Le pourquoi du comment

Si la perfection n'est pas de ce monde, Alexander Zverev n'est tout de même pas loin d'avoir livré la finale parfaite dimanche au Pala Alpitour de Turin. Si l'Allemand nourrissait le moindre début de complexe contre Daniil Medvedev après ses cinq défaites consécutives, il l'a bien caché. Du premier au dernier jeu, il s'est comporté en patron. Sur ce que les deux hommes avaient montré cette semaine, et au vu de leur duel très indécis en phase de poule, le voir s'imposer n'est pas une surprise monumentale, malgré l'ascendant pris par le Russe depuis un peu plus d'un an. Mais la manière, elle, est époustouflante. C'est simple, Medvedev n'a pas existé.

Un service de plomb et beaucoup d'audace : comment Zverev a écoeuré Medvedev en finale

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On pouvait craindre pour le champion olympique qu'il ne paie les efforts consentis face à Novak Djokovic lors de leur demi-finale tardive de samedi soir, mais il n'en a rien été. C'est d'ailleurs en appliquant les mêmes recettes que la veille que Zverev a surplombé cette finale :
. Impérial au service : Sa première balle aura été quasiment injouable ce week-end. Face aux deux meilleurs relanceurs de la planète, ce n'est pas rien. Mais c'est sans doute sa seconde balle, ultra-agressive, qui a donné une autre dimension à ce secteur du jeu pour le Hambourgeois. Comme un symbole, il a fini son Masters par un ace... sur second service. Il n'a pas concédé la moindre balle de break.
. Impérial à l'échange : Là encore, comme contre Djokovic, il a dominé la filière longue. A la fois juste tactiquement, agressif et avec un minimum de déchets, Zverev a totalement étouffé un Medvedev que l'on n'avait plus vu aussi démuni depuis bien longtemps.
Le vainqueur de l'US Open est resté calme, peut-être un peu trop même, comme s'il avait accepté très (trop) vite la supériorité de son adversaire. C'est en cela que Daniil Medvedev a été le plus décevant dimanche. Mais la faute, ou plutôt le mérite, en revient largement à son bourreau du jour. Sur le fond comme sur la forme, Alexander Zverev a signé une grande victoire, au terme de ce qui est sans doute un de ses matches les plus aboutis et n'est pas loin, en élargissant à l'ensemble de ce week-end, de constituer le plus bel enchaînement de sa carrière.

Un ace sur seconde pour parachever son chef d'oeuvre : Zverev a eu tout bon jusqu'au bout

Le moment-clé

Peut-être le break d'entrée de seconde manche, qui a définitivement laissé la tête de Daniil Medvedev sous l'eau. Le premier acte n'incitait pas à l'optimisme pour le Moscovite, mais il n'y avait au fond rien de dramatique. Après tout, il avait aussi perdu la manche initiale l'an dernier en finale contre Dominic Thiem avant de s'imposer. Mais cette seconde gifle a eu raison de lui. Et ce jeu symbolise assez bien la manière dont il a été totalement dépassé. Par deux fois, il a explosé à l'échange. Sur un troisième point, Zverev s'est posté à l'intérieur du court pour finir sur un revers d'école. La finale avait débuté depuis à peine plus de 40 minutes. A 6-4, 2-0, elle était terminée.

Daniil Medvedev

Crédit: Getty Images

La fiche du match

STATSZVEREVMEDVEDEV
Points gagnés6151
Aces83
Doubles fautes12
Pourcentage 1re balle74%59%
Réussite 1re balle83%74%
Réussite 2e balle57%54%
Balles de break2/40/0

La stat : 2

Alexander Zverev a donc rejoint la caste des multiples vainqueurs du Masters en s'offrant son deuxième titre après celui conquis en 2018. Mais là où le cas du joueur allemand est inédit, c'est qu'il est le premier, parmi la dizaine de joueurs avec au moins deux Masters à leur palmarès, à ne jamais avoir remporté de titre du Grand Chelem. Toutefois, son ancien coach Ivan Lendl avait lui aussi glané ses deux premiers Masters avant d'accrocher son premier Majeur. Et Zverev n'a encore que 24 ans.

La décla : Alexander Zverev

"C'était super. Réussir ce match dans une finale, face à un adversaire contre lequel j'avais perdu cinq fois de suite… Il n'y avait pas de meilleure manière de finir la saison. Je suis vraiment très heureux. Je suis content d'être en vacances après cette victoire. Je suis très impatient d'attaquer la prochaine saison."

La question : Zverev est-il prêt à aller chercher son premier Grand Chelem ?

Alexander Zverev aura donc remporté les deux plus grands tournois de l'année en deux sets gagnants : les Jeux Olympiques et le Masters. Avec la manière, puisque, au cumul des rendez-vous de Tokyo et de Turin, il aura battu deux fois Djokovic et une fois Medvedev. En poussant le bouchon un peu loin, on pourrait même faire de lui le numéro un mondial... hors Grand Chelem. Evidemment, ce titre-là n'est même pas honorifique, les Majeurs constituant la référence principale, et même presque sacrée. La carrière d'un champion est d'abord jugée selon ce critère.
Il lui manque donc toujours ce Graal absolu et cette lacune apparaît plus criante encore depuis le couronnement de sa victime du jour lors du dernier US Open. En Grand Chelem, il a franchi un premier cap d'importance : il remporte désormais quasiment tous les matches qu'il doit gagner. Finies les sorties de route régulières en première semaine. Cette année, seule sa défaite contre Félix Auger-Aliassime en huitièmes de finale de Wimbledon peut être appréhendée comme une contre-performance. Pour le reste, il a buté deux fois sur Djokovic (en quatre et en cinq sets à Melbourne et New York) et sur Tsitsipas (en cinq sets à Paris). Un quart, deux demies. On pourrait y voir un recul par rapport à 2020 où il avait, en trois Majeurs, disputé une demie et sa première finale.

Une grande bagarre plus qu'un immense match : Djokovic a fini par faire plier Zverev

Mais la lecture brute et froide de ces résultats ne dit pas tout. Le Zverev 2021 a changé de dimension dans le jeu. C'est encore plus vrai lors de son second semestre. Dans le comportement, depuis son titre olympique, l'évolution est marquante, et le dernier week-end de sa saison ne pouvait mieux le confirmer. Il dicte désormais plus souvent le jeu qu'il ne le subit, y compris face à un Djokovic ou un Medvedev. Et sa deuxième balle, qui fut si longtemps un boulet au pied, est en train de devenir une arme.
S'il garde ce cap, il n'y a aucune raison que l'Allemand ne mette pas tôt ou tard dans le mille en Grand Chelem. Oui, il y a un monde entre le format en deux sets gagnants et celui au meilleur des cinq manches. Mais ce n'est pas une question physique. Dès le début de sa carrière, Zverev a beaucoup gagné en cinq sets. C'est avant tout une affaire d'étoffe dans le jeu et de conviction. Sur ces deux plans, il nous semble que le numéro 3 mondial dispose à présent de toute la palette nécessaire. Rien n'est jamais sûr dans une carrière, et encore moins la quête d'un Grand Chelem. Mais ce Zverev-là a vraiment les cartes en main pour passer à l'étape ultime. A ce stade, le voir signer une victoire majeure nous surprendrait moins que le contraire. A lui de jouer.

Alexander Zverev, maître et bientôt seigneur ?

Crédit: Getty Images

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