ATP Finals : Jannik Sinner, le Novak Djokovic 2.0 est arrivé, et son règne ne fait (peut-être) que commencer
Mis à jour 18/11/2024 à 20:36 GMT+1
Jannik Sinner a conclu en beauté dimanche une saison impressionnante en allant chercher le Masters devant son public à Turin. Un 8e trophée en 2024 et une cerise sur le gâteau après ses deux premiers titres du Grand Chelem conquis à Melbourne et New York. L'Italien n'a pas fait que conquérir la place de n°1 mondial : il s'est installé confortablement sur le trône et sera difficile à déloger.
Alcaraz, les limites d’un phénomène ?
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On l'avait senti venir. Mais sans doute pas dans ces proportions. La fin de saison 2023 en boulet de canon de Jannik Sinner – il avait gagné 20 de ses 22 derniers matches après l'US Open, battant au passage deux fois Novak Djokovic, patron alors incontestable et incontesté du circuit – traçait des perspectives intéressantes. Beaucoup le voyaient jouer au moins une première finale en Grand Chelem, voire conquérir un Majeur et se demandaient s'il avait les épaules d'un futur numéro 1 mondial. Le Transalpin a fait bien mieux : il a imposé sa nouvelle loi, tyrannique.
"Djokovic a eu besoin de souffler et Sinner a pris le pouvoir. Avec sa victoire sur le Serbe déjà en poule du Masters 2023, on sentait qu'il se rapprochait, et en le battant en demi-finale de l'Open d'Australie, son tournoi, il a marqué les esprits et probablement celui de Djokovic", analysait dimanche notre consultante Justine Henin dans l'Eurosport Tennis Club. Et pour cause, ce coup de force, associé à sa remontée de deux manches à rien en finale contre Daniil Medvedev, a eu l'effet d'un déclic pour le protégé de Simone Vagnozzi et Darren Cahill.
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La démonstration de Sinner face à Djokovic en vidéo
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Djokovic 2011 - Sinner 2024, avènements parallèles
Non seulement Sinner a balayé les derniers doutes sur sa capacité à triompher en Grand Chelem et sur le format exigeant des cinq sets, l'épreuve ultime, mais il a conquis une foi inébranlable en ses capacités. Une prise de conscience comparable à celle de Novak Djokovic en 2011, dans le sillage de son triomphe à Melbourne. Il est d'ailleurs assez frappant que, comme pour le Serbe fin 2010, le Transalpin ait lancé la machine par la conquête de la Coupe Davis (en s'imposant d'ailleurs face au "Djoker" en demi-finale) quelques semaines plus tôt.
La saison 2024 de Sinner n'est pas exactement du même acabit que la cuvée 2011 de Djokovic avec son petit Chelem et ses dix trophées (huit pour l'Italien) en tout. Mais le parallèle reste frappant d'un point de vue statistique : 70 victoires en 76 matches dans les deux cas (92 % de réussite), 15 tournois disputés de chaque côté. Dans leur domination sans partage, les deux ont connu d'ailleurs un petit creux : en fin de saison en 2011 pour le "Djoker" alors épuisé, entre la fin de printemps et le début d'été dernier pour Sinner, affecté par des problèmes de hanche et l'épée de Damoclès (alors inconnue du grand public) du jugement de son affaire de dopage.
On peut également rapprocher cette saison 2024 fantastique de sa devancière pour Djokovic. En 2023, ce dernier avait certes fait encore plus fort en validant un nouveau petit Chelem, mais Sinner a été plus régulier sur l'ensemble de l'année avec un pourcentage de succès plus important (92 % contre 89 % et une défaite de moins). Mais au-delà des chiffres, il y a évidemment cette ressemblance dans le style : une pression suffocante imposée à l'adversaire en retour, une régularité à l'échange et dans la longueur de balle de métronome et des progrès récents et significatifs au service.
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Qui avait prédit Sinner numéro 1 ? Retour sur les pronos de nos consultants en début de saison
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Une mise à jour du logiciel serbe pour une nouvelle ère
La trajectoire de Sinner semble calquée sur celle de son illustre aîné. Lui aussi s'est construit petit à petit un mental d'acier, même si son caractère introverti diffère évidemment de celui plus volcanique de Djokovic. "Les stats de toute sa saison – on peut reprendre même celles depuis l'US Open de l'année dernière puisqu'il avait fini fort –, sont impressionnantes. Ce qui est fabuleux, c'est qu'il n'y a absolument aucune euphorie chez Jannik Sinner. Certains vont regretter qu'il ne s'emballe pas plus, mais il reste lui-même. Il ne va pas en faire plus pour faire plaisir aux autres", a aussi noté Justine Henin dans l'Eurosport Tennis Club.
Après avoir pris une belle claque en demi-finale samedi, Casper Ruud avait souligné une autre différence de taille : oui, Sinner retourne très bien et brille par sa constance, mais il est également plus puissant naturellement et agressif que ne l'est Djokovic. Comme si l'Italien était une mise à jour du logiciel serbe dans la nouvelle ère qui s'ouvre. Voilà qui est effrayant pour la concurrence dans les années à venir, à commencer par 2025. Reste une inconnue : sera-t-il capable comme l'homme aux 24 titres du Grand Chelem d'assumer la pression liée à son nouveau statut de monstre ?
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Sinner, une saison hors-norme à la hauteur des années folles du Big 3 ?
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À Melbourne, je ne sais pas comment je vais réagir, le tennis est imprévisible
À Melbourne, en janvier, il devra pour la première fois de sa carrière défendre un titre du Grand Chelem avec le statut naturel de favori. Comment réagira-t-il ? "Je vais rester calme, en lien avec mon équipe, prendre les choses sérieusement mais savoir aussi se détendre. Il faut trouver un bon équilibre. Il va y avoir beaucoup de premières fois dans votre vie. Peu importe si c'est un Grand Chelem, il faut être soi-même en tant que joueur, essayer de comprendre ce qui marche ou pas. A Melbourne, je ne sais pas comment je vais réagir, comment je vais jouer. Je vais me préparer du mieux possible, c'est sûr. Je dis toujours que le tennis est imprévisible, on ne sait jamais ce qui va arriver", a-t-il professé en conférence de presse à Turin.
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Sinner a souvent laissé Fritz impuissant ou loin de la balle : florilège pour un titre
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Il aurait bien tort de changer une méthode qui gagne. Chez Sinner, il y a déjà la sagesse de celui qui anticipe toutes les menaces. Ce qu'il qualifie d'"imprévisible", c'est évidemment ce qui échappe à son contrôle : le prochain jugement du Tribunal arbitral du sport (TAS) sur son affaire avec une éventuelle suspension à la clé, l'éventuel retour au premier plan d'un Djokovic remonté à bloc par une bonne préparation à l'intersaison ou l'équation Alcaraz qui l'a battu trois fois cette saison (soit la moitié de ses défaites).
Pour le reste, il n'a qu'une obsession : progresser. "Tout ce que nous pourrons prendre, on le prendra, et pour le reste, on apprend", a-t-il encore prévenu. C'est l'état d'esprit qui a guidé les trois ogres lors des deux dernières décennies. Sinner a pris le relais d'une main de fer et a peut-être ouvert son ère.
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