Ski alpin - Alexis Pinturault explique les dessous de l'annonce de sa retraite

A 35 ans et après un palmarès XXL marqué notamment par un gros globe gagné en 2021, Alexis Pinturault a décidé de dire stop en fin de saison à une immense carrière où il ne lui aura manqué qu'un succès en descente. Dans l'émission Chalet Club, le skieur de Courchevel est revenu sur l'annonce de sa retraite. Il a expliqué qu'il n'avait pas assez de motivation pour repartir pour quatre ans.

"Si je pouvais garder un petit pied dans le milieu du ski, ce serait un supplément d'âme"

Video credit: Eurosport

Quand on a tout gagné, ou presque, c'est toujours plus difficile de conserver la force et la motivation pour continuer et rester au plus haut niveau. Tous les plus grands champions vous le diront, et ce n'est pas Alexis Pinturault qui fera exception à la règle. Pas dans le coup cette saison, pas sélectionné pour les Jeux Olympiques, le Français a décidé de s'arrêter là. C'était déjà pour cette raison, en partie, que le plus grand palmarès du ski alpin français en Coupe du monde avec 34 victoires, un gros globe et cinq petits globes s'était mis à la descente, la seule discipline dans laquelle il n'aura jamais gagné. Un choix qui n'aura jamais payé cependant.
"Gagner en descente était un objectif, raconte-t-il à notre micro depuis Courchevel. C'était aussi un moment de ma carrière où j'avais besoin de renouveau, de trouver une nouvelle motivation. Derrière, il y a des complications et des blessures mais l'objectif était clairement de gagner en descente". Et qu'importe que la tâche ait été compliquée sur de nombreuses pistes, pas forcément adaptées à ces qualités. La plus mythique lui tendait les bras.

Il aurait pu gagner à Kitzbuhel

"Là où j'aurais eu le plus de chance d'y arriver, c'est sur la Streif, à Kitzbuhel, une piste un peu plus technique, un peu plus glacée aussi, donc plus à mon avantage, estime t-il. Pour autant, si on repense à Wengen, je ne pensais pas forcément faire des bonnes courses là-bas et j'arrive pourtant à aller faire mon premier top 10 en descente. Ça avait été une surprise. Mais si on reste rationnel, des courses comme Beaver Creek ou Kitzbuhel, voir éventuellement Garmisch même si ça aurait été compliqué, auraient pu être des courses pour moi". Finalement, il n'a jamais fait mieux que cette 9e place à Wengen, en janvier 2024. Il n'a même plus jamais fait de descente, tout simplement. La faute à une énorme chute le lendemain, sur le Super-G, et à cette rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche qui met un terme à sa saison, et à ses rêves de descente.
"Pour moi, le plus dangereux ça aura été le Super-G, rappelle le skieur de Courchevel. La descente est sans doute la discipline la plus dangereuse, mais ce n'est pas celle où je me suis blessé le plus gravement, paradoxalement. J'ai fait du Super-G toute ma carrière mais c'est lui qui m'aura coûté cher, et à deux reprises (il se fracture le plateau tibial en janvier 2025). Quand on chute gravement à très haute vitesse, l'impact n'est pas du tout le même sur le corps et sur l'esprit. Derrière, il faut réfléchir à se ré-entrainer, à faire abstraction de tout ça et comment le faire. Ce n'est pas quelque chose de simple ou d'évident". Mais Alexis Pinturault y est parvenu les deux fois, avec en tête, le rêve d'une nouvelle participation olympique à Milan-Cortina. Même s'il sentait la fin arriver.
La volonté de ne pas finir dans un lit d'hôpital"
"Je ressentais déjà en début de saison qu'il y avait des choses qui me semblait moins évidentes à faire au quotidien, j'avais moins d'envie, moins de motivation, explique le Français de 35 ans. Tout était plus compliqué pour trouver mon équilibre. Je voulais revenir et être performant pour obtenir une qualification aux JO mais l'idée était claire depuis un moment : ça serait ma dernière saison. Parce que c'étaient les Jeux Olympiques qui m'animaient le plus. C'était la dernière carotte qui était suffisante pour me faire lever et me faire travailler dur tous les jours. Se projeter sur 4 ans vers les JO 2030, c'est beaucoup trop loin et je suis parfaitement conscient que la motivation n'est pas suffisante pour aller jusque-là. Il y avait aussi la volonté de ne pas finir dans un lit d'hôpital, d'être celui qui décide quand je terminerais ma carrière". Il a choisi de l'annoncer chez lui, à Courchevel, où il aura donc gagné son dernier titre majeur, avec ce sacre mondial en combiné en 2023. Pour mieux finir à Hafjell en beauté ?
"Je compte bien la faire à fond, assure le Tricolore. Faire la plus belle course possible serait la meilleure manière de dire au revoir au monde du ski alpin. Et c'est peut-être ce qui me manquera le plus. La performance, allumer du vert dans les aires d'arrivée, de voir la foule en effervescence, d'avoir toutes ces émotions et ce travail qui est récompensé par des moments où on coupe la ligne". Mais d'autres défis tout aussi variés l'attendent pour la suite, avec peut-être un peu moins de voyage cette fois. "J'ai beaucoup voyagé avec le ski, ce qui était une grande chance d'un côté, mais aussi plus difficile pour la vie de famille, avoue t-il. L'idéal pour mon après-carrière serait plutôt que je travaille dans l'entreprise familiale, il y a beaucoup à faire entre deux hôtels et plusieurs restaurants sur Courchevel. Après, si je peux garder un petit pied dans le milieu du ski et des sports d'hiver…".
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