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Péchalat, un visage moderne à la tête du patinage français

Péchalat, un visage moderne à la tête du patinage français
Par AFP

Le 14/03/2020 à 20:24Mis à jour Le 14/03/2020 à 20:53

Nathalie Péchalat, élue à la tête de la Fédération française des sports de glace (FFSG) samedi, incarne un visage moderne pour le patinage français, fragilisé par le récent scandale de violences sexuelles et sa gestion par son président Didier Gailhaguet, longtemps inamovible.

Nathalie Péchalat, élue à la tête de la Fédération française des sports de glace (FFSG) samedi, incarne un visage moderne pour le patinage français, fragilisé par le récent scandale de violences sexuelles et sa gestion par son président Didier Gailhaguet, longtemps inamovible.

Un contraste avec Gailhaguet

Femme, trentenaire, ancienne championne de danse sur glace, qu'on voit jusque dans les magazines people avec son mari, l'acteur star Jean Dujardin : en termes d'image, le contraste est saisissant entre Péchalat et Gailhaguet, 66 ans, poussé à la démission après plus de deux décennies presque sans discontinuer passées à la présidence de la FFSG.

Didier Gailhaguet, président de la Fédération Française des Sports de Glace

Didier Gailhaguet, président de la Fédération Française des Sports de GlaceGetty Images

A 36 ans, Péchalat devient une des deux seules femmes présidentes de fédérations olympiques - sur 36 - avec Isabelle Lamour, qui dirige celle d'escrime. A l'échelle de la FFSG, c'est une première. A ses yeux toutefois, "ça reste anecdotique". Sa jeunesse est aussi très inhabituelle. Néanmoins il faudra attendre pour savoir si elle pourrait ouvrir la voie à une nouvelle génération de dirigeants sportifs.

Une fois la démission de Gailhaguet actée, Péchalat n'a pas hésité longtemps - quatre jours seulement - à se lancer. Ça n'a pas été du goût du collectif rassemblant d'anciens patineurs français, notamment Philippe Candeloro, Sarah Abitbol et Gwendal Peizerat, qui a regretté qu'elle ait "préféré se présenter de façon individuelle".

" C'était une surprise"

"Candidater à la présidence de la FFSG était un projet mais plutôt à long terme. Je n'avais aucune ambition de le faire si rapidement, mais les derniers événements ont accéléré cette démarche, justifie Péchalat. Les choses se sont soudainement alignées, et ça m'a paru logique de m'engager."

Le monde du patinage, dans lequel elle évolue depuis trente ans, raconte qu'il ne lui connaissait pas du tout cette ambition présidentielle. "C'était une surprise, c'est presque inespéré que quelqu'un comme ça, une ancienne athlète de haut niveau se présente. Ça a du sens", estime Guillaume Cizeron, quadruple champion du monde de danse sur glace avec Gabriella Papadakis, qui soutenait sa candidature.

"Elle était toujours présente pour porter la voix des athlètes", se souvient cependant le champion d'Europe 2011 de patinage artistique Florent Amodio. Pour Candeloro, Péchalat a "tiré son épingle du jeu, elle a sauté sur l'occasion, elle s'est dit que ça pouvait être une opportunité pour elle. Si elle a du temps à passer à la fédération et qu'elle pense qu'elle peut faire avancer les choses, elle a eu raison."

Si l'ancien patineur "trouve un peu bizarre dans le comportement et l'esprit" qu'elle ne fasse "pas appel à nous en tant que médaillés olympiques" et attend qu'elle fasse ses preuves, "c'était un des noms qu'on avait émis dès le départ dans notre réflexion collégiale", reconnaît-il toutefois.

Un caractère bien trempé

Tous la décrivent comme ayant un caractère bien trempé : "pas sa langue dans sa poche" et sachant "rentrer dans le lard". "Quand elle aura besoin de dire merde, elle saura le dire, avec ou sans les formes", résume Candeloro à l'AFP.

Venue au patinage artistique enfant, à sept ans, Péchalat n'a "jamais quitté la glace" depuis. Avec son partenaire, Péchalat est devenue double championne d'Europe (2011 et 2012) et double médaillée de bronze mondial (2012 et 2014) en s'exilant successivement à Moscou, entre 2008 et 2011, et aux Etats-Unis. Mais le podium olympique s'est refusé à eux (7e aux JO-2010, 4e aux JO-2014) jusqu'à leur retraite sportive en 2014.

2014 JO Sotchi Péchalat Bourzat

2014 JO Sotchi Péchalat BourzatAFP

Le temps de la compétition achevé, la danseuse sur glace s'est muée en consultante télé, a mis sur pied des stages de patinage, est restée à la commission des athlètes du comité olympique français, est devenue ambassadrice de l'association de lutte contre les violences sexuelles "Colosse aux pieds d'argile", ou encore a donné des conférences en entreprise, sur le thème du doute.

D'abord discrète quand le patinage a été rattrapé par les affaires de violences sexuelles il y a un mois, elle a fini par prendre la parole dans une tribune signée par une cinquantaine de sportifs français. Hors de la glace, sa notoriété a grandi avec sa participation à l'émission "Danse avec les stars" en 2014. Et surtout du fait de sa relation avec Jean Dujardin - qu'elle a récemment affirmé "soutenir dans tous ses choix artistiques" lors de la polémique autour de la récompense accordée au dernier film de Roman Polanski aux César, dans lequel l'acteur joue un rôle de premier plan.