Assassinat Federico Martin Aramburu I Le témoignage d'un enquêteur ébranle la défense des deux accusés

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"Les personnes qui veulent tuer vont souvent vider leur chargeur totalement", jusqu'à la dernière balle, comme l'ont fait en 2002 les deux principaux accusés du procès pour l'assassinat de Federico Martin Aramburu, a expliqué mercredi un enquêteur dans un témoignage qui fragilise la défense devant la cour d'assises de Paris.

Les obsèques de Federico Martin Aramburu.

Crédit: Getty Images

L'ancien militaire Loïk Le Priol, 35 ans, et l'ex-étudiant en droit d'Assas Romain Bouvier, 32 ans, qui encourent la perpétuité respectivement pour assassinat et tentative d'assassinat, reconnaissent avoir tiré sur l'ex-rugbyman argentin Federico Martin Aramburu. Mais ils nient toute intention homicide, évoquant la légitime défense pour l'un, concédant des violences avec armes pour l'autre. Ils affirment avoir agi par "peur", par "réflexe", parce qu'ils avaient eu peur de la puissance physique de Martin Aramburu qui n'était pas armé.
Les tirs, dont les deux mortels sont le fait de Le Priol, étaient intervenus peu après 6h le 19 mars 2022, dans les beaux quartiers parisiens, en épilogue d'une rixe alcoolisée née sur une terrasse parisienne proche des lieux du crime.
Bouvier a d'abord tiré quatre fois, vidant son barillet "en quatre secondes", détaille le commissaire. Le Priol, arrivé sur place quelques secondes après, avait un revolver à six coups, qu'il a tous utilisés, "en quatre secondes" également, a poursuivi ce policier de la brigade criminelle.
L'enquêteur a relevé la bonne maîtrise que les deux hommes avaient des armes : Le Priol est un ancien des forces spéciales et s'exerçait sans doute au tir dans le domaine familial, près de Draguignan, a-t-il dit.
En ce qui concerne Bouvier, qui avait pourtant interdiction d'en posséder ou d'en acquérir, plusieurs dizaines d'armes ont été retrouvées en perquisition, disséminées dans son appartement de la très chic rue des Saints-Pères.
Ainsi que plus de 1.000 munitions, comme l'a relevé Yann Le Bras, conseil de Maria Codino Aramburu, la veuve du rugbyman : avec cette découverte, "diriez-vous qu'on a affaire à un collectionneur d'armes du XIXe siècle" comme Bouvier se dépeint lui-même, interroge l'avocat.

Etrange collectionneur

"On peut s'interroger sur le fait que la collection soit étalée partout dans l'appartement. D'un collectionneur, on peut s'attendre plus à des armes dans des vitrines, protégées", "neutralisées ou rangées dans un coffre", répond le policier.
Le policier confirme que l'enquête n'avait mis au jour "aucun lien" entre le crime "et l'engagement politique" d'ultradroite des deux hommes, "des personnes aisées", "soutenues par leurs familles". Mais interrogé par l'avocat général Philippe Courroye sur leur "tropisme vers la violence", il acquiesce : dans cette mouvance, "on aime les choses un peu violentes, on se réfère à des archétypes un peu extrémistes".
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Shaun Hegarty et Maria Aramburu, accompagnés de leurs avocats, arrivent au palais de justice pour l'ouverture du procès de Loïk Le Priol et Romain Bouvier.

Crédit: Getty Images

Autre point gênant pour les accusés, la comparaison de leur comportement et de leur agressivité avec ceux de la victime et de son ami Shaun Hegarty, qui avaient certes bu mais ont été décrits par les témoins comme "affables et polis".
Lors de la dispute, c'est Le Priol qui commence par faire "monter la tension en allant mettre des petites gifles à M. Hegarty" sur la terrasse. En partant, Aramburu met au sol Le Priol, en tirant sur sa capuche. Une bagarre s'ensuit, interrompue par le personnel de la brasserie. Les rugbymen s'éloignent.

Verdict prévu le 25 septembre

Les témoignages montrent alors qu'à l'inverse, Le Priol et Bouvier "veulent encore en découdre", selon le policier. Le Priol est "très nerveux", Bouvier "reproche au videur d'être intervenu". Parce qu'il "redoute une continuation des violences", un serveur leur ment et leur dit que les rugbymen sont "partis en taxi, que ce n'était pas la peine de les chercher".
Pendant que Le Priol part dans la même direction, Bouvier monte dans la Jeep. La compagne du premier, jugée elle pour tentative de complicité d'assassinat, prend le volant. Avec l'objectif de récupérer Le Priol, pas de rechercher Hegarty et Martin Aramburu pour s'en prendre à eux, assure la défense.
Sauf que le véhicule s'arrête pile au niveau des deux amis. La lumière est suffisante pour que ses occupants les reconnaissent et soient certains que Le Priol n'est pas là, explique le policier. Qui dit sa conviction: "Quand Bouvier rentre dans la Jeep" avec la compagne de Le Priol, "il y a une intention de retrouver" les rugbymen. Verdict prévu le 25 septembre.
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