Surf - Jeux Olympiques Paris 2024 - "On risque clairement sa vie" : Teahupo’o, un mythe et un défi ultime
Par Glenn Ceillier
Publié 19/07/2024 à 00:06 GMT+2
Si les lieux mythiques ne manquent pas pour Paris 2024, la vague de Teahupo’o, où se dérouleront les épreuves de surf, vient ajouter un sel de rêve à ces Jeux Olympiques. Aussi majestueux que dangereux, le site tahitien fait autant fantasmer qu'il n'effraie. Et les surfeurs français l'annoncent : c'est un défi extrême qui attend les champions.
Takanui Smith sur la vague de Teahupo'o
Crédit: Getty Images
Il y a le Grand Palais, la Tour Eiffel, le château de Versailles ou encore le Champ-de-Mars. Mais les Jeux Olympiques 2024 ont un autre site emblématique à leur programme. Et non des moindres. Il se trouve à 15 700 kilomètres de Paris. Pourtant, il est peut-être celui qui fascine le plus les amateurs de sport. Car avec la légendaire vague de Teahupo’o, c'est un mythe et un défi qui s'annonce aussi excitant que terrifiant. "C'est la plus belle vague au monde. La plus extrême aussi. Et donc, la plus dangereuse", nous a confirmé Jérémy Florès, l'ancien champion devenu manager de l'équipe de France de surf.
Pour aller chercher l'or, les meilleurs surfeurs du monde vont devoir dompter ce monstre. Et ils scruteront assurément les conditions avant leurs jours de compétition. Car si la houle est au rendez-vous, c'est un mur d'eau qui peut se retrouver face à eux. Le danger est alors réel. "Ça n'aura rien à voir avec les Jeux de Tokyo, où c'était des vagues de sable. C'était plus de manœuvres aériennes et on ne pouvait pas vraiment se blesser. Alors que là, c'est ce qui fait la beauté de cette vague : à chaque fois que l'on va à l'eau, on risque clairement sa vie, annonce Jérémy Florès, qui avait l'habitude de briller sur le circuit sur ce spotà l'image de sa victoire en 2015. Bien sûr, les surfeurs présents sont des professionnels. Ils sont préparés. Mais il faut être prêt à 200% pour la dompter car n'importe qui ne peut pas la surfer".
Il faut être préparé à la dompter
Le ton est donné. Et les épreuves olympiques pourraient bien passer dans une autre dimension du 27 au 30 juillet. Alors quel est le secret de ce spot fabuleux, considéré comme l'un des meilleurs du monde ? Tout est une question de combinaisons d'éléments. Et d'un ensemble unique offert par la nature. Située sur la "presqu'île" de Tahiti, la vague Teahupo’o prend forme à 400 m du rivage. Quand la houle arrive de l'océan Austral, le récif corallien abrupt du spot tahitien génère alors des vagues surpuissantes. Et des tubes aussi translucides qu'idylliques pour les surfeurs.
"C'est un récif. Il n'y a que du corail dessous, nous a expliqué dans notre émission Mon Paris Olympique Kauli Vaast, qui défendra les chances tricolores aux Jeux après avoir été finaliste du Tahiti Pro en 2022. Grâce à cela, on a la chance d'avoir des vagues parfaites. Et la particularité de ces vagues, c'est qu'elles cassent toujours au même endroit. Donc, tu t'assoies sur la même faille, la même 'patate'. Et c'est juste parfait, tout le temps". Et si les spots de Nazaré au Portugal ou de Cortes Bank au large de la Californie notamment sont connus pour former les plus hautes vagues du monde, la réputation de Teahupo’o n'est pas forcément liée à une question de taille. Certes, il peut y avoir des murs d'une hauteur délirante (le record est à 15 mètres). Mais c'est bien une histoire de puissance et d'intensité. Et c'est ce côté extrême, avec ce récif corallien tranchant comme des bouts de verres à faible profondeur, qui a construit son mythe.
Vahine Fierro : "L'une de mes plus grandes frayeurs"
Alors que le "drop" est corsé pour se lancer et descendre cette rampe d'eau dantesque, la moindre erreur peut se payer cash sur cette "gauche" (ndlr : car la vague déroule à gauche) grandiose, qui se conclut dans la passe de Hava'e. "Ça reste très risqué de l'aborder. Il y a tout le côté mère nature, avec les montagnes et le récif, avec la puissance et les hauts fonds qui viennent déferler sur à peine 80 centimètres d'eau. Il faut être préparé à la dompter. Et il y a notamment un gros travail d'apnée, de connaissance du spot", nous confie Jérémy Florès.
A Teahupo’o, où le commun des surfeurs n'a pas sa place, la peur fait ainsi partie intégrante de l'expérience. "La vague est assez épaisse donc elle est puissante et elle peut te blesser facilement. Si tu tombes, tu peux te couper sur le récif, tu peux rester longtemps sous l'eau, c'est l'une de mes plus grandes frayeurs", raconte la Tahitienne Vahine Fierro, qui a pris date en mai dernier en remportant le Tahiti Pro sur ce spot. "J'ai toujours eu peur. Mais c'est inhérent à ce spot. C'est un récif. Il n'y a que du corail dessous. La difficulté, c'est de savoir lire ce type de vague, ce qui n'est pas facile. Et le risque, c'est de tomber si tu n'es focus et de te blesser en touchant le reef", complète le local Kauli Vaast, avant de dédramatiser : "Après, ça te fait un petit tatouage, tu mets un peu de citron, et c'est bon."
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La reine de Teahupo'o : Fierro a été magistrale lors du Tahiti Pro
Video credit: Eurosport
Il est très facile d'avoir peur
Alors que le spot a été intégré au circuit mondial en 1997, le monstre de plusieurs mètres de hauteur a d'ailleurs déjà fait des victimes. Le Tahitien Brice Taerea est décédé en avril 2000 après avoir heurté le fond corallien, juste avant l'épreuve de la WSL. Et le spot tahitien a même été retiré pendant un temps du calendrier du circuit féminin (ndlr : de 2006 à 2022) par les organisateurs, qui la jugeaient trop dangereuse pour les femmes. Mais cet été comme toujours désormais depuis deux ans, tout le monde va bien s'y frotter. "C'est une vague dont il est très facile d'avoir peur. Mais étant originaire de Tahiti, je sais que je suis capable d'y faire face", annonce Vahine Fierro, qui a remporté la distinction du "meilleur tube de l'année" en 2019 en s'illustrant justement sur la vague de… Teahupoo.
C'est d'ailleurs l'une des chances de la délégation tricolore. Si tous les champions masculins sont rôdés à ce spot où ils se rendent chaque année, les Tricolores le connaissent eux parfaitement. Notamment les "locaux" Kauli Vaast et Vahiné Fierro ou encore Joan Duru, "l'un des meilleurs "tube riders" au monde", dixit Florès. "Je suis persuadé que c'est un avantage d'être à domicile et de connaître la vague par cœur. Ce sont les Jeux Olympiques, où on a le plus de chances de rayonner. Et d'aller chercher une médaille. Il y a un gros coup à jouer", annonce le manager des Bleus. Et si les conditions sont réunies, l'épreuve pourrait rentrer dans la légende des Jeux.
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