Pour le Stade Toulousain, ce titre de champion de France acquis contre l'UBB est plus grand que du rugby

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Samedi soir, le Stade Toulousain a soulevé son 24e bouclier de Brennus au terme d'une finale d'une intensité et d'un suspense monstre, au bout de 100 minutes de jeu. Ce sacre, le troisième consécutif, gardera à jamais une saveur spéciale, tant il intervient au terme d'une saison ô combien difficile pour les Toulousains, pas épargnés par les drames et les pépins en tout genre.

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Video credit: Eurosport

À 33-33 après 94 minutes de jeu, c'est comme si le bouclier de Brennus avait décidé de rester sur la tranche, sans tomber d'un côté ou de l'autre entre Toulouse et l'UBB. Les deux équipes se sont échangé les coups tout le match durant, jusqu'à deux derniers coups de pied de Thomas Ramos. Cette finale a basculé sur deux petites indisciplines, si fréquemment anecdotiques. Mais pas ce samedi, pas pour ce match, pas pour ce titre-là. Pour le Stade Toulousain, ce succès a un sens tout particulier après toute une série de malheurs comme un club en connaît rarement.
Le champion sortant a vécu douze mois éprouvants, et cent minutes qui l'ont été presque autant. "Elle n'était pas compliquée, elle était très, très dure cette finale, c'est plutôt le mot" souffle Julien Marchand à France 2. "C'était un gros combat et cela s'est joué vraiment à des tout, tout petits détails, a poursuivi Pierre-Louis Barassi au micro de France 2. Plus le combat est âpre, plus la victoire est belle."

Des drames à l'apothéose

Âpre, c'est un euphémisme avec une prolongation, scénario déjà suffisamment rare pour une finale, arrachée à la dernière seconde par Maxime Lucu, la conclusion d'un formidable chassé-croisé. À croire que pour finir sur un sourire, cette année toulousaine ne pouvait que se conclure dans la difficulté. "Ce sont des scénarios que tu te fais tous les jours, c'est génial que cela arrive aujourd'hui" ne pouvait que sourire Thomas Ramos à Canal +. "On est allé le chercher avec les tripes, avec ce que l'on n'avait plus" explique Anthony Jelonch à la chaîne cryptée. "On n'avait plus d'énergie, plus rien. On avait ce qui nous restait après la saison qu'on a passée, où tout le monde nous promettait l'enfer… On a fait un match de dingue, le meilleur match de l'année je crois."
Cet enfer, c'est pourtant à peu près ce qu'a vécu le club de Haute-Garonne. Il y eut cet été 2024 terrible, marqué par le décès de Helen, la femme de Joe Tekori, figure du club et entraîneur des espoirs, puis l'accident mortel du jeune Medhi Narjissi avec l'équipe de France U18. Puis tout ce qui fait les déboires "classiques" mais déjà pénibles d'une saison, les blessures sérieuses d'Antoine Dupont, Peato Mauvaka ou Ange Capuozzo, ou la défaite en demi-finale de Coupe d'Europe contre ce même UBB.
On a vécu des moments qui nous ont marqués à vie.
"On a eu vraiment notre lot de merdes cette saison, on avait envie de finir de la meilleure des manières, avec un parcours plus compliqué que d'habitude, synthétise Pierre-Louis Barassi. On ne se cherchait pas d'excuse, on voulait le faire, on l'a fait."
L'émotion était palpable chez Ugo Mola, doigt pointé vers les cieux pour s'adresser à son groupe après la victoire. "La saison, les mecs, un an où tout s'est passé… Moi je voudrais qu'on regarde tous là-haut, et qu'on embrasse tous les nôtres, a-t-il lancé. Pour Joe, pour le petit Medhi et pour les nôtres."
"Il y a des choses futiles dans la vie, le rugby est futile, a poursuivi l'entraîneur toulousain à Canal+. C'est notre passion, mais cela reste du sport. Deux équipes formidables, valeureuses, qui ont offert un spectacle à fort suspense, même si le rugby n'était pas de premier ordre. Mais évidemment que les gens nous manquent. On s'est construit dans la difficulté, on a eu des drames forts autour de nous. J'ai une grosse pensée pour la famille de Medhi. Je ne vais pas faire de misérabilisme, mais c'étaient des choses qui comptaient pour nous. Cela dépasse le cadre du jeu, du rugby, des rivalités. On a vécu des moments qui nous ont marqués à vie. Celui-là va nous aider à se reconstruire pour la suite."
Face à la tristesse, à la douleur, le Stade Toulousain a su rester debout et pousser dans d'ultimes retranchements insoupçonnés quand les jambes n'avançaient plus. "Cette victoire, on va la dédier à Helen, à Medhi et on pense fort à eux, cela a été le mot d'ordre toute la semaine, a révélé Romain Ntamack, pas verni non plus samedi avec une sortie à la mi-temps pour une blessure à l'épaule. On a joué avec un supplément d'âme." "On avait peut-être quelque chose d'un peu plus grand aujourd'hui pour gagner, on a très certainement été aidé, a abondé Ugo Mola à France 2. Ils ont fait un match de seigneurs."

Le premier triplé de l'ère Top 14

Les Rouge-et-Noir ont signé un autre exploit, plus terre-à-terre mais non moins grandiose, avec un troisième titre consécutif de Champion de France, du jamais-vu depuis ce même Stade Toulousain entre 1994 et 1997. "On réalise un triplé, on n'en parlait pas beaucoup, on n'en a parlé que cette semaine publiquement, a réagi Thomas Ramos. Mais c'est quelque chose qu'on a derrière la tête depuis un petit moment. Avec cette défaillance totale de notre part en demi-finale de Coupe d'Europe, on ne pouvait pas passer à côté d'autres phases finales. Ce soir, je crois que le Stade Toulousain ne doute pas."
Il vit au contraire un "rêve" comme l'a qualifié Anthony Jelonch. Pour mettre fin à ce qui ressemblait plus à un cauchemar, conclu au Paradis.
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