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Hommage à Ivica Kostelic, l’homme qui, aux Jeux, a l’argent facile…
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Publié 22/02/2014 à 00:37 GMT+1
Ce soir, dans le slalom, ce sera sans doute sa dernière apparition olympique. Le Croate Ivica Kostelic aura marqué son pays, son époque et son sport.
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Crédit: Eurosport
C’était un soir tranquille de décembre à l’hôtel Tsanteleina à Val d’Isère. Ivica Kostelic profitait du Critérium de la Première Neige pour présenter la combinaison que son équipementier lui avait dessinée pour les Jeux. Nous avions eu une brève conversation au coin du feu : "Pour Sotchi, j’ai mon idée, confiait-il. Je peux y réussir un truc. D’ici là, je vais prendre toutes les étapes de Coupe du monde comme autant de séances d’entraînement…"
Son idée, c’était assez facile à deviner, portait sur le super-combiné. Un de ses terrains de chasse préférés, puisqu’il lui avait déjà valu quatre médailles d’argent (trois aux JO, une aux Mondiaux) et deux petits Globes de la spécialité. La date du 14 février était cochée sur son agenda et vendredi dernier, après tant de déboires et d’apparentes contre-performances cette saison, à mi-parcours après la descente, il était en position de force : 7ème à 0’’93 du Norvégien Jansrud, alors que les meilleurs slalomeurs étaient repoussés à plus de deux secondes. Il se voyait en or. Enfin !
"Honnêtement, je croyais au titre, confiera-t-il après l’arrivée. Mais Sandro a sorti une manche inattendue, il a mieux skié que moi, c’est le sport !" Sandro Viletta, le Suisse touché par la grâce au jour J, qui a ainsi repoussé Ivica à la deuxième place, le privant sans doute à jamais d’un sacre olympique. Lequel, maintenant qu’il a passé les 34 ans, aurait pu –aurait dû ?- venir couronner son palmarès hors normes. "Quand j’étais gamin, on me surnommait déjà "le surfeur d’argent", raconte-t-il. C’était donc sans doute ma destinée…"
De l’argent, encore de l’argent pour un type en or. Un champion qui s’est forgé dans l’isolement du seul creuset familial et sous l’ombre obsédante, sans doute parfois inhibante de sa petite sœur Janica, prodige parmi le prodiges, quand Ante, le père, les entraînait et les menait tous les deux à la dure. Un champion qui s’est remis de toutes les blessures, plus d’une dizaine de fois opéré des genoux, le dos désormais en compote, qui jongle au millimètre avec les capacités limitées d’un corps érodé par seize saisons à très haut niveau. Un athlète qui a commencé doucement entre les piquets avant de se lancer à corps perdu et sans effroi dans les épreuves de vitesse dont il devint un protagoniste incontournable. Pour bâtir l’immense carrière d’un polyvalent.
Aujourd’hui entouré par un staff de onze personnes entièrement dévoué à sa cause, guetté au bas des pistes de Rosa Khutor par sa cadette, Janica, jeune retraitée depuis déjà huit ans, il continue à tout donner, comme un cadet, à son sport. Il force l’admiration de tous, icône parmi les icônes en Croatie, respecté par tous ses adversaires sur le circuit, craint en toutes circonstances parce que capable de trouver des ressources insoupçonnées, d’aller chercher des victoires imprévisibles.
Janica n’en démordra pas : "Ivica est le meilleur slalomeur du monde." Il l’a été, c’est sûr. Aujourd’hui, la nouvelle génération semble nettement au-dessus. Même sur ces neiges mouillées et molles, comme ici, dont il se régale. Même lorsque c’est son père qui trace une des manches, ces manches tortueuses à souhait et "old fashioned" qui lui plaisent tant, comme ici encore pour ce slalom de samedi soir. Mais attention à lui : ce sera a priori son dernier bal olympique et ce gars-là n’est jamais battu d’avance. Quelle que soit la manière dont il sortira des Jeux, nous ne pouvions le laisser en quitter la scène sans lui rendre l’hommage que son talent, son amour du ski et sa grandeur d’âme méritent.
Ivica, nous te souhaitons le meilleur. Et pourquoi pas, finalement, en empilant les courses, sous forme d’entraînement, jusqu’à 2018 ?
Trois chiffres pour comprendre
2 – Ivica Kostelic, en récoltant l’argent du super-combiné à Sotchi, est devenu le médaillé olympique le plus âgé du ski alpin après Kjetil Andre Aamodt, vainqueur du super-G en 2006 : 34 ans et 83 jours pour le Croate, 34 ans et 169 jours pour le Norvégien.
4 – Ivica Kostelic est le premier skieur de l’histoire à gagner quatre médailles d’argent aux Jeux, sachant que c’est le seul métal dont il s’est paré. Il est également le premier de l’histoire à conquérir trois médailles consécutives dans la même épreuve (le combiné).
26 – Le nombre de victoires en Coupe du monde d’Ivica Kostelic (pour 59 podiums au total). Il a aussi gagné le classement général en 2011, quatre Globes de spécialités (slalom 2002 et 2011 ; combiné 2011 et 2012). Aux championnats du monde, il est médaillé d’or en slalom (2003), d’argent en super-combiné (2013) et de bronze en super-G (2011). Sa sœur Janica s’est bâti, entre 2001 et 2006, un palmarès incomparable : 4 titres olympiques, 5 titres mondiaux et 3 victoires au général de la Coupe du monde.
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