Tournois des VI nations - 2e journée : Ecosse, de l'importance de devenir constant
Par Laurent Vergne
Publié 09/02/2023 à 23:51 GMT+1
VI NATIONS – Pour la troisième année consécutive, l'Ecosse a lancé son Tournoi par une victoire. Pas n'importe laquelle puisque le XV du Chardon s'est imposé à Twickenham pour empocher la Calcutta Cup. Mais en 2021 et 2022, les Ecossais n'avaient pas réussi à enchaîner. Ils espèrent le faire ce week-end contre le pays de Galles, histoire d'entériner leurs récents progrès.
Duhan van der Merwe et l'Ecosse à nouveau bien lancés dans le Tournoi.
Crédit: Getty Images
Le pays de Galles à bout de souffle avec une génération magnifique mais vieillissante, l'Angleterre empêtrée dans la crise, l'Italie en progrès mais bien trop juste encore pour jouer un rôle majeur… Et si l'équipe d'Ecosse était la seule à pouvoir envisager de s'immiscer dans le duel annoncé entre le tenant du titre français et son rival irlandais ? Après sa victoire à Twickenham en terre anglaise samedi dernier, la tentation pourrait être grande pour le XV du Chardon de se projeter vers la suite, avec un déplacement à Paris lors de la 3e journée puis dans la foulée, la réception des Irlandais à Murrayfield.
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Stuart McInally pose avec la Calcutta Cup après la victoire écossaise en Angleterre.
Crédit: Getty Images
Mais c'est tout ce que les hommes de Greg Townsend veulent éviter. C'est la troisième année consécutive qu'ils entament leur Tournoi par une victoire contre l'Angleterre. Derrière, ils n'avaient pas su confirmer, s'inclinant à chaque fois contre le pays de Galles. En 2021, chez eux, ils avaient même sombré après avoir mené 17-3 juste avant la mi-temps.
Cette inconstance, c'est le péché mignon de ces Ecossais qui reviennent doucement dans le jeu mais restent capables du très bon comme du pire, parfois au cœur d'un même match. Et pas que dans le Tournoi. Lors des tests de novembre, face à la Nouvelle-Zélande, ils se sont noyés d'entrée pour être menés 14-0 au bout de sept minutes, avant de coller un 23-0 Blacks pour finalement s'incliner 31-23.
"C'est un problème etc'est vrai que les deux derniers Tournois, on a débuté par une victoire mais sans être capable d'enchaîner lors de la deuxième semaine, admet Greg Townsend. On doit aussi s'améliorer dans la gestion en cours de match : quand la dynamique devient favorable à l'adversaire, que l'on garde notre cohésion et le contrôle de nos émotions, que l'on sache ce que l'on a à faire". Malgré ce troisième succès de rang contre l'Angleterre, c'est peu dire donc que le sélectionneur et son staff restent sur leurs gardes avant la venue à Murrayfield du moribond gallois.
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Gregor Townsend, le sélectionneur de l'Écosse.
Crédit: Getty Images
C'est le message que n'a par exemple cessé de faire passer Pieter De Villiers cette semaine. L'ancien pilier bleu aux 68 sélections est désormais le responsable de la mêlée écossaise. Le danger du relâchement a été selon lui "un sujet de discussion dès la fin du match à Twickenham". "C'était une belle victoire mais nous ne pouvons pas nous attarder sur samedi, ajoute l'ancien joueur du Stade Français. Nous devons passer rapidement à la suite car il y a beaucoup de choses à régler. Je pense qu'une bonne victoire à Twickenham a pu être un tel moment de plaisir dans le passé que nous avons peut-être été un peu lents à passer au match suivant."
La victoire à Twickenham a permis à l'Ecosse de s'installer à la 5e place du classement mondial, meilleure place égalée. Elle a désormais un statut à faire valoir, celui d'une équipe en embuscade à quelques mois de la Coupe du monde. Reste à mettre pleinement en adéquation un potentiel certain avec les résultats. En finissant à la 4e place du Tournoi ces deux dernières années, elle a terminé à chaque fois avec la mention "Aurait pu et dû faire beaucoup mieux." "Les Ecossais n'exploitent pas tout leur potentiel depuis un petit moment, si vous regardez bien leur effectif, il y a des joueurs de classe mondiale à plusieurs postes", juge ainsi Shane Williams.
Question de maturité ?
Pour l'ancien feu follet gallois, l'Ecosse-Galles de samedi sera ainsi au moins autant un révélateur pour le XV du Chardon que le récent déplacement à Twickenham. "C'est un match qui sent le piège pour les Ecossais, a-t-il estimé sur la BBC. Le pays de Galles a perdu nettement face à l'Irlande à domicile et eux restent sur une victoire marquante, tous leurs supporters attendent un succès facile. Jusqu'ici, ils ont eu du mal à gérer ce genre de situations. Mais je crois quand même que la bascule s'est opérée pour de bon entre les deux équipes. Nous ne sommes plus dans les années 2010..."
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L'an dernier, Finn Russell et l'Ecosse avaient trébuché contre le pays de Galles.
Crédit: Eurosport
Shane Williams a raison de souligner que l'Ecosse dispose de talents individuels comme elle n'en avait plus eu depuis longtemps, à l'image de son ailier Duhan van der Merwe, auteur de l'essai de la gagne à Londres le week-end dernier. Un essai phénoménal. S'il tente d'appliquer les préceptes prudents du staff, il a du mal à ne pas enclencher la marche avant de l'emballement : "Nous devons prendre match par match, oui, mais nous pensons aussi que nous pouvons battre désormais n'importe quelle équipe parce que nous avons un groupe de qualité, très uni, très soudé. Alors, pourquoi pas ?"
Commencez déjà par battre les Gallois, pourrait lui répondre Greg Townsend ou Pieter De Villiers, qui s'échinent à trouver le remède à ce mal récurrent de l'inconstance. "Il y a pu y avoir un peu de complaisance par moments, note le Français. Une sous-estimation de l'adversaire, de temps à autre. C'est peut-être aussi le fait de s'attarder trop longtemps sur la victoire, de ne pas passer immédiatement à autre chose. C'est un mélange de tout ça. Il y a une question de maturité, sans doute. Mais le groupe a progressé sur ce plan et j'espère que ça se verra contre les Gallois."
Cette Ecosse-là en est au stade où elle pressent qu'elle n'est plus très loin du compte. Presque là, mais pas encore. Signer une deuxième victoire de rang, ce serait autant une victoire sur eux-mêmes que sur ces Gallois auxquels ils sont probablement intrinsèquement supérieurs aujourd'hui. Si tout se passe bien, il sera alors temps de se projeter sur l'enchaînement France puis Irlande. Et là, ce Tournoi pourrait devenir très intéressant pour les hommes du Chardon.
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