Coupe du monde de rugby 2023 - Olivier Magne : "Je suis inquiet pour l’Angleterre"

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Olivier Magne a suivi tous les matches estivaux de l’Angleterre en sa qualité de consultant télé. L’ancien troisième ligne international dépeint une équipe en souffrance, loin de ce qu’elle était encore il y a quatre ans lors de la dernière Coupe du monde. Au point d’être en danger pour sortir de sa poule, pourtant bien moins relevée que celle de la France ou de l’Irlande.

Lafond : "La France est en pole position, l'Angleterre est au fond de la grille"

Video credit: Eurosport

Que vous inspire l’Angleterre ?
Olivier Magne : C’est une équipe qui se cherche avec des joueurs qui ne savent pas trop quel projet a été amené par le sélectionneur Steve Borthwick. Elle est dans l’expectative à l’image de son rugby domestique. Elle cherche un renouveau après ce qu’elle a connu il y a quatre ans et pour l’après Eddie Jones.
Avez-vous déjà connu par le passé une équipe anglaise autant en souffrance sur son rugby ?
O. M. : Non ! Jamais dans ce qu’on connaît de l’histoire moderne du rugby anglais une équipe, une fédération et un championnat n’ont semblé autant désorganisés. Il y a eu les déconvenues qu’on connaît sur les plans économique et structurel et c’est tout un système dont souffre aujourd’hui l’équipe nationale et qui est à remettre en place. Il y a beaucoup d’incertitudes qui pèsent très lourd sur les joueurs et ne leur permet pas de s’exprimer dans de bonnes conditions.
Quels sont les manques de cette équipe aujourd’hui ?
O.M. : Son problème est finalement de ne pas savoir sur quel pied danser, quel jeu pratiquer. Est-ce un jeu d’occupation avec une pression défensive importante et en jouant vite sur des ballons de récupération ? Ou alors un jeu qui consiste à prendre le jeu à son compte, mettre du mouvement, avoir de la possession et des joueurs qui se proposent, avec une conquête forte ? On ne sait pas. Apparemment, les joueurs ont manifesté leur désir de se lancer dans un jeu offensif mais cela prend du temps à se mettre en place.
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Owen Farrell (au premier plan) lors d'un match entre l'Angleterre et le pays de Galles - 12/08/2023

Crédit: Imago

Comment l’Angleterre a-t-elle pu tant décliner depuis le dernier Mondial, pendant lequel elle a été vice-championne du monde ?
O.M. : On a parlé des problèmes du système mais il n’y a pas que ça. Il y a peut-être aussi une forme de lassitude de certains joueurs qui manqueraient un peu de motivation par rapport à un projet qui n’a pas su se renouveler. Cette équipe n’a pas su rebondir avec un discours nouveau et de nouveaux challenges. Des garçons qui ont été importants dans cette équipe comme Farrell, Lawes ou Itoje sont peut-être un peu vieillissants et lassés d’un environnement peu propice à la performance.
L’ouvreur anglais George Ford a essuyé beaucoup de critiques de la part de la presse anglaise…
O.M. : Il faut reconnaître que dans ce rugby où il faut soutenir une intensité, une volonté de déplacer le ballon à la main avec des changements de rythme importants… Ford peut exister dans un certain rugby mais aura plus de mal dans celui-là. Il a du mal à se renouveler dans ce rugby qui va très vite.
Steve Borthwick a repris l’Angleterre au début d’année à la place d’Eddie Jones. Est-ce qu’il n’a pas été trop frileux dans le jeu qu’il a voulu mettre en place ?
O.M. : Il y avait beaucoup d’attentes envers cet entraîneur qui a de l’expérience, qui a gagné avec Leicester avec une certaine forme de jeu mais qui devait aussi s’adapter au rugby international. Il a dû être tiraillé entre la gagne et se lancer dans un jeu qui, dans un premier temps, peut amener des défaites. Cela ne lui a pas permis de basculer sur un rugby offensif mais il n’est jamais trop tard. La Coupe du monde peut être une bonne opportunité pour lui.
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Maro Itoje [Angleterre] lors de la débâcle face aux Fidji - 26/08/2023

Crédit: Getty Images

Doit-on être inquiet pour cette équipe même pour passer les poules ?
O.M. : Oui, tout à fait. Je suis inquiet pour l’Angleterre. On sait qu’il y a énormément d’attente, avec une équipe qui ne peut pas se permettre de ne pas se qualifier au moins pour les quarts de finale. Ce serait vu de manière très négative. Elle me fait clairement penser à l’équipe de France en 2015. Je pense qu’elle a tout intérêt à se lâcher pour faire oublier ce rugby qui ne plaît pas. À un moment il faut y aller, quitte à perdre.
L’Argentine est-elle au-dessus aujourd’hui ?
O.M. : Objectivement, oui ! Après, un match de rugby reste un match de rugby, entre deux nations qui ont connu des problèmes même si cela va un peu mieux pour l’Argentine. Je pense que les Pumas sortiront vainqueurs de ce duel avec les Anglais.
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