touchant.
Il y a un grand défi qui vous attend avec les Jeux Olympiques de Milan dans un an. Ça va arriver vite. C’est votre objectif principal ?
G. C. : Ça fait vraiment partie des objectifs qu'on s'est fixés. Je pense qu'il y aurait de la déception si on n'y allait pas. C'est la prise de risque qu'on est prêts à prendre. On est au courant que c'est très ambitieux. On se lance un peu dans l'inconnu parce qu'il y a une grosse part d'imprévisible. On sait tous les deux qu'on est des bons patineurs, qu'on a le potentiel pour y arriver, mais on ne sait pas ce qui va arriver justement. Comme disait Laurence, c'est aussi ça qui nous anime à ce stade de nos carrières. On avait besoin d'un grand challenge pour avoir vraiment envie de revenir.
Vous allez représenter la France au niveau des compétitions nationales et internationales. Pour aller aux Jeux Olympiques, il vous faut le passeport français Laurence. C'est aussi cela le défi ?
L. F. B. : Oui c’est un défi, et c’est en cours. J'ai de la famille en France, j'ai déjà un attachement profond pour le pays. Le Québec et la France sont très proches. J'ai de la famille du côté de mon grand-père qui habite ici, j'ai des cousins. C'est une opportunité unique. C'est un honneur aussi de représenter un pays avec lequel j’ai des liens familiaux.
G. C. : Ton grand-père était très content !
L. F. B. : Je ne devrais pas le dire, mais mon grand-père a pleuré de joie quand je lui ai annoncé. Il a hâte de venir me voir en compétition avec ma grand-mère. On croise les doigts, on va faire notre saison et voir comment ça va se passer.
Justement, quel est le programme de compétition dans les mois à venir ?
G. C. : On aura une première échéance fin août, a priori. La saison débute en septembre-octobre et ça enchaîne ensuite jusqu’aux Jeux Olympiques et aux Championnats du monde en 2026. C'est à peu près une compétition toutes les deux semaines.
L. F. B. : Oui, une fois que ça aura commencé, on n’aura plus de pause.
Vous êtes en train de travailler sur les programmes de la saison prochaine ?
L. F. B. : Oui, on est dans la phase créatrice, et ça se passe bien.
G. C. : On a une page blanche. On essaie de découvrir nos couleurs, d'apporter des choses. L'idée, c'est de ne pas reproduire ce qu'on a pu faire avec nos partenaires respectifs et de créer quelque chose qui va nous être propre. Je pense qu'on va se découvrir nous-mêmes en même temps que le public va nous découvrir.
L. F. B. : On s'est beaucoup vus de l'extérieur, étant donné qu'on s'entraîne ensemble depuis plus de dix ans, ce qui nous donne un regard différent. On a de belles ambitions l'un l'autre et une belle vision pour l’avenir.
Propos recueillis par Anne BOYER
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