A l’heure où le tennis français s’interroge sur la formation mentale de ses jeunes joueurs, voilà un exemple à mettre en valeur. Ugo Humbert n’est pas du genre à rouler des mécaniques, à impressionner physiquement ou par ses cris à l'impact ses adversaires. Mais en fin de set, quand les points comptent double, ne comptez pas sur lui pour défaillir. A Halle cette semaine, sur la route de son titre décroché dimanche, le Messin a remporté 5 des 6 tie-breaks qu’il a disputés. Sam Querrey, Alexander Zverev, Félix Auger-Aliassime et donc Andrey Rublev pour finir, l’ont appris à leurs dépens : dans la tête, celui qui sera 25e mondial lundi n’est pas un enfant de chœur.
Deux membres du Top 10 battus à quelques jours d’intervalle (quatre désormais depuis ses débuts) et trois finales gagnées sur trois : voilà d’autres statistiques qui interpellent et disent beaucoup de la capacité de l’intéressé à hausser le ton quand l’occasion l’exige. "En finale, si tu t'accroches, ça ne suffit pas. Il faut produire du niveau. Je sais que je n'ai pas le choix. Quand tu n'as pas le choix, tu es dans l'action. Et j'arrive plutôt bien à gérer ça. Ça me motive. C'est génial de jouer une finale. Autant la jouer à fond, pour ne pas avoir de regrets. Ça me plaît, ça ne met pas de pression, je trouve que c'est un bon défi à chaque fois. Je crois en moi, je me dis que je peux y arriver", a-t-il expliqué après son succès.
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Une approche tactique irréprochable comme clé pour se libérer

Au plus haut niveau, tous les joueurs ont bien des qualités tennistiques communes. La densité du niveau dans le Top 100 est telle que sur le format des deux sets gagnants, les 10 ou 20 meilleurs joueurs du monde ne disposent pas d’une marge si importante que cela sur les autres. A fortiori sur gazon où le service est plus important et où la moindre saute de concentration peut faire basculer un match. Or, c’est bien sur ce plan-là que Humbert a impressionné. Gagner une fois au tie-break décisif, c’est une chose, le faire trois fois en un tournoi révèle une facette intéressante de la personnalité du Français.
Mais pour pouvoir jouer de manière si libérée, Humbert s’est donné des clefs. Très professionnel, il avait bien analysé le seul précédent match qui l’avait opposé à Rublev en indoor l’an passé (défaite de justesse 4-6, 6-4, 7-5). "Je l'avais joué l'an dernier à Saint-Pétersbourg et je savais que si je reculais et que je le laissais jouer, j'allais voyager de droite à gauche et que ça allait être compliqué. Il fallait donc que je me tienne proche de ma ligne et que je frappe fort. En essayant de trouver plus son revers et de le faire bouger. Parce que quand il est sur ses appuis en coup droit, il frappe tellement fort et il est tellement bon... Je me suis dit : 'Tente ta chance, écourte parfois les échanges'", a-t-il dévoilé.

Ugo Humbert à Halle en 2021

Crédit: Getty Images

En d’autres termes, être préparé tactiquement, c’est se donner les moyens de se lâcher sur un court, et ce surtout quand l’enjeu peut ajouter une dose de stress. Finalement, la fatigue accumulée de la semaine (il avait joué ses quatre précédents matches en trois sets) l’a peut-être aidé aussi à ne pas trop se poser de questions. Et quand le doute s’immisce, le Messin a un petit carnet qui l’aide à se recentrer aux changements de côté. "J’y ai écrit des choses qui me motivent, qui me rassurent par moments. Quand ça n'allait pas, je lisais, je me disais que je savais le faire, que ça allait le faire. Il fallait juste que je me fasse confiance. Au final, ça marche bien. J'ai mes petites routines."

Comme un poisson dans l'eau sur gazon

Mais la plus grande clé de sa réussite de la semaine réside peut-être dans le plaisir qu’il prend à évoluer sur gazon. Une surface dont il est immédiatement tombé amoureux quand il y a joué pour la première fois. "C'était sur un Challenger en 2019 (à Surbiton). Et je me suis dit : ‘C'est incroyable ce truc ! Dès que je fais un revers croisé fort, ça fuse, c'est top...’ J'avais perdu mon premier match contre Viktor Troicki, mais j'avais bien joué après à Wimbledon (défaite en 8e de finale contre Djokovic, NDLR). J'ai appris à jouer sur moquette, sur des rebonds plutôt bas. Ça me plaît bien", a-t-il encore révélé.
Contrairement à la terre battue, l’herbe sublime les grandes forces du jeu de Humbert : ce service slicé de gaucher fuyant, ce revers à plat rapide et qui fuse ou encore ce tempérament offensif qui le pousse vers le filet. C’est ce qui explique qu’il ait retrouvé si vite ses repères sur la surface alors qu’il manquait de confiance avant le tournoi de Stuttgart (6 défaites consécutives). Avec cet état d’esprit positif et ses qualités techniques indéniables, il ne le cache pas : il espère briller à Wimbledon où il sera tête de série. Une chose est certaine, pour pouvoir l’y battre, il faudra le dominer tennistiquement parce que dans le combat mental, il ne cédera pas un pouce de terrain.
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