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Alexandr Dolgopolov : "Aucun de nos gars ne veut mourir ou faire la guerre, mais c'est notre terre"
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Publié 17/03/2022 à 13:01 GMT+1
GUERRE EN UKRAINE - Il était un joueur de tennis, il est aujourd'hui un soutien de l'armée. Comme d'autres joueurs ukrainiens, Alexandr Dolgopolov est rentré à Kiev pour tenter d'aider son peuple face à l'invasion russe. Conscient de pouvoir être entendu, il réclame plus d'aides de la part de la communauté internationale. Pour Eurosport, il réclame des sanctions pour les joueurs russes.
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Ici, on se souvient de ses confrontations avec les Français, Jo-Wilfried Tsonga et Jérémy Chardy notamment, pour son toucher de balle, ou encore pour sa percée au classement ATP (13e) il y a dix ans. En Ukraine, il est un citoyen comme les autres. A 33 ans, Alexandr Dolgopolov est rentré à Kiev pour aider son pays face à l'invasion russe.
Après avoir appris à manier les armes, celui qui avait atteint les quarts de finale de l'Open d'Australie en 2011 va tenter de soutenir l'armée ukrainienne. Et d'utiliser son statut pour se faire entendre. Dolgopolov réclame, notamment, plus de fermeté à l'égard des Russes, y compris les sportifs.
Alexandr Dolgopolov, quand êtes-vous arrivé à Kiev ?
Alexandr Dolgopolov : Je suis arrivé mercredi. Je suis dans le centre de Kiev, où je vis en temps normal. Je suis chez un ami car je viens d'arriver et je me sens plus à l'aise avec un ami.
Comment vous sentez-vous ? Êtes-vous allé dans la ville ? Est-ce la ville que vous connaissiez ou est-ce totalement différent maintenant ?
Alexander Dolgopolov : Je ne suis pas arrivé au meilleur moment car il y a un couvre-feu et personne n'est autorisé à sortir pendant deux jours en raison de la présence de groupes russes qui essaient de pénétrer la ville. Personne n'est autorisé à marcher dans la rue. Si vous êtes dans la rue, vous risquez de passer pour un Russe.
J'ai donc dû demander à mes amis de venir me chercher avec des armes et de m'emmener à l'appartement. Sinon j'aurais dû rester dans la station de métro. Et je n'avais pas vraiment envie de rester 24 heures là-bas après avoir voyagé. Mais à part ça, je n'ai pas encore vu beaucoup de dégâts parce que j'étais au centre-ville.
Je sais qu'aujourd'hui, ils ont touché des grands immeubles d'appartements quelque part en périphérie. En centre-ville, j'ai vu beaucoup de voitures de l'armée accidentées et brûlées. Évidemment, on sent que la guerre est là. Il n'y a pas une personne ni une seule voiture dans la rue. C'est un peu comme une ville abandonnée. Une roquette a volé dans le ciel, près de la maison de mon ami.
Où étiez-vous lorsque la guerre a débuté ?
A.D. : J'ai d'abord pensé que je serais plus utile à l'extérieur du pays, notamment pour montrer la vérité, parce qu'évidemment je ne fais pas partie de l'armée. Je ne pouvais pas être le premier à combattre. Et puis au bout de quelques jours, une fois que ça s'est calmé, les combats sont devenus compréhensibles. J'ai donc commencé à planifier mon retour.
Je ne savais pas comment tenir une arme. J'ai trouvé un stand de tir et j'ai eu la chance d'y rencontrer un ancien professionnel militaire, qui m'a tout enseigné pendant plusieurs jours. Maintenant, je suis à l'aise avec les armes. Ce n'est pas parfait mais je peux toucher une personne, je suis plus confiant.
Avant de rentrer à Kiev, nous avons acheté des trucs dont notre armée avait besoin, des monoculaires thermiques, des jumelles, des objectifs pour les fusils de sniper... Nous avons traversé la Croatie puis la Hongrie, la Slovénie et la Pologne. Puis j'ai pris un train pour Kiev.
Quel fut votre sentiment au moment de passer la frontière, en voyant ces gens tentant de fuir le pays ?
A. D. : Il y a évidemment plus de gens qui tentent de quitter le pays que d'y entrer. Mais il n'y a pas de problème à la frontière, c'est assez sûr de ce côté-là, même si l'armée russe a frappé avec des roquettes à 20 km de la frontière polonaise le jour où je suis arrivé.
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Vous voyez qu'il y a la guerre parce que les routes sont patrouillées par des hommes armés même s'il n'y a pas de forces russes de ce côté de l'Ukraine. Je suis entré assez librement et j'ai pu poursuivre mon chemin.
