Dix ans après son premier départ de Coupe du monde, Marion Rolland en a conscience mieux que personne : son activité de nomade du cirque blanc vit ses derniers hivers. Un sûrement, deux si l’envie la guide jusque-là. Mais sûrement pas plus. Et c’est donc à Lake Louise, ce vendredi, que la skieuse des Deux-Alpes va retrouver les joies, les craintes du circuit après une nouvelle longue absence, quatorze mois suite à sa rupture des ligaments croisés du genou droit survenue au Chili.

C’est donc, au même endroit, que Rolland a effectué son retour sur les planches cet été. Là-bas, la Française, toujours gênée par des douleurs récurrentes, a respecté le plan établi : "reprendre en douceur, sans se précipiter et en faisant les choses dans l’ordre." L’objectif a été rempli, même si son rythme de travail et les séances d’intensité n’étaient pas les mêmes que ceux des autres membres du groupe vitesse. "Au début du stage, je faisais les premiers runs habillée, puis au fil des jours, j’enlevais des couches, explique-t-elle. A la fin, je faisais quasiment les mêmes journées que les filles, en combinaison de course."

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Mario Rolland à l'entrainement

Crédit: AFP

Les portes qui arrivent, les virages à attaquer, tout ça s’oublie et c’est ça que j’ai dû remettre en place

En Amérique du Sud, Rolland a dû se refaire une base de confiance et à se réhabituer à la vitesse. "Cela fait un an et demi que je n’ai pas pris de départ de course. Les portes qui arrivent, les virages à attaquer, tout ça s’oublie et c’est ça que j’ai dû remettre en place." Parler de son retour sur les skis, la Dauphinoise, déjà opérée deux fois des ligaments croisés du genou gauche (en 2007 et 2010), y parvient sans sourciller. En revanche, évoquer la période qui a précédé son retour en équipe de France lui met immédiatement les larmes aux yeux.

Malgré ses 32 ans et sa nature enjouée, la Française reste une vraie timide. "J’ai toujours été comme ça, j’ai surtout manqué de confiance en moi pendant longtemps, regrette-t-elle. J’avais aussi vite tendance à absorber les énergies négatives. Avant, il m'arrivait de fondre en larmes en pleine interview. C’était compliqué pour moi de répondre aux médias. J’étais une ‘cracotte’. Je pouvais perdre mes moyens en course mais également dans la vie de tous les jours pour rien du tout." Depuis la fin de l’hiver 2009, Rolland travaille avec la structure Mentalpesport et un préparateur mental, Loïc Gouzerh. Grâce à lui, elle "arrive à mieux gérer."

Cet hiver, les périodes difficiles se sont succédées à nouveau. "C’était tellement compliqué que j’avais du mal à aller chercher de l’aide. Je me suis coupée du monde. J’étais repliée sur ma douleur." Une véritable hibernation qui "a duré jusqu’au printemps, quand j’ai commencé à voir mon genou évoluer. Mais j’étais bien avec les personnes que je voyais, je ne voulais pas en voir plus", insiste-t-elle. Sans elle, le groupe vitesse a évolué. La saison n’a pas répondu aux attentes et certains, dans l’encadrement, ont été priés de faire leurs valises.

La saison que les filles ont vécue (en vitesse), ce n’est pas de ma faute. Je ne reviens pas pour sauver le groupe

"Les filles m’ont souvent demandé quand mon retour était prévu. Moi, ça m’a fait du bien de me couper du groupe car la saison qu’elles ont vécue, ce n'était pas de ma faute, prévient-elle. C'était leur saison. C’était aussi à elles de prendre leurs responsabilités et de tirer les enseignements de ce qui s’est passé. Moi, je ne reviens pas pour sauver le groupe. J’ai déjà assez de choses à faire avec moi, je ne suis pas là pour redynamiser quoi que ce soit." Selon elle, les changements qui ont été effectués, et notamment le départ de Nicolas Burtin, “ont été faits pour ça“, tout en précisant qu’elle “n’avait aucun problème" avec le coach tricolore.

A Lake Louise, à partir de vendredi, celle qui compte deux podiums en Coupe du monde ne s’attend pas à faire des miracles. "Au début de l’hiver, je dois rester cool. Si je réussis à Lake Louise, tant mieux. Si ce n’est pas le cas, il ne faudra pas que je me prenne la tête." Car son objectif n’est pas de briller dans l’immédiat, mais plutôt en février pour les Mondiaux. A Vail-Beaver Creek, la Française aura une médaille d’or à défendre en descente. "Si je conserve mon titre, ça va être difficile d’arrêter (sa carrière), s’amuse-t-elle, à moitié sérieuse. En même temps, s’arrêter sur une médaille, c’est beau aussi." La native de Saint-Martin d’Hères n’a qu’une seule certitude : "Je ne me vois pas aller physiquement jusqu’aux JO en 2018. Des belles choses, j’en ai vécues. Ça aurait pu être mieux, c’est sûr. Mais il y a une vie après le ski et j’ai déjà assez bien morflé." Difficile de lui donner tort. 

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Marion Rolland, championne du monde en titre

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