Eurosport
Ian Foster, sélectionneur de la Nouvelle-Zélande : "Se focaliser uniquement sur Dupont serait une erreur"
Par
Publié 28/03/2023 à 00:52 GMT+2
COUPE DU MONDE - Le Tournoi des 6 Nations est désormais dans le rétro. Ian Foster l'a suivi avec attention. A moins de six mois du match d'ouverture de la Coupe du monde au Stade de France contre le XV tricolore, le sélectionneur des All Blacks connait la valeur des Bleus, qui dépasse de loin la valeur de son capitaine et demi de mêlée Antoine Dupont.
Ian Foster, sélectionneur de l'équipe de Nouvelle-Zélande.
Crédit: Imago
De retour en Nouvelle-Zélande après son séjour en Europe, Ian Foster, le coach des All Blacks, aura eu une semaine bien chargée. De Twickenham, où il a assisté à la superbe victoire du XV de France sur l’Angleterre, en passant par Murrayfield, mais aussi Lyon qui sera le futur camp de base des Néo-Zélandais, et les tribunes du Stade de France pour la dernière rencontre du XV de France face au Pays de Galles, l’homme fort des All Blacks nous a accordé un entretien à bâtons rompus.
Propos recueillis par David Dybman
C'est désormais officiel, Scott Robertson (NDLR : ancien joueur de Perpignan et actuel coach des Canterbury Crusaders) sera à la tête des All Blacks après la Coupe du monde. Qu'en pensez-vous ?
Ian FOSTER : Je ne suis pas persuadé que le timing soit le bon pour une telle annonce. Quand d'autres nations ont mis la Coupe du monde comme leitmotiv, nous avons passé les derniers mois à parler uniquement de ma succession. C'est pour cela que j'avais dit que je partirai après la Coupe du monde. Ma décision était prise, je l'avais annoncée pour ne pas donner la possibilité de spéculer sur le sujet, pour que l'on se focalise sur le jeu. Mais pour d'autres membres du staff, ce n'est pas la même chose, c’est compliqué de bien travailler tout en te disant que dans six mois tu ne seras plus là... Maintenant, il faut se concentrer sur la Coupe du monde.
En parlant de la Coupe du monde, comment avez-vous trouvé votre futur adversaire face à l'Angleterre et au pays de Galles ?
I.F. : Si l'on prend le premier match auquel nous avons assisté (NDLR : Ian Foster était en Europe avec ses adjoints Joe Schmidt et Jason Ryan entre autres) contre l'Angleterre, c'était une superbe rencontre. Après un début de tournoi en demi-teinte, les Français avaient vraiment besoin d'un match de ce niveau, de reprendre de la confiance. Lors des premières rencontres on avait l'impression que les joueurs manquaient de cohésion dans leur jeu. Contre les Anglais ils ont remis les pendules à l’heure.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2023/03/11/3651735.jpg)
Les Bleus se sont régalés à Twickenham
Crédit: Getty Images
Si vous deviez comparer cette équipe à celle que vous avez affronté il y a deux ans au Stade de France (Victoire française 40/25), en quoi cette équipe de France est-elle différente ?
I.F. : En 2021 nous sortions d’une série de 10 matches en 12 semaines, nous étions peut-être un peu fatigués. L’ambiance en revanche était juste exceptionnelle. Les Français avaient su capitaliser l’apport du public lors de cette rencontre. Leur première mi-temps avait été excellente. Ils ne sont pas numéro 2 au classement mondial pour rien.
Si l'on revient à cette rencontre de Twickenham, vous avez eu quelques certitudes en ce qui concerne le niveau de jeu des Bleus. Avec une charnière qui semble se trouver les yeux fermés.
I.F. : Plus ils jouent ensemble, plus ils sont dangereux, c'est une certitude. Antoine Dupont pèse énormément sur le jeu de l'équipe de France. Il distribue le jeu à merveille, emploie le jeu au pied quand il le faut. Mais attention, il ne fait pas tout. Se focaliser uniquement sur lui serait une erreur.
Justement, au-delà de cette ligne de trois quarts, le pack du XV de France fait également figure d'épouvantail…
I.F. : C'est sûr, la troisième ligne française a encore été omniprésente face aux Anglais. Elle a été exceptionnelle, elle a pu briller grâce à un cinq de devant qui a dominé son homologue anglais. Thibaud Flament a été étincelant durant la rencontre. Ce groupe a vraiment gagné en confiance. Durant la rencontre, les avants ont effectué un très gros travail préparatoire pour fixer un maximum les Anglais et laisser les trois quarts jouer en avançant. La première ligne du XV de France est de très haut niveau, tout comme la troisième ligne, omniprésente. J'ai vraiment hâte que l'on puisse se retrouver en septembre prochain.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2023/03/20/3660507.jpg)
Thibaud Flament - Antoine Dupont
Crédit: Eurosport
Le lendemain de cette victoire française, vous preniez l'avion pour voir l'Irlande affronter l’Ecosse…
I.F. : L'occasion de voir de nouveau cette équipe d'Irlande en action. L'Ecosse a bien joué mais il faut vraiment tirer un coup de chapeau aux Irlandais. Ils ont réussi à se sortir d'une situation difficile. Ils croient en leur jeu, n'abdiquent jamais. Jusqu’à la fin de la rencontre, ils sont là, présents. Ils ont toujours la ressource pour changer une situation qui semble mal engagée.
