Arthur Fils face au défi de sa reconstruction : "Pour qu'il s'en sorte, il va falloir le reprogrammer"

Arthur Fils, qui vient d'officialiser son forfait pour le Rolex Paris Masters, aura donc vécu à 21 ans une demi-saison blanche en raison d'une fracture de fatigue au dos qui l'handicape depuis Roland-Garros, et plus largement depuis son adolescence. Une blessure récalcitrante qui fait craindre à certains experts une chronicisation ancrée dans le temps, sans une prise en charge profonde.

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Autour d'Arthur Fils, aujourd'hui comme depuis plusieurs mois, l'optimisme règne. Le joueur travaille, le processus de convalescence suit son cours et un retour proche ne fait aucun doute. Voilà pour les mots. Dans les faits, les forfaits s'enchaînent comme les perles, depuis des mois maintenant. Y compris celui pour le Rolex Paris Masters, annoncé ce jeudi par le Francilien qui a du même coup officialisé ce que tout le monde avait bien compris depuis plusieurs semaines : il ne rejouera plus cette saison.
Retour en 2026, en pleine possession de ses moyens ? C'est tout le mal que l'on peut souhaiter à un jeune homme de 21 ans promis à un avenir radieux, qui avait débuté en fanfare la saison 2025, jusqu'à s'inviter à la porte des meilleurs. Mais tout ça, c'était avant le drame : une fête annoncée à Roland-Garros qui vire au cauchemar, avec cette fracture de fatigue au dos réveillée lors d'une victoire héroïque au deuxième tour face à Jaume Munar. A l'exception d'une brève et peut-être trop précoce tentative de retour à Toronto cet été, Arthur Fils n'a pas rejoué depuis.
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Cinq mois "out" (et bientôt plus), c'est long, et cela évoque une blessure certainement plus complexe qu'il n'y paraît. Dans un premier temps, l'intéressé avait parlé d'une fracture de fatigue à la vertèbre L5, dont il avait déjà souffert dans son adolescence jusqu'à devoir porter un corset pendant plusieurs mois à son arrivée au Centre National d'Entraînement, fin 2018 – exactement comme Moïse Kouamé aujourd'hui. Depuis, une certaine opacité règne quant à cette blessure dont on ne sait plus grand-chose de l'évolution. Contacté, le Médecin de la FFT, Vincent Guillard, qui suit Arthur de près depuis le Pôle France de Poitiers, a logiquement fait prévaloir le secret médical.
Selon certaines indiscrétions, la nature originelle de la blessure correspond à une lyse isthmique, c'est-à-dire "une absence de continuité de l'isthme, à savoir l'os vertébral, nous éclaire Mathias Willame, kiné du sport basé à Nîmes et spécialisé dans les pathologies du rachis lombaire. Cette lésion osseuse, qui peut être congénitale ou traumatique, est souvent retrouvée chez de jeunes sportifs et n'est pas du tout rédhibitoire à la pratique du très haut niveau. Mais elle demande de la vigilance car elle entraîne un manque de stabilité de la vertèbre et peut engendrer des complications, notamment évoluer en spondylolisthésis." 
Quand on sait qu'un fameux patient souffrant de spondylolisthésis s'appelait Andre Agassi, tous les espoirs sont permis pour Arthur Fils, qui avait évoqué il y a quelques mois la présence d'un œdème osseux au niveau de la lésion. Déjà touché avant Roland-Garros, il avait, selon nos informations, joué à Paris contre l'avis de son équipe médicale, laquelle lui a ensuite déposé un véto formel pour participer à Wimbledon, où il avait dans un premier temps envisagé un retour.
Le fait que le désormais ancien numéro un français ait tenté une reprise à Toronto est une bonne nouvelle sur le plan purement clinique, indiquant sans doute une totale consolidation de l'os. Mais le fait que la douleur soit revenue malgré les examens positifs est en revanche une bien mauvaise nouvelle, venue montrer que le mal est certainement plus ancré, plus profond que prévu. Donc plus inquiétant.
Il semble qu'Arthur a deux situations à gérer : une lésion aigue et une lésion chronique. Ce "gamin" a mal au dos depuis son adolescence, avec tout l'impact psycho-émotionnel que cela comporte.
