Perte d'âme et surprises en série chez les hommes : le Miami Open a-t-il un problème ?
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 25/03/2025 à 15:21 GMT+1
Voué à devenir le cinquième Grand Chelem lors de sa création il y a quarante ans, le Miami Open semble souffrir depuis quelques années de la comparaison avec son "cousin" d'Indian Wells, tandis que le déménagement au Hard Rock Stadium en 2019 l'a dépourvu d'une partie de son âme. Même si les Français brillent, les surprises du début de tournoi n'aident pas dans cette nouvelle quête d'identité.
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Video credit: Eurosport
D'abord, il y a eu Daniil Medvedev. Puis Carlos Alcaraz. Jack Draper. Andrey Rublev. Stefanos Tsitsipas. Cinq joueurs du top 10 éliminés avant les huitièmes de finale. Six même, en rajoutant l'absence du numéro 1 mondial Jannik Sinner, suspendu. Et avec aussi la défaite de Holger Rune, les quatre demi-finalistes du Masters 1 000 précédent d'Indian Wells ont tous été battus d'entrée, une grande première. Bref. On en a vu des tempêtes tropicales à Miami. Mais rarement, sinon jamais, d'une telle ampleur, même si l'on n'est pas à l'abri, d'ici la fin de la semaine, de retrouver un océan plus pacifique qui nous ferait oublier le coup de tabac des premiers jours.
Miami n'est pas Paris, le Canada, Shanghai voire Monte Carlo, des Masters 1 000 souvent marqués par une certaine défiance à la hiérarchie, pour des raisons essentiellement liées à l'agencement du calendrier. Mais voilà quelque temps tout de même que le Miami Open vogue, lui aussi, en mer assez agitée.
Cela ne transparait pas vraiment à la lecture du palmarès, dont le ramage se rapporte à peu près à son plumage. Mais dans le détail, on se rend compte que les surprises ont souvent été de mise ces dernières années dans un tournoi qui, du reste, a également été "zappé" à plusieurs reprises par des cadors.
Le dernier numéro 1 mondial vainqueur en Floride ? Novak Djokovic, en 2016. Même si Jannik Sinner, titré l'an passé, avait déjà tout d'un boss, reste qu'il ne l'était pas encore. Et ça n'est donc pas encore cette année qu'il mettra fin à cette longue procession de rois floridiens sans couronne. Une attente "record", d'ailleurs, pour un Masters 1 000, et qui pourrait bien aussi devenir un record pour le tournoi de Miami lui-même. Lequel n'avait certes pas sacré non plus de n°1 pendant 11 ans entre 1994 (Pete Sampras) et Roger Federer (2005), mais tout de même beaucoup de cadors entre temps.
Aujourd'hui, il semble avoir ouvert une fenêtre de tir plus large aux outsiders. L'édition 2024 avait, elle aussi, été marquée par une belle hécatombe avec l'élimination de la moitié du top 10 avant les quarts. Et si trois des membres de cette élite étaient finalement au rendez-vous du dernier carré (Sinner, Medvedev et Zverev), ça n'avait plus été le cas, auparavant, depuis l'édition 2017, marquée par un "Fedal" en finale. La dernière, peut-être, avant le basculement dans une autre ère.
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Video credit: Eurosport
Passé cette année 2017, Rafael Nadal n'est plus jamais revenu à Miami. Et Novak Djokovic, le champion le plus titré de l'histoire du tournoi à égalité avec Andre Agassi (six victoires), n'y avait plus gagné que deux matches jusqu'à son retour cette année, après six ans d'absence. Certes une absence parfois forcée, à cause d'une interdiction d'entrée sur le territoire américain. Mais une absence parfois choisie aussi, à une époque de l'année où il a pris l'habitude de sacrifier les résultats à une mini-préparation foncière. Un choix également fait par Roger Federer en 2013 et 2015, alors que le Suisse avait bel et bel et bien joué à Indian Wells ces années-là.
Miami, un "simple" tournoi comme les autres qu'on pourrait se permettre de zapper à sa guise ? Ça n'était pas vraiment l'idée lors de la création en 1985 du "Lipton International Championships", d'abord disputé à Delray Beach puis à Boca Raton avant de s'établir dans la "Magic City" en 1987, sur l'île de Key Biscayne où il a véritablement forgé sa légende. À l'époque, le projet du fondateur du tournoi, Butch Buchholz, qui possède aujourd'hui un court à son nom, était plutôt d'en faire le vaisseau amiral des circuits ATP et WTA.