Comment votre famille a réagi lorsque vous avez pris la décision de retourner en Ukraine ?
A. D. : C'est ma décision et personne ne peut m'arrêter. Mon père, que j'ai vu à la frontière, était triste. C'était dur quand on s'est séparé. Il était très inquiet et évidemment personne ne voulait que je sois là. Mais c'est la réalité. C'est la guerre.
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Que pouvons-nous faire ? Beaucoup sont dans le même cas que moi. Je suis sûr qu'aucun de nos gars ne veut mourir ou faire la guerre, mais c'est notre terre. Pour moi, ce que les Russes font, ce n'est pas la guerre. La guerre, c'est quand une armée combat une autre armée. Très récemment, ils ont bombardé des maisons à Marioupol où il y avait des centaines de civils. Des civils perdent la vie. Donc je me devais d'être ici.
Vous n'êtes pas supposé être un soldat. Vous étiez un joueur de tennis.
A. D. : Oui, mais les soldats ont besoin de savoir pourquoi ils se battent. Si tout le monde quitte le pays, quitte sa maison et que les villes sont vides, comment vont-ils avoir la motivation pour se battre jusqu'à la fin ?
Je pense qu'il est important que des personnes célèbres et des personnes connues montrent que les Ukrainiens soutiennent l'armée, même s'ils ne combattent pas au premier rang. Ils trouvent de l'argent, ils parlent dans les médias, ils apportent de la nourriture, ils apportent des soins médicaux... Tout ce que n'importe qui peut faire est utile.
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Alexandr Dolgopolov
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Bien sûr, tout le monde peut se trouver des excuses. Je pourrais me trouver une raison pour laquelle je suis plus utile à l'extérieur du pays. Mais je pense qu'être ici envoie vraiment un message. Je vois beaucoup de sportifs, de chanteurs, de personnes célèbres de notre pays qui sont restées ou qui reviennent pour aider.
Qu'allez-vous faire dans les prochains jours ?
A. D. : Je vais sortir avec mon ami pour aider avec des gilets pare-balles, de la nourriture, faire le tour de la ville pour voir s'il y a des besoins particuliers. Je vais également parler à la presse. Et surtout aider. Je vais parler à des gens que je connais qui sont sur le champ de bataille, et quoi qu'ils me demandent, je vais essayer de les aider. C'est donc mon objectif principal et mon rôle pour les prochains jours et les prochaines semaines. Je ne sais pas combien de temps ça durera.
Quel message aimeriez-vous faire passer ?
A. D. : Tout d'abord, merci du soutien. Nous le voyons. Nous avons vu toutes ces manifestations et c'est formidable que le monde nous soutienne. Bien sûr, nous aimerions que les Européens, les Américains et les Canadiens poussent un peu plus leurs gouvernements.
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Il y a des choses que nous n'avons pas. Nous n'avons pas d'avions de combat. Nous n'avons pas assez de protection pour notre ciel. Les Russes nous bombardent depuis le ciel. L'OTAN ne veut pas nous aider parce qu'elle craint une nouvelle guerre mondiale. Mais nous devons nous protéger et nous avons besoin de ces armes. Nous sommes prêts à nous battre mais nous avons besoin d'armes qui protègent notre ciel. C'est le principal message que nous aimerions faire passer.
Une dernière question, qui risque de vous paraître superficielle. Que pensez-vous des sanctions qui pourraient être prises contre les joueurs de tennis russes ?
A. D. : Mais il ne s'agit plus de politique. C'est la guerre. Ce ne sont pas des centaines de gens qui meurent, mais des milliers. Donc il n'y a plus de politique. Pour moi, la Russie doit être isolée comme la Corée du Nord. Chaque Russe doit en payer le prix. C'est leur gouvernement qui est au pouvoir depuis 20 ans, qui est à l'origine de tout cela. Et ils n'ont rien fait pour changer cela.
Ils ont fait la guerre en Géorgie, en Syrie, maintenant en Ukraine. Nous sommes arrivés à un point où tous les Russes sont responsables de ce qui se passe. Ce qui est fait pour changer cela n'est pas suffisant. Les tennismen russes disent qu'ils sont contre la guerre mais leurs discours sont très précautionneux. Ils ne disent pas : "nous condamnons les actes de notre armée et de notre gouvernement." Ils disent : "nous sommes contre la guerre".
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Pour moi, ce n'est pas suffisant. Je trouve que les instances du tennis sont trop neutres. Il suffit de voir ce qui a été fait dans le football par exemple. Toutes les équipes ont été bannies. D'autres sports ont fait la même chose et je pense que c'est la bonne décision. Je sais que tout cela n'est pas de la faute des joueurs. Mais les Russes sont responsables tant qu'ils n'arrêteront pas leur président.
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