Tournée du XV de France en Nouvelle-Zélande | Laurent Sempéré et les Bleus en veulent plus : "Nous ne sommes pas rassasiés, loin de là"
Eurosport sur GoogleTutoyer l'exploit est une chose, le réaliser en est une autre. Membre du staff des Bleus, Laurent Sempéré insiste : le XV de France a "touché du doigt" son objectif mais ne l'a pas rempli, samedi dernier face aux All Blacks, victorieux 31-27 à Dunedin. Il évoque les pistes d'amélioration identifiées avant le deuxième test, qui se tiendra à Wellington, dans cet entretien qu'il nous a accordé lundi.
Lafond : "Les All Blacks ont un peu joué à la baballe"
Video credit: Eurosport
Parmi les concepts qui hérissent le poil, le XV de France a appris à détester celui de "défaite encourageante". D'où l'atmosphère singulière dans laquelle les Bleus ont baigné au coup de sifflet final, samedi à Dunedin. Vaincus 31-27 par la Nouvelle-Zélande, ils ont tout de même lancé leur tournée d'été avec une certaine bravoure. Les joueurs de Fabien Galthié ont rendu une copie d'autant plus remarquable qu'une raclée leur pendait au nez – surtout d'après des médias néo-zélandais –, tant ils étaient nombreux à méconnaître les joutes internationales d'une telle intensité.
Co-entraîneur de la conquête et des tâches spécifiques, Laurent Sempéré nous parle de l'état d'esprit du groupe tricolore, avant le deuxième des trois tests au programme face aux All Blacks, samedi à Wellington (9h05). Interrogé peu après l'installation de l'escouade française dans la capitale du pays du long nuage blanc – "On est arrivé dimanche après-midi, on a commencé les vidéos et la récup' aujourd'hui (lundi) et on aura notre première séance terrain demain (mardi)" – il assure que le fait d'avoir rivalisé ne suffit pas au bonheur des siens. Alors, comment faire mieux ?
Test Match
Les Bleus affronteront les All Blacks en juillet prochain à Christchurch
09/12/2025 à 09:05
Certains joueurs, Joris Segonds et Emilien Gailleton par exemple, ont manifesté de la fierté malgré votre défaite, samedi à Dunedin ? Pouvez-vous nous raconter ce paradoxe ?
Laurent Sempéré : "Fierté" n'est pas forcément le terme que j'utiliserais. Je comprends ce sentiment des joueurs, parce qu'ils ont livré un beau combat. Ils ont été fabuleux sur le terrain. Mais quand on prépare un match, c'est pour le gagner. On a eu l'occasion de passer devant en fin de rencontre. Malheureusement, on n'a pas réussi sur ce premier test. C'est rassurant sur ce qu'on est capable de proposer, sur notre façon de jouer, sur l'état d'esprit de l'équipe… mais c'est rageant sur le résultat.
Votre groupe a été critiqué pour son inexpérience par des médias néo-zélandais. N'était-ce pas du pain bénit, pour vous, en termes de levier de motivation ?
L. S. : La motivation est toute trouvée quand on joue la Nouvelle-Zélande, chez elle, qui plus est avec un groupe qui n'a pas forcément beaucoup d'expérience. On n'avait pas besoin de ces messages extérieurs pour nous aider, pour cultiver cette motivation. On n'en a pas forcément beaucoup parlé, même si on n'est pas parfaitement hermétique à ce qui se raconte. La fierté de chacun est touchée quand on parle de l'équipe comme ça.
Cette sorte de "bonus" pourrait bien changer de camp. L'équipe piquée dans son orgueil, maintenant, c'est plutôt celle de la Nouvelle-Zélande…
L. S. : Chaque test est une nouvelle histoire. Nous ne sommes pas rassasiés, loin de là. On l'a touché du doigt, mais on n'a pas fait ce qu'on voulait faire samedi dernier. On a une deuxième opportunité. On connaît la qualité de cette équipe néo-zélandaise, l'importance du maillot ici. Il ne pourra jamais y avoir de surprise quant à ce qu'ils vont nous proposer en termes d'engagement et de niveau.
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Tom Spring face à la Nouvelle-Zélande, le 5 juillet 2025.