La place de numéro 1 mondial est donc plus qu'amplement méritée.
I.F. : Je pense que personne ne peut dire le contraire. L'Irlande était déjà numéro 1 mondial en 2019 mais n'a pas remporté la Coupe du monde. De notre côté nous avons été numéros un mondiaux pendant quelques années mais nous n'avons pas toujours remporté le trophée mondial. L'important en cette année de Coupe du monde sera d'être prêts au bon moment.
Revenons à l’équipe de France. Vous étiez également au Stade de France pour assister à la rencontre face au Pays de Galles. Ce match, qui était la dernière rencontre officielle du XV de France avant de vous affronter en septembre prochain, vous a-t-il donné quelques enseignements ?
I.F. : Peut-être (rires). L'ambiance au stade était juste extraordinaire. Sur le plan du jeu, les Français ont été très rapidement mis sous tension par les Gallois qui ont fait une excellente entame. Ils étaient très bien en place et ont mis les Français sous pression. C'était un défi différent pour les Bleus qui ont su faire le dos rond avant de saisir leurs opportunités. Mais sur les dernières minutes de la rencontre, les Gallois ont réussi à remettre les Français sous pression. Donc oui, je pense qu'il y a des enseignements à retenir de ce Tournoi.
Et vous avez enchaîné par le sacre de l'Irlande ?
I.F. : Je l'ai regardé sur le portable en rentrant à l'hôtel. Les Anglais ont bien réagi par rapport à la claque prise face à l'équipe de France. De leur côté, malgré la pression, les Irlandais ont su répondre présent. Ces nations seront prêtes pour la Coupe du monde, j'en suis persuadé. Il y a encore six mois pour que les équipes soient prêtes et elles le seront.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2023/03/12/3652429.jpg)
Jonathan Sexton après la victoire de l'Irlande en Écosse
Crédit: Eurosport
Cette Coupe du monde, comment la voyez-vous ?
I.F. : Ce sera une compétition très relevée. En revanche, ce qui est vraiment dommage, c'est de retrouver les quatre premières nations au classement World Rugby (NDLR : la fédération internationale de rugby), l’Irlande, la France, l’Afrique du Sud, et les All Blacks dans la même partie de tableau. Le fait d’avoir effectué le tirage au sort très en amont de la compétition nous donne cette situation où les quatre meilleures nations devraient se retrouver en quarts de finale.
Après deux saisons compliquées, les All Blacks ne partiront pas favoris, est-ce un mal pour un bien ?
Le plus important est d'être prêt pour le coup d'envoi de la compétition (NDLR : le 8 septembre 2023 face à la France). Et nous serons prêts. Nous avons les joueurs pour. Le match nul contre l'Angleterre (NDLR : 25-25) lors de notre dernier match de la tournée de novembre nous a laissé un petit goût amer dans la bouche d'autant que nous menions 25-6 à moins de dix minutes de la fin de la rencontre. Mais ce match va nous servir dans notre préparation. L'équipe de Nouvelle-Zélande a fait sa mue après la Coupe du monde 2019, et nous viendrons en France pour gagner. Nous avons un réservoir de joueurs qui permet une émulation permanente entre les joueurs. Lors des dernières saisons, nous avons opéré avec un groupe d'une quarantaine de joueurs et c'est une force car nous pouvons observer et donner du temps de jeu. Des places sont encore à prendre c'est certain.
Pour le poste d’ouvreur vous avez le choix entre Beauden Barrett et Richie Mo'Unga, ce n'est pas trop compliqué ?
I.F. : Cela peut l'être, mais pourquoi choisir ! Beauden peut également très bien jouer à l’arrière ce qui nous laisse vraiment beaucoup de possibilités. Nous avons une entière confiance en ces deux joueurs. Ils sont tous les deux très compétitifs. Avec Jordie (NDLR : Barrett, le frère de Beauden) qui apprécie de jouer au centre, les solutions sont multiples. Si d'autres joueurs postulent, nous prendrons les meilleurs. En France, nous allons être mis sous une grosse pression, à nous de savoir gérer au mieux tout cela. Devant, nous avons également une belle profondeur de joueurs que ce soit en deuxième ligne ou en troisième ligne avec Sam (NDLR : Caine) et Dalton (NDLR : Papalli'i). Scott Barrett peut également jouer en troisième ligne. En première ligne, nous avons aussi des joueurs comme Ethan de Groot, Tyrel Lomax ou Samisoni Taukeiaho. Bref, nous avons encore six mois pour être prêts.
Au-delà des matches, vous avez également participé à de nombreuses réunions avec World Rugby, mais également les arbitres.
I.F. : Nous voulons faire ce qu’il faut pour accélérer le jeu. Le jeu doit s’accélérer car nous devons faire en sorte que les spectateurs ne désertent pas les stades, aujourd’hui les mêlées et les touches prennent trop de temps. Il faut vraiment que chacune des mises en place ne dure pas plus de trente secondes. Nous devons au maximum éliminer les temps morts. C'est comme la volonté de certains d'abaisser la ligne de placage mais il faut mesurer les effets que peuvent avoir ces changements de règles. Le rugby est un sport de plus en plus physique, il faut lui donner plus de vitesse pour que les joueurs prennent les espaces. Le rugby doit être un sport agréable à regarder mais également à jouer.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2023/03/27/3670595.jpg)
Dalton Papalii et Jordie Barrett.
Crédit: Getty Images
Sur le même sujet
Publicité
Publicité