"Sans connaître son dossier médical, il semble qu'Arthur a deux situations à gérer aujourd'hui : une lésion aigue, qui est semble-t-il guérie ou en voie de guérison, et une lésion chronique, poursuit Mathias Willame. Ce 'gamin' a mal au dos depuis son adolescence, avec tout l'impact psycho-émotionnel que cela comporte dans la mémorisation de la douleur. On peut penser que cette nouvelle lésion osseuse contractée à Roland-Garros a eu un impact sur sa boucle sensori-motrice qui, elle, continue de renvoyer des informations de douleur. Si tel est le cas, c'est cette lésion de la boucle sensori-motrice qui doit être prise en charge."
Ancien kiné de l'équipe de France de golf notamment, Mathias Willame a ensuite fondé Human Physio, un institut de kinésithérapie intégrative qui propose une prise en charge de la blessure basée, justement, tant sur le traitement de la lésion que de cette boucle sensori-motrice. Selon lui, l'histoire personnelle d'Arthur Fils, marquée par le port du corset à la fin de son adolescence, joue un rôle important dans le caractère récalcitrant de sa blessure aujourd'hui.
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"Si l'on reprend la définition de l'OMS d'une douleur chronique, ce n'est pas parce qu'une lésion est cicatrisée que la douleur n'existe pas, enchaîne-t-il. Elle peut être ailleurs, et notamment dans le cerveau. Cela n'a rien à voir avec un aspect psychologique. C'est un ressenti, une mémoire traumatique située dans le corps, dans les muscles, dans le système nerveux, qui modifie en quelque sorte la carte mémoire du cerveau et entretient la chronicité d'une douleur. Une hypothèse, dans le cas d'Arthur, est que cette nouvelle blessure est peut-être venue s'inscrire comme un événement supplémentaire dans une histoire qui dure depuis des années. Au-delà du côté biomécanique, pour qu'il s'en sorte, il va falloir le reprogrammer."
Pas simple. Pour la petite histoire, lorsqu'il est revenu à Toronto cet été, Arthur Fils s'est incliné au deuxième tour contre Jiri Lehecka, qui a souffert lui aussi d'une fracture de fatigue au dos en 2024. Le Tchèque en a été quitte pour trois mois et demi d'absence– entre fin avril et mi-août – avant de revenir en fin de saison, presque comme si de rien n'était. Encourageant.
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Mais la comparaison entre les deux histoires s'arrête là. D'abord parce que Lehecka souffrait d'une fracture au niveau de la région thoracique – la vertèbre T9 – et non dans le bas du dos. Ensuite parce qu'il n'avait pas le même passif qu'Arthur. Dans son cas, une "simple" consolidation osseuse, assortie tout de même d'un repos total de huit semaines, avait suffi à sa guérison. Dans le cas d'Arthur, les choses sont manifestement plus compliquées.
Pour ce type de blessure, la convalescence prend généralement jusqu'à six mois. L'absence prolongée d'Arthur ne me surprend donc pas.
Carlos Carvalho, qui est le physio de Lehecka depuis 2014, s'est dit lui-même surpris du timing de reprise initialement annoncé par le joueur français : "Au début, les premières informations annonçaient une possible participation à Wimbledon et je trouvais le délai très court car je sais que pour ce type de blessure, la convalescence prend généralement jusqu'à six mois, nous a expliqué le Portugais. Aujourd'hui, l'absence prolongée d'Arthur ne me surprend donc pas. Le bas du dos est une zone très sensible pour un joueur de tennis. A ce stade, l'essentiel pour lui est d'identifier les causes sous-jacentes possibles afin de prévenir de nouveaux risques de récidive."
On en revient au même point : s'attaquer au mal mais, surtout, à la racine du mal. Dans ce processus, la tentative de reprise estivale n'était peut-être pas la meilleure idée que le Francilien ait pu avoir. On comprend d'autant mieux aujourd'hui son empressement à ne pas se presser de revenir. Surtout en cette période de fin de saison où il n'avait, finalement, pas grand-chose à gagner. Mais surtout beaucoup à perdre.
Quand il reprendra début 2026 (souhaitons-le), Arthur Fils occupera son classement le plus bas depuis plus de deux ans, probablement au-delà du top 40. Anecdotique au regard de la priorité qui est la sienne aujourd'hui : retrouver un dos en parfait état de marche, et pouvoir reprendre ainsi le fil d'une histoire qui ne saurait s'arrêter comme ça, au beau milieu de son chapitre le plus captivant.
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