Crédit: Getty Images
Une circulation défensive à améliorer et "plus de pression (à imprimer) dans les airs" sur les touches adverses
Un point soulevé juste après le match par Fabien Galthié était la propension des All Blacks à vous attaquer efficacement dans le côté fermé. Avec un peu plus de recul, la redistribution défensive demeure un problème que vous identifiez ?
L. S. : Cela fait partie des choses que l'on doit corriger. Cela a été bien analysé par les Néo-Zélandais. Ils ont réussi à trouver de l'avancée en jouant les retours. On va travailler sur ça cette semaine, mais on avait déjà une vision de ce sur quoi on voulait travailler lors de la "semaine 2". Il y a à la fois des choses programmées, par rapport à notre vécu collectif, et des apprentissages du premier match, dont cette phase de jeu.
Autre leçon à tirer, au niveau de la touche : aucun ballon gagné sur une vingtaine de lancers néo-zélandais. Comment y remédier ?
L. S. : Ils ont eu dix-huit touches, ce qui est assez haut dans un match international. Cela va être important pour nous, sur ce deuxième test, d'être capable de mettre plus de pression dans les airs pour contrarier le gain du ballon à l'origine.
Cameron Woki et Hugo Auradou ont parfois tenté de contrer sans être liftés (ou en l'étant seulement par un joueur). Était-ce le fruit d'une volonté de ne pas monopoliser trop de joueurs dans un bloc saut, pour attendre les All Blacks en bas et mettre la pression sur leurs mauls ?
L. S. : La stratégie est propre à chaque match. On est obligé d'arbitrer certains points de pression. Cela évolue de semaine en semaine. On priorise certains secteurs. Sur ce match-là, l'équipe de Nouvelle-Zélande a tellement de qualités au sol qu'il était important pour nous d'être vite sur nos pieds pour réagir. Mais la meilleure façon de perturber un lancement reste de contrarier la conquête.
Entre l'emplacement de la touche, l'alignement raccourci ou non, l'éventuelle présence d'Ardie Savea en (faux) relayeur, un "peel-off" qui peut être anticipé etc. cela en fait des facteurs qui s'enchevêtrent, au moment de décider de contester, ou pas, dans le domaine aérien…
L. S. : Tout cela entre en jeu, oui, c'est très stratégique. Cela dépend des zones du terrain mais aussi de l'adversaire, de ses habitudes de jeu, de ses lancements favoris. Il y a une étude approfondie qui est faite sur l'utilisation du ballon dans chaque zone de jeu, avec chaque structure, pour décider de ce qu'on va mettre en place pour y répondre.

Hugo Auradou en passe de se saisir du ballon, devant Esteban Abadie, à l'entraînement
Crédit: Getty Images
Un cadre et des initiatives
Quelle marge de manœuvre accordez-vous à vos joueurs, notamment à vos capitaines de touche, au moment de trancher ?
L. S. : Notre ambition est de mettre un cadre et qu'il permette aux joueurs de s'exprimer collectivement à l'intérieur. Il y a de la place pour la prise de décision et la responsabilisation des joueurs – pas seulement du leader de touche – en maîtrisant le système qu'on leur donne, cela permet de jouer la même partition, ensemble.
Sur qui vous appuyez-vous en tant que leaders de touche durant cette tournée d'été ?
L. S. : Sur le premier test, cela a été Hugo Auradou, puis Cameron Woki. D'autres joueurs parmi les 42 sélectionnés sont capables de prendre le relais, de porter ce projet sur le terrain. Je pense à Esteban Abadie, ou Killian Tixeront, qui l'avait fait contre l'Angleterre (victoire 24-26 à Twickenham en match de préparation, ndlr).
Rabah Slimani fait partie de ce groupe de 42. Il y a dix ans, vous célébriez un bouclier de Brennus (voire vous le malmeniez) en tant que coéquipiers au Stade français. Là, votre rapport est différent. S'y adapter est un défi sympa à relever, non ?
L. S. : C'est sympa, oui [Sourire]. C'est une question d'intelligence humaine. Rabah est un joueur, je suis un entraîneur. Les choses se font naturellement. Bien sûr qu'on a des liens qui viennent de ces années (où ils étaient coéquipiers, ndlr), mais nos fonctions font que chacun est à sa place.
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