"Refermer le portillon ? C'est horrible, mais c'est beau"

Qui refermera le portillon ce weekend à Alta Badia en géant (dimanche) et en slalom (lundi) ? Cette saison, Clément Noël, deux fois, Alexander Steen-Olsen et Marco Odermatt ont remporté une course dans cette situation quand Steven Amiez a échoué, comme des centaines de skieurs avant lui, à Val d'Isère ce weekend. Plongée au cœur de ces moments si particuliers.

Une porte enfourchée et la victoire s'envole pour Amiez

Video credit: Eurosport

(Avec François-Xavier Rallet)
A quoi pensait Steven Amiez dimanche à Val d'Isère quand il s'est retrouvé seul dans la cabane de départ du slalom ? Il n'y avait plus d'adversaires, ne restaient plus que lui et ses pensées. Huit portes plus loin, Amiez était dehors, victime, peut-être, d'un trop plein de pression que d'autres ont ressenti avant lui. Refermer le portillon est une expression d'une simplicité folle mais derrière elle se trouve un monde intérieur, inconnu et fascinant.
Que peut-il bien se passer dans la tête d'un vainqueur de première manche, en géant ou en slalom, quand il se retrouve seul, quelques secondes avant de s'élancer ? Dans les disciplines techniques, la pression ne cesse de faire le yo-yo, accompagnant chaque skieur jusqu'à la ligne d'arrivée puis remontant vers le suivant, prenant à chaque fois un peu plus de masse, jusqu'au dernier qui se retrouve avec tout le poids du monde sur les épaules. "Ceux qui savent ce que ça fait, on pourrait à peu près tous dire la même chose, nous confiait Clément Noël avant la saison. Personne ne va dire : 'c'est hyper agréable, je suis bien'".  

La victoire n'est pas seule vectrice d'émotions 

"On recherche tous cette occasion, l'état mental dans lequel on se trouve à ce moment-là, c'est ce qu'est le sport dans sa forme la plus pure", s'emballe pourtant Lucas Braathen au micro d'Eurosport. "C'est ce dont j'ai rêvé depuis que je suis tout petit", souriait Steven Amiez malgré la déception dimanche à Val d'Isère. Comment expliquer alors cette dichotomie entre ce que le skieur veut tellement et ce qu'il ressent quand il l'obtient ? "C'est horrible, mais c'est beau", résume Braathen. 
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Des erreurs mais tellement de confiance : le run de la victoire de Noël en vidéo

Video credit: Eurosport

Clément Noël va plus loin dans l'analyse. Cette situation, il l'a connue 15 fois pour 5 victoires auxquelles il faut ajouter 5 autres podiums. Dans le même temps, le Vosgien a aussi subi cinq abandons, c'est peu dire donc qu'il connaît tous les aspects de la fermeture de portillon. "C'est les meilleurs moments, c'est ce pourquoi on bosse, sourit-il. C'est pour vivre des moments intenses. Il y a les émotions d'une victoire mais il y aussi des émotions intenses de stress, de pression avant une deuxième manche quand on referme le portillon et celles-là sont très fortes." 
Tous les grands champions vous le diront. S'ils recherchent évidemment l'ivresse du succès, c'est aussi dans ce qu'ils ressentent en compétition, y compris des émotions négatives et puissantes, qu'ils s'accomplissent. Noël, toujours lui, s'est souvenu de la première fois qu'il a refermé un portillon. C'était à Wengen, en janvier 2019, le jour de sa première victoire puisqu'il avait parfaitement géré une situation nouvelle : "Je m'étais dit que je ne revivrai peut-être pas ça. C'est quand même assez rare dans une carrière, c'est assez intense, important. Il fallait profiter de ce moment-là et si ça ne le faisait pas, ça ne le faisait pas…" Curieusement, ou pas d'ailleurs, le Français vivait mieux, avant, le fait de s'élancer en dernier. 
Il ne tient qu'à vous de conclure l'affaire ou de tout gâcher 
"J'ai eu la chance - je ne pense pas que ça soit normal -, que pour moi c'était presque facile de refermer le portillon, se remémore-t-il. La manière dont je l'avais pris m'avait beaucoup aidé." Stress, envie de bien faire sans trop en mettre, de ne pas partir à la faute mais de faire son ski, beaucoup de choses se bousculent. "Il y a bien sûr beaucoup plus de pression entre les deux manches, rappelle Alexander Steen-Olsen, vainqueur du Géant de Sölden dans cette situation pour lancer la saison. Vous n'êtes donc pas en mesure de vous détendre de la même manière." Or, rester le même est souvent primordial. 
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Noël en lévitation : son run pour la victoire

Video credit: Eurosport

Beaucoup de choses, même les plus petits détails peuvent avoir de grandes conséquences. Parfois, un skieur arrive gonflé à bloc par une période faste et une confiance au top, d'autres il ne sait pas trop comment il a fait pour remporter la première manche. Et pourtant, les deux sont au même endroit avec la même idée. "Tous les yeux sont braqués sur vous, pose Braathen. Des centaines de milliers de personnes vous regardent. Votre nom est sur l'écran. Il ne tient qu'à vous de conclure l'affaire ou de tout gâcher". 

Noël, de l'insouciance à l'expérience 

Son insouciance des débuts, Clément Noël l'a vue s'envoler depuis longtemps déjà. Il a fallu appréhender la situation différemment, subir des revers cuisants. "Il n'y a pas de règle, si tu perds cette insouciance, tu ne seras pas forcément moins bon. Il faut gérer avec les forces du moment. Cette insouciance que j'ai perdue, elle s'est transformée en expérience. C'est à la fois plus compliqué parce qu'on a plein de questions dans la tête mais au final ça ne devrait pas l'être parce qu'on a plus d'armes pour gérer ces moments."
Ça ne devrait pas, mais cette position est tellement particulière… L'attente, la pression qui monte, quelque chose de "grandiose" au bout, dixit Lucas Braathen. "C'est à ce moment-là que l'on devient un véritable héros", poursuit le Brésilien. Clément Noël lui a un jugement bien arrêté en guise de conclusion : "C'est une situation à la fois pas facile à gérer mais c'est ça qu'on veut vivre. Si on n'arrive pas à la gérer, c'est qu'on n'est pas assez bons et qu'on n'est pas fait pour ça."
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