Sur le circuit, il fait l’unanimité. Tous ses collègues s’accordent à le dire : Félix Auger-Aliassime a un avenir brillant devant lui. Une assertion que la précocité du jeune homme au plus haut niveau tend à renforcer. Plus jeune joueur à gagner un match sur le circuit Challenger (en 2015 à 14 ans et demi), plus jeune demi-finaliste de l’histoire du tournoi de Miami l’an passé (à 18 ans et 7 mois), il est aussi devenu le plus jeune professionnel depuis Rafael Nadal en 2005 à compter 5 finales à son actif sur le circuit ATP en février dernier à Marseille. Mais ces chiffres, prometteurs, ont eu du mal à le consoler dimanche à Cologne quand il a, de nouveau, échoué à ouvrir son palmarès.

ATP Cologne
Zverev trop fort pour Auger-Aliassime
18/10/2020 À 13:52

Les mots empreints de classe de son bourreau du jour n'ont vraisemblabment pas aidé non plus le Canadien à avaler une pilule bien amère. "Je sais que ça ne veut peut-être pas dire grand-chose là maintenant pour toi, mais je suis sûr tu ne vas pas seulement gagner un titre dans ta carrière, mais plusieurs et des plus importants que celui-ci", avait estimé Alexander Zverev lors de la cérémonie de remise des trophées. Objectivement d’ailleurs, il n’y a aucune raison pour Auger-Aliassime d’être embarrassé par le résultat de cette 6e finale : son adversaire était favori, tête de série numéro 1 du tournoi, et a, après tout, tenu son rang.

Je ne joue pas bien en finale, c'est juste dur à accepter

Mais ce n’est pas ce qui préoccupe l’actuel 22e joueur mondial. La frustration naît plutôt du tennis produit lors de cette sèche défaite (6-3, 6-3) en à peine 1h20. "Je ne joue pas bien en finale. Je ne parviens pas à développer mon tennis. C’est juste dur à accepter. Donc je n’ai pas grand-chose à dire de plus que je suis de mon niveau aujourd’hui (dimanche)", a-t-il confié en toute sincérité. Car les statistiques sont implacables : en 6 essais, non seulement le Canadien n’a jamais triomphé, mais il n’a surtout pas gagné le moindre set.

Et le statut de ses rivaux ne suffit pas à l’expliquer. Si ces trois derniers revers secs ont tous été concédés contre des joueurs alors membres du Top 10 – Zverev, Stéfanos Tsitsipas à Marseille et Gaël Monfils à Rotterdam –, les trois premiers l’avaient été face à des adversaires plus "accessibles" bien qu'un peu plus expérimentés : Laslo Djere à Rio, Benoît Paire à Lyon et Matteo Berrettini à Stuttgart. D'où l'idée lancinante qu'une sorte de blocage mental s’est construit chez lui. "Bien sûr que la nervosité a joué. Je vais essayer de travailler et de trouver une manière de la surmonter", a-t-il encore considéré.

Félix Auger-Aliassime à Cologne en 2020

Crédit: Getty Images

Auger-Aliassime n’est pas le premier à connaître pareille mésaventure. Et il a d’ailleurs de la marge avant de se considérer maudit comme a pu l’être par exemple un Julien Benneteau (10 échecs en finale et aucun titre) dans une carrière par ailleurs parsemée de coups d’éclat. A tout juste vingt printemps, il serait bien prématuré de s’affoler pour un joueur déjà si régulier au haut niveau et qui navigue autour du Top 20 depuis un an et demi. Mais le bonhomme pâtit-il des attentes qu’il suscite depuis des années ?

Une pression difficile à gérer certes, mais signe de son ambition

Né un 8 août comme son idole Roger Federer, souffrirait-il d’éventuelles comparaisons bien prématurées à l’image d’un Richard Gasquet voici quelques années en France ? "Ici (au Canada, NDLR), on ne l'a jamais considéré comme un phénomène. On a essayé de lui éviter toute pression inutile quand les gens ont commencé à s'intéresser à lui. Maintenant, on lui laisse faire ses propres choix. Pour être un très grand champion, il faut faire face à tout ce qui vient", avait observé Guillaume Marx, l'un de ses deux coachs tricolores avec Frédéric Fontang, l’an passé dans Le Parisien.

Si Auger-Aliassime subit une pression quelconque, c’est donc d’abord de celle qu’il se met lui-même. Car le garçon est ambitieux et déjà très bien structuré : il sait où il veut aller et comment le faire. Physiquement, il s’est bien étoffé ces derniers mois. Nouveau membre du Conseil des joueurs de l'ATP et engagé dans un projet pour soutenir l'éducation au Togo, il fait également preuve d'une maturité bluffante en dehors des courts.

Un revers toujours délicieux et une montée en puissance : Thiem assume son statut

S'aguerrir au contact des meilleurs

Il n’y a encore que sur le plan mental que sa jeunesse lui joue encore des tours, quand il enchaîne subitement les doubles fautes par exemple alors qu’il semblait maîtriser totalement son match. Face à Dominic Thiem en huitième de finale de l’US Open, ce côté encore trop tendre dans la tête était d’ailleurs ressorti après la perte du premier set au tie-break. Mais comme le Canadien le dit lui-même, pour progresser, il faut s’aguerrir. Et pour s’aguerrir, la répétition de ces confrontations avec les meilleurs joueurs du monde joue un rôle fondamental.

L’air de rien, à Flushing Meadows en août, il avait franchi un nouveau cap en atteignant la seconde semaine d’un tournoi du Grand Chelem pour la première fois de sa carrière. A l’instar de la devise tatouée sur le bras de Stan Wawrinka, l’important n’est pas d’échouer, mais d’utiliser l’échec pour échouer mieux (et pourquoi pas réussir) à l’avenir. Alors après sa 6e chute, Auger-Aliassime remonte vite en selle cette semaine encore à Cologne, où l’attend le Biélorusse Egor Gerasimov au 2e tour. Avec pourquoi pas le secret désir de retrouver Zverev en finale dimanche, et retenter sa chance une 7e fois.

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