Tennis - Vainqueur à Barcelone, Arthur Fils nous a redonné le permis de rêver (et c'est déjà beaucoup) à l'approche de Roland-Garros
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 21/04/2026 à 09:12 GMT+2
En triomphant dimanche à Barcelone dans la lignée d'un retour de blessure magistral cette saison, Arthur Fils n'a pas seulement confirmé le potentiel qu'on lui prête depuis longtemps. Il l'a magnifié, en implémentant de nouvelles choses à son jeu. Et voilà que la machine à s'emballer s'est remise à tourner à plein régime par chez nous. Déraisonnable ? Peut-être. Mais c'est ça qui est bon, non ?
Du show, des sueurs froides et la victoire : le résumé de Fils-Rublev en finale
Video credit: Eurosport
Si vous suivez le tennis dans les médias, vous avez difficilement pu y échapper. On parle de cette sortie remarquée d'un chroniqueur chez nos confrères de RMC qui a voulu tempérer les ardeurs autour du parcours d'Arthur Fils à Barcelone : "Cela fait trois ans qu’on nous explique que Fils est un phénomène mais il se blesse parfois en ouvrant le placard de sa cuisine donc ça me dérange un peu lorsqu'on a un jeu aussi physique, s'est ainsi emporté Simon Dutin. Ce n’est pas que j’ai peur d’être déçu, c’est que j’en ai marre d’être déçu. Quand tu regardes le palmarès d’Arthur Fils, c’est d’avoir failli battre Alcaraz à Monte‐Carlo en 2025. Il manque du gras pour parler d’un phénomène."
Bon, les mots ont peut-être un peu dépassé sa pensée. D'autant qu'entre-temps, Fils a bel et bien rajouté une ligne de choix à son palmarès en devenant dimanche le deuxième joueur français à triompher à Barcelone, 41 ans après Thierry Tulasne. Mais on a compris l'idée. Ce cri du cœur, ce n'était pas celui d'un anti-joueur français primaire. C'était surtout celui d'un amoureux de tennis un peu lassé de collectionner les râteaux depuis l'inoubliable idylle de Yannick Noah avec Roland-Garros en 1983. Et qui préfère désormais se protéger plutôt que d'espérer trop fort. C'est humain, après tout.
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Un dernier échange de patron pour faire craquer Rublev : la balle de titre de Fils
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Mais cette saillie n'aurait pas existé s'il n'y avait pas, malgré tout, une étincelle d'espoir. Merci donc à Arthur Fils d'avoir rallumé la lumière, en triomphant dans un tournoi qui ne couronne généralement que des cadors de la terre battue. Il suffit de jeter un œil au palmarès de Barcelone : aucune trace d'un vainqueur n'ayant pas a minima disputé une finale en Grand Chelem ou de Masters 1000, au moins depuis la création de ces derniers en 2009 (et bien plus que cela, en réalité). En résumé, Barcelone, c'est la crème. Catalane, bien entendu.
Arthur Fils, lui, n'a (à 21 ans) "que" quatre titres à son actif et n'a pas encore atteint le top 10 – une question de temps, sans aucun doute. La réalité oblige aussi à rappeler qu'il n'a pas eu à battre le gratin mondial à Barcelone. Carlos Alcaraz s'est retiré sur blessure, Jannik Sinner et Novak Djokovic étaient absents, et Alexander Zverev a préféré jouer chez lui, à Munich. À partir de là, on n'ira pas jusqu'à dire que son sacre relevait de la plus pure logique. Mais disons qu'il ne suffit pas encore à en faire un favori de Roland-Garros.
Il ne s'en est jamais caché : son objectif est d'aller chercher un tournoi du Grand Chelem. Et si possible Roland.
Pourquoi, dès lors, ne parle-t-on depuis dimanche que de son rendez-vous avec la Porte d'Auteuil ? "Par la force des choses : parce qu'en ligne de mire d'une saison sur terre battue, c'est forcément Roland-Garros, d'autant plus quand on est Français et quand on voit le niveau de jeu d'Arthur aujourd'hui, répond notre consultant Nicolas Escudé, qui a commenté la finale remportée par le Français aux dépens d'Andrey Rublev. Lui n'y pense probablement pas encore. Mais il ne s'en est jamais caché : son objectif est d'aller chercher un tournoi du Grand Chelem. Et si possible Roland. Mais d'ici là, pas mal de choses peuvent encore se passer."
Disons-le clairement : aujourd'hui, il n'est pas raisonnable de placer Arthur Fils sur la carte des favoris de Roland-Garros. Pas encore. Pas tout de suite. Pas quand on n'a encore jamais fait mieux qu'un huitième de finale en Grand Chelem (Wimbledon 2024) ou une demi-finale en Masters 1000 (Miami 2026). Pas tant qu'on n'a encore jamais battu ni Carlos Alcaraz, ni Jannik Sinner. Mais être raisonnable, est-ce bien raisonnable ? Après tout, il en va du tennis comme de l'amour : le cœur a ses raisons que la raison ignore. Ce que l'on veut dire, c'est que rien n'interdit de rafler le jackpot sans avoir préalablement tourné autour.