Auto-baptisé "tournoi des joueurs et des joueuses" et auto-proclamé cinquième Grand Chelem, un concept totalement abstrait que d'autres ont repris par la suite, le tournoi de Miami a en tout cas longtemps fait référence, sublimé notamment par la domination américaine et la rivalité Sampras-Agassi dans les années 90. Avec son incomparable ambiance latino, ses plages et ses cocotiers, il s'est d'ailleurs vu décerner à de nombreuses reprises, par l'ATP, le prix du Masters 1 000 préféré des joueurs.
Indian Wells, ce "cousin" gênant qui a bien grandi
Et puis, suivant le principe des vases communicants, le vent a semble-t-il progressivement tourné lorsque son alter-ego californien d'Indian Wells a entamé sa mue vers le paradis avec l'arrivée à sa tête du milliardaire Larry Ellison, en 2009. Autre décor, autre ambiance mais un succès désormais unanime malgré un débat récurrent sur ses conditions de jeu : depuis 2014, le BNP Paribas Open a raflé tous les ATP Awards du tournoi préféré des joueurs.
C'est que l'Indian Wells Tennis Garden, qui n'a aucune limite ni financière, ni architecturale, a pu faire ce dont Miami a été privé par les propriétaires de Crandon Park, où a été construit le stade : s'étendre à l'infini, tout en restant dans son cadre historique.
À partir de là, Miami s'est mis à souffrir de la comparaison avec son "cousin" (et néanmoins un peu rival) d'Indian Wells, lequel a en plus l'avantage de le précéder dans le calendrier, ce qui n'est pas anodin quand on connaît la difficulté d'enchaîner les deux pavés du "Sunshine Double". Le tournoi floridien, plombé par son interdiction de s'agrandir, a alors entamé sa révolution en nommant à sa tête, en 2018, l'ancien numéro 4 mondial James Blake, qui a orchestré l'année suivante le déménagement au Hard Rock Stadium, antre des Miami Dolphins, la franchise de NFL dont les sœurs Williams sont actionnaires.
Ici, c'est pas mal mais à Crandon Park, il y avait un buzz que l'on ne retrouve nulle part ailleurs.
Il fallait bien un homme aussi diplomate que Blake pour réussir, en public, une figure de style pas facile : réfuter l'idée de concurrence avec Indian Wells, tout en faisant le forcing pour lui reprendre l'officieux statut de cinquième Grand Chelem, sans jamais reconnaître l'avoir perdu un jour. La quadrature du cercle, complexifiée par un problème supplémentaire : l'accueil plutôt froid réservé par les joueurs au Hard Rock Stadium, malgré des infrastructures grandement améliorées et une capacité d'accueil bien supérieure, avec un nouveau record d'affluence établi l'an dernier à 395 683 spectateurs.
Bien sûr, il faut laisser le temps au temps. Mais six ans après le changement, de nombreux joueurs semblent toujours nostalgiques de l'ancien site de Key Biscayne qui, malgré ses excès climatiques et ses incursions intempestives d'iguanes sur le court, faisait une certaine unanimité. Plus, en tout cas, que l'ambiance bétonnée du parking du Hard Rock.
"Miami devrait être le cinquième Grand Chelem, c'est le meilleur Masters 1 000 du monde, et de loin. Mais je ne vais pas mentir, je préférais largement le site de Crandon Park" déclarait par exemple cette année Nick Kyrgios, dont la voix (pour une fois) ne tranchait guère avec celle de ses pairs. Ici, c'est pas mal, mais à Crandon Park, il y avait un buzz que l'on ne retrouve nulle part ailleurs."
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Sinner, l'heure du vice à Miami ?
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Aucun rapport avec l'aspect purement sportif ? Peut-être. Encore que. Sur ce plan aussi, il est vrai, les organisateurs n'ont pas été aidés par le contexte. En 2020, un an après le déménagement, le tournoi était annulé en raison de la pandémie de coronavirus. En 2021, "annus horribilis", il était marqué par le forfait de l'intégralité du Big Three, une première en Masters 1 000 depuis 2004, et par le succès final de Hubert Hurkacz, devenu le premier vainqueur d'un Masters 1 000 classé en dehors du top 30 depuis Tomas Berdych à Bercy en 2005.
Ensuite, les succès de Carlos Alcaraz (2022), Daniil Medvedev (2023) et Jannik Sinner (2024) ont tout de même redonné une sacrée couche de vernis à une épreuve qui n'a tout de même pas manqué d'électricité cette année, entre le frisson João Fonseca, le retour de Novak Djokovic ou, d'un point de vue strictement franco-français, le show Fils-Monfils. En attendant une fin de semaine où il y a encore de quoi faire pour redonner un coup de jeune au quadragénaire floridien, et peut-être lui permettre d'embrasser à pleine bouche sa nouvelle histoire.
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Fonseca stoppé par De Minaur : le résumé vidéo
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