ATP Dubai : Gilles Simon est-il le coach idéal pour Daniil Medvedev ou lui ressemble-t-il trop pour l'aider vraiment ?
Mis à jour 28/02/2024 à 14:04 GMT+1
Gilles Simon accompagne cette semaine sur le circuit Daniil Medvedev en tant que second coach à Dubai. Les similarités entre les deux hommes dans l'approche du tennis ont donné à cette nouvelle association des allures d'évidence alléchante. Mais est-ce pour autant une assurance de succès pour faire progresser le Russe dans les domaines qu'il maîtrise moins ?
Fonseca et Mensik, les enfants de Djokovic ?
Video credit: Eurosport
Qui se ressemble s'assemble, dit-on communément. Et c'est précisément ce qui est venu à l'esprit de nombre d'observateurs du circuit quand l'information de la nouvelle collaboration entre Daniil Medvedev et Gilles Simon est tombée la semaine dernière. En tant que tennismen, le Russe et le Français partagent de nombreux points communs dont notamment une qualité de balle "cotonneuse" sur laquelle leurs adversaires ont du mal à appuyer et une science du jeu qui fait justement déjouer leurs rivaux. Alors finalement, quoi de plus logique à ce que le second, retraité des courts depuis plus d'un an, entraîne le premier ?
"Quand Daniil Medvedev est arrivé sur le circuit, on a vu de vraies similitudes avec le jeu de Gilles, une certaine forme de tactique un peu identique, acquiesce Arnaud Clément, consultant pour Eurosport. Ce sont des joueurs très cérébraux, on le sent, qui réfléchissent, qui cherchent constamment des solutions, même s'il manque parfois des choses dans leur tennis. Ce qu'ils font, ils le font très, très bien. On sent chez les deux cette recherche tactique en fonction du moment d'un match, de l'adversaire. Les choses ne sont pas linéaires. J'imagine qu'ils vont se comprendre, après, il faut qu'ils soient d'accord sur les solutions à trouver. Mais si Medvedev fait appel à Gilles, c'est qu'il voit en lui certaines choses qu'il recherche."
rechercher l'alterite pour progresser : le contre-exemple djokovic-ivanisevic
L'expérience démarre donc cette semaine à Dubai entre deux hommes apparemment faits pour s'entendre. Et partager la même vision, susciter l'adhésion de son joueur est une des conditions sine qua non pour garantir un certain succès et obtenir des résultats. Mais est-ce pour autant une bonne idée ? Car si s'identifier à son coach permet de rendre plus fluide la relation, cela ne signifie pas que cela permette de progresser. L'effet-miroir a ses avantages et ses inconvénients, il peut souligner ses qualités autant que rappeler l'ampleur de ses propres défauts.
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Le long de ligne parfait de Medvedev
Video credit: Eurosport
Si Daniil Medvedev veut progresser dans son jeu vers l'avant, son toucher au filet, ou encore sur terre battue, Gilles Simon est-il le mieux placé pour lui en donner les clés techniques, lui qui affichait aussi des lacunes dans ces secteurs ? La question est d'autant plus intéressante quand on la confronte aux choix en termes de coaching du meilleur joueur du monde, Novak Djokovic. Pour progresser à la volée et au service, le Serbe a ainsi pu compter sur les conseils de maîtres de ces coups comme Boris Becker, puis Goran Ivanisevic, tous deux très éloignés de son propre tennis. Avec des résultats probants à la clé.
"Le style de jeu ne définit pas la compréhension du tennis"
Au contraire, avoir un coach au style proche du sien pourrait ainsi sembler limitant, comme une manière de refuser de sortir de sa zone de confort. "Je ne pense pas que le style de jeu définisse notre compréhension du tennis, tempère Arnaud Clément. L'analyse, on l'a ou on ne l'a pas. Certes peut-être pas avec le même degré dans tous les compartiments du jeu. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas soi-même par exemple une très bonne technique en coup droit qu'on ne va pas être un très bon technicien. Sur le côté technique, ça peut même être l'inverse. Parfois quand on a un tennis extrêmement naturel et instinctif, on peut avoir beaucoup plus de mal à décortiquer un coup et à savoir pourquoi on a réussi ou raté, ou à donner des conseils. Tout simplement parce que cette réflexion, on ne l'a pas forcément. Ce n'est pas une règle."
Et pour cause, pour faire une analogie avec le football, être un grand joueur, un génie sur le terrain n'assure pas, loin s'en faut, de devenir un grand entraîneur. Et travailler les points forts en tennis est au moins aussi important que tenter de gommer ses faiblesses. C'était d'ailleurs la philosophie d'un certain Roger Federer qui s'était donné un second souffle en engageant Stefan Edberg à l'intersaison 2013-2014, son idole d'enfance au tennis offensif convenant parfaitement au style du Suisse. La clé réside avant tout dans le message à transmettre et la méthode pour y parvenir.
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Gilles Simon avec le clan de Daniil Medvedev en tribune à Dubai en 2024
Crédit: Imago
De l'art de la transmission
"C'est une démarche, insiste l'ancien capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis. Zinedine Zidane en foot par exemple, il s'en est donné les moyens : il a voulu être entraîneur, il est allé se former comme tout le monde. Gilles a fait ça aussi à la fin de sa carrière. Il a suivi une formation complète à la Fédération française de tennis (FFT), pas simplement tournée vers le haut niveau d'ailleurs. Il était en club, il entraînait des petits et j'ai entendu beaucoup de retours très positifs. Il a cette volonté de transmettre. Il a énormément échangé aussi pendant toute sa carrière avec beaucoup d'entraîneurs, c'est quelque chose qui l'a toujours intéressé. Je pense qu'il va progresser dans cette voie assez rapidement."
Peu importe finalement de voir son reflet ou non dans son coach, tant que celui-ci ne se censure pas dans l'observation et que la confiance est là. De ce point de vue, il n'y a pas trop à s'inquiéter pour Gilles Simon, connu pour son franc-parler. En termes de pure analyse tennistique, difficile de faire mieux. Il n'y a plus qu'à le prouver sur le court dans les semaines et mois à venir.
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