La vérité, c'est que dans l'imaginaire collectif, Arthur Fils a relancé la machine à rêver dimanche. C'est peut-être un peu irrationnel, voire absurde. Quand on gagne à 20 ans un tournoi 500 en battant Alexander Zverev en finale (Hambourg 2024), il n'y a aucune raison de ne pas en faire de même deux ans plus tard. Fils est simplement revenu là où sa trajectoire devait le mener avant sa blessure au dos l'an dernier : aux portes de l'élite. Peut-être même déjà dans la pièce. Son potentiel, on le connaît depuis longtemps. Son sacre barcelonais ne l'a pas révélé : il l'a confirmé.
Un jeu sans cesse en pleine évolution
Rien de neuf sous le soleil, vraiment ? Pas tout à fait, quand même. Le timing de ce titre compte énormément dans l'emballement général. C'est la première fois, depuis Cédric Pioline à Monte Carlo en 2000, qu'un joueur français remporte un aussi gros tournoi sur terre battue dans la période pré-Roland-Garros. Forcément, cela titille l'inconscient. Et puis, il y a aussi la manière. Passé son premier tour très hésitant face à Terence Atmane, le numéro 1 français a ensuite survolé son sujet face à des valeurs étalons de la terre battue comme Musetti ou Rublev. Parfois même en leur marchant dessus. Et sans surjouer. Comme si tout cela était parfaitement normal.
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Fils : "Dans la diagonale de revers, je peux être solide pendant dix heures"
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"Déjà, en 2025, on avait pu voir à quel point Arthur se sent à l'aise sur terre battue. Mais je trouve que ce qu'il fait cette année, c'est encore plus fort, poursuit Nicolas Escudé. L'an dernier, il avait des fulgurances sur certains matches, et d'autres très compliqués. Là, c'est beaucoup plus régulier. C'est incomparable. Bien sûr, on n'oublie pas ces balles de match sauvées contre Atmane, comme contre Tommy Paul à Miami. Mais cela montre justement, au-delà de sa détermination et de sa force mentale, une construction des choses."
Il ne fait désormais plus de doute qu'Arthur Fils est revenu plus fort qu'avant sa blessure. Vous nous direz qu'à son âge, c'est dans l'ordre des choses. Mais pas forcément. Sa vraie force, c'est d'implémenter sans cesse quelque chose dans son jeu. Sa carcasse est trop lourde ? Il s'allège de quelques kilos. Sa gestuelle en coup droit est trop ample ? Il la simplifie au possible. Son équipe doit s'étoffer ? Bienvenue Goran Ivanisevic. Son tennis est trop énergivore ? Il décide de réduire la perte d'influx entre les points, même s'il a fallu qu'il "se réactive" à bon escient pour conclure une fin de finale tendue contre Rublev. Changer, toujours, pour aller vers le "mieux". Cela ressemble fort à la signature des plus grands.
La seule inconnue qui reste, ce sont les Grands Chelems et la gestion des matches en cinq sets.
Si bien qu'aujourd'hui, quand on regarde Arthur Fils, il ne reste plus beaucoup de "mais". Tennistiquement, les failles sont difficiles à trouver. Physiquement, on a affaire à une machine, même si une incertitude demeure effectivement sur la durée. Mentalement, il dégage une confiance et une sérénité rares chez un joueur français, pour ne pas dire inédites. Dire que les feux sont au vert relève de l'euphémisme.
"La seule inconnue qui reste, ce sont les Grands Chelems et la gestion des matches en cinq sets, conclut Escudé. Il faut voir aussi quel classement il occupera à Roland-Garros pour le positionnement des têtes de série. S'il n'avait pas gagné à Barcelone, il aurait même pu ne pas l'être du tout et affronter Sinner ou Alcaraz au premier ou deuxième tour. Et là, l'histoire, évidemment, n'est pas du tout la même. Il y a encore tout cela à reconstruire. Mais tout montre que les choses avancent dans le bon sens."
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"Ce que réalise Fils, c’est monstrueux"
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Les Masters 1000 de Madrid, puis de Rome le cas échéant, nous diront un peu mieux quelles attentes on est en droit d'avoir pour Arthur Fils à Roland-Garros. Deuxième semaine ? Quart de finale ? Demi-finale ? Mieux encore ? Personne ne peut savoir. On n'est pas à l'abri, non plus, d'une déconvenue précoce qui ne devrait surtout pas tout remettre en cause. Car si ça ne marche pas aujourd'hui, ça sera peut-être demain. L'essentiel, c'est qu'Arthur Fils a redonné au tennis français cette sensation qu'il avait un peu perdu : le droit de rêver. Fort. Sans limite et sans objection. Ça faisait longtemps. Et ça fait tellement de bien…
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