JEAN-PIERRE VIDAL, la France a conclu les Mondiaux de Garmisch avec 4 médailles dont deux en or. Est-ce un bilan qui vous a surpris ?

J-P.V. : Non, pas du tout. Le ski se joue à des détails. A Vancouver, on est reparti sans la moindre médaille car l'équipe n'avait pas de vrai leader. Jean-Baptiste (Grange) était absent aux Jeux et cela a compté. Il y avait plus de pression chez les autres skieurs. A Garmisch, l'équipe était quasiment au complet. Le fait d'avoir JB au sein du groupe a permis de le rassurer. On termine juste derrière l'Autriche, c'est fort quand même.

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Du néant au géant
21/02/2011 À 18:59

Le titre lors de l'épreuve par équipes a-t-il été ce déclic ?

J-P.V. : Le titre lors de l'épreuve par équipes a permis de rapprocher tous les coureurs. C'est une vraie épreuve. Le compteur a été débloqué et ça leur a permis de surfer sur cette vague, de s'installer dans cette spirale positive. Tessa (Worley), puis Cyprien (Richard), qui commencent à vraiment marquer leur territoire en géant, en ont profité. Tout comme Jean-Baptiste évidemment. Ce qui est plaisant c'est que la France redevient une grande nation du ski aux Mondiaux. Ça permet de rêver pour les échéances à venir, même si ça ne fait pas tout.

Grange est devenu le premier champion du monde depuis 1970, et le titre de votre cousin Jean-Noël Augert. Un mot sur la performance du Mauriennais...

J-P.V. : C'est énorme ce qu'il a fait. D'autant plus qu'il était attendu après avoir gagné les deux derniers slaloms, à Kitzbühel et à Schladming. A Garmisch-Partenkirchen, les conditions n'étaient pas bonnes. Elles ne correspondaient tout du moins pas au style de JB. La neige était molle, lui préfère quand elle est dure. Ce qui a été fort aussi, c'est sa maîtrise technique et mentale. Sa première manche est parfaite. Rien à dire. La seconde, on sent qu'il la maîtrise. On a eu peur car la piste a marqué fort rapidement, notamment dans le premier mur. Mais tactiquement, il a été fabuleux. En haut du second passage, il ne prend pas tous les risques. Il contrôle. Mais sur le bas, il a su recréer de la vitesse pour s'imposer. C'est fort !

Comment voyez-vous sa fin de saison en slalom ?

J-P.V. : Ce titre va évidemment lui faire beaucoup de bien. La forme est là. Et l'objectif maintenant, c'est d'aller chercher Kostelic qui possède près de 100 points d'avance (NDLR : 96 en réalité). Mais le Croate, qui joue surtout le classement général de la Coupe du monde, va devoir se poser les bonnes questions. Il aura du mal à chasser tous les lièvres. Après si Grange ne parvient pas à remporter le globe, personne ne lui en voudra. Mais je le répète, le matelas de Kostelic peut fondre rapidement. Rien n'est fait.

Parlons maintenant des sujets qui fâchent : les déceptions de ces Mondiaux. En première ligne, le groupe vitesse...

J-P.V. : Après les retraits de Luc Alphand ou de Carole Montillet, il a fallu reconstruire. Pour réussir, un groupe doit proposer de vraies individualités, comme l'étaient Luc et Carole. Adrien Théaux monte en puissance mais il a encore du travail à faire pour jouer régulièrement avec les meilleurs. Il faut des leaders pour faire progresser l'équipe. On l'a vu dans le groupe technique : Grange a emmené Lizeroux, Missillier ou encore Pinturault. Le problème vient donc principalement du fait que le groupe vitesse manque d'expérience. On n'a fait que trois podiums cet hiver en Coupe du monde...

L'excuse de l'expérience ne tient pas pour le groupe fille....

J-P.V. : Chez les filles, il y a un vrai problème de fond. Il faut tout revoir : la préparation, l'entraînement, l'engagement. Depuis quelques temps, elles naviguent dans une spirale négative. Il faut se poser les bonnes questions. Reconstruire, intégrer des jeunes. Le groupe est clairement en perte de vitesse. Il faut procéder à des changements.

Sandrine Aubert en a fait en montant sa propre structure. Et ça ne paie pas cet hiver. Quels conseils pourriez-vous lui donner ?

J-P.V. : C'est son choix et on doit le respecter. Elle est assez grande pour tirer les conclusions qui s'imposent. Ce qui n'est pas évident à gérer, c'est la pression. On a déjà vu ça avec Bode Miller qui a eu des hauts et bas après avoir quitté le giron fédéral. Il y a surtout cette pression financière. Cela coûte cher de posséder sa propre structure. Et puis, Sandrine est mono-disciplinaire. En slalom dès qu'on sort beaucoup, la confiance s'effrite. Il faut qu'elle se reprenne en main. Ce n'est pas perdu car le ski et le physique, elle l'a. Peut-être doit-elle passer de nouveau du temps avec les autres filles du groupe. Il faut parfois accepter de travailler en équipe.

Enfin un mot sur la jeune génération. Pour leurs premiers Mondiaux, Alexis Pinturault et Margot Bailet ont montré de belles choses...

J-P.V. : C'est prometteur. La stratégie de la fédé, qui consistait à faire monter les jeunes, a été payante. Ils n'avaient pas d'expérience mais ça a fonctionné. Ces Mondiaux les aideront pour l'avenir. Cela permet de rêver pour la suite, mais le chemin de l'apprentissage est long. Ils doivent encore grandir, ne pas griller les étapes. Des blessures peuvent survenir. Il faut leur laisser de temps.

La prochaine grosse étape est Schladming 2013. Peut-on espérer un bilan identique voire meilleur lors des prochains Championnats du monde ?

J-P.V : On peut encore progresser. Notamment en vitesse. C'est la ligne directrice. Solidifier nos capacités en vitesse. Je ne suis pas inquiet : La fédération va agir. En technique, tout va bien, non ?

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Cuche continue
15/03/2011 À 18:53