Patinage artistique - Gabriella Papadakis sur son duo avec Hubbell : "C'était important pour nous de briser les codes"

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L’ancienne danseuse sur glace Gabriella Papadakis a bousculé les codes de son sport en patinant avec une femme, Madison Hubbell, le 6 février dernier à Zurich lors du spectacle "Art on Ice". Pour Eurosport, la championne olympique de 29 ans s'exprime au sujet de ce choix symbolique et des portes qu’elles ont voulu ouvrir.

Papadakis sur son duo 100% féminin : "Je ne m'attendais pas à si peu de commentaires négatifs"

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Propos recueillis par Anne Boyer
Gabriella, vous revenez d’une série de galas avec Art on Ice, où vous avez retrouvé la glace après votre retraite, en patinant non pas avec un partenaire, mais une partenaire, votre amie Madison Hubbell. Il y a eu beaucoup de réactions à ce duo femme-femme sur la glace. Vous vous y attendiez ?
Gabriella Papadakis : Je m’attendais à ce qu’il y ait beaucoup de regards tournés vers nous, du milieu du patinage, parce que c’est quelque chose de nouveau qui n’a pas été trop fait avant, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il y en ait autant qui viennent de l’extérieur, des médias... Ça a été une grosse surprise, mais c’est tant mieux ! C’est drôle parce que je m’attendais aussi à ce qu’il y ait des commentaires négatifs, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il y en ait aussi peu. Les gens étaient très enthousiastes, la grande majorité avait envie de nous voir et ont été très contents. C'était vraiment chouette.
C’était une première avec deux patineuses de ce niveau-là, une championne et une vice-championne olympique. Vous avez voulu aussi profiter de cette visibilité pour faire passer un message ?
G.P. : Oui, c’est sûr que tout ce qui sort de l’ordinaire, tout ce qui est nouveau, ça vient briser des codes et des règles établies. Pour nous, c’était vraiment important. Au début, c’est simplement parti d’une envie de patiner entre amies, et puis en réfléchissant à notre pratique, à comment on allait le faire et en ayant des retours de gens de notre milieu, on s’est rendu compte que ça avait une grande signification pour beaucoup de gens et pour notre sport.
C’était aussi une façon de représenter d’autres communautés, d’avoir un regard différent sur cette tradition d’un duo forcément composé d’un homme et d’une femme ?
G.P. : Oui, j'ai grandi sans jamais vraiment questionner le fait que la danse sur glace se pratique entre un homme et une femme. Ça m’a pris très longtemps avant de réfléchir à ce qu’on attend différemment des hommes et des femmes, les rôles qu’on leur attribue et aussi pourquoi ça doit être un homme et une femme et pas deux femmes ou deux hommes ensemble. Et moi, j'aime beaucoup me poser des questions : est-ce que ce que l’on fait, c'est vraiment la meilleure des options ? Je ne le sais pas, mais ça vaut le coup d’essayer autre chose.
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Le fait de casser ces normes de genre dans le couple peut-il ouvrir de nouvelles perspectives ?
G.P. : En fait, il y a beaucoup plus de filles qui pratiquent le patinage que de garçons, encore maintenant. Et malheureusement pour l’instant, la seule option pour avoir une carrière, pour faire de la compétition, c’est de former un couple avec un garçon pour les jeunes filles. Or il y a très peu de filles qui ont la chance de trouver un partenaire masculin. De mon point de vue, on perd beaucoup de talents, plein de jeunes filles qui voudraient pratiquer le patinage, mais qui ne le peuvent pas. Donc mathématiquement ça créé un déséquilibre qui est difficile à gérer tant qu’on est encore coincé là-dedans. Donc, pour moi, ouvrir la compétition aux patineurs de même sexe permettrait aux jeunes filles d’avoir beaucoup plus de choix et d’opportunités d’avoir une carrière.
On sait à quel point vous aimez le processus de création, est-ce que vous avez dû réapprendre à danser avec une partenaire, Madison, avec qui vous n’aviez pas les mêmes repères ?
G.P. : Alors déjà, c’était un challenge de patiner avec quelqu’un avec qui je ne l’avais jamais fait auparavant ! C’était surtout ça, peu importe que ce soit un garçon ou une fille. Et puis, Madison et moi, on a appris à patiner de manière très différente, avec des techniques différentes, plein d’inspirations différentes. Ça a été tout un travail de s’adapter l’une à l’autre. Je pense qu’on avait aussi développé pendant notre carrière une grande capacité d'adaptation, ça a beaucoup facilité le fait de patiner ensemble. Mais évidemment, le temps était restreint pour monter ce programme, on n’a eu que trois ou quatre semaines, on a fait ce qu’on a pu. Mais ça a été chouette d’apprendre autre chose. Et puis quand on patine avec une femme, il n’y a pas de scénario pré-écrit, on ne se dit pas d’office 'c’est la fille qui se met devant et le garçon derrière'. Parce qu’il y a quand même tout un langage qui existe quand on patine dans un couple mixte et c’est un langage qui n’existe plus vraiment quand on est deux femmes ou deux hommes ensemble. C'était chouette à explorer.
Mais avec votre partenaire de toujours, Guillaume Cizeron, vous n’étiez déjà plus dans ces stéréotypes où l’homme dirige et la femme suit. Vous avez voulu aller encore plus loin avec Madison ?
G.P. : Oui, c’étaient des réflexions que j’avais depuis quelques années déjà. J’avais envie que ma pratique du patinage, que ce que je crée corresponde aussi à la façon dont j'envisage le monde et mes relations. J'avais envie qu'il y ait une concordance. Mais c'est sûr qu'avec Guillaume, on avait des habitudes donc c'était difficile d'en sortir. Quand on a patiné ensemble avec Madison, d'un coup, ces habitudes ne pouvaient plus vraiment exister. J’ai été propulsée hors de ma zone de confort et j'ai trouvé ça particulièrement enrichissant.
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Concernant les réactions qu'il y a eues autour de votre performance avec Madison, est-ce que vous avez senti que cela répondait à une attente ? 
G.P. : Oui, j'ai reçu plein de messages, c'était trop cool. Plein de gens, de femmes m’ont dit 'si j'avais pu avoir cette opportunité-là, j'aurais sûrement continué le patinage plus longtemps'. Ou des jeunes filles qui me disaient : 'il n'y a pas de garçons dans notre club, j'ai envie de patiner avec une copine, comment on peut faire ? J'aimerais trop qu'on puisse avoir le droit'. Ou simplement des gens qui n'étaient pas du tout intéressés par le patinage et qui, d'un coup, se sont dit 'maintenant que je vois deux femmes ensemble, ça m'intéresse'. Pour moi, c'est aussi une façon d'attirer un nouveau public sur le patinage et de le rendre encore plus populaire.
Le Canada a autorisé il y a 2 ans deux partenaires de même sexe à patiner ensemble en compétition nationale. Avez-vous eu des discussions avec les instances internationales après votre performance, pour aller plus loin ?
G.P. : Oui, c'est tout un mouvement qui s'est enclenché il y a déjà un petit moment. On n'est pas les seules à vouloir faire en sorte que ça existe. Il y a des gens dans les instances des fédérations, nationales et internationales, qui ont envie de pousser le projet, de voir comment ça peut marcher. Au Canada, il y a déjà des couples jeunes qui participent à des compétitions au niveau national. Plus ces couples-là prendront du niveau, plus les instances internationales vont devoir et vouloir s'adapter. Pour moi, c'est juste une question de temps. Madison et moi, avec les carrières qu'on a eues, la visibilité qu'on pouvait amener sur ce projet, on avait envie de patiner ensemble pour montrer ce que ça pouvait donner. On avait envie de faire partie de ce mouvement et de promouvoir ce projet pour apporter notre pierre à l'édifice. C’est important de faire évoluer la culture du sport, Adam Siao Him Fa l’a fait aussi avec son backflip.
Allez-vous continuer à patiner ensemble ?
G.P. : À la base, on avait juste envie de faire des petites vidéos avec Madison, donc on verra. On s'est fait inviter à ce spectacle-là (Art on Ice), et depuis il y a eu plein de gens curieux qui veulent nous inviter à d'autres spectacles. Il n'y en a rien de prévu spécifiquement, donc on verra. Ça ouvre plein de possibilités